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Viola Desmond immortalisée sur le prochain billet de 10 $

Le visage de Viola Desmond, grand symbole canadien de la lutte pour les droits des Noirs, apparaîtra sur le prochain billet de 10 $. Ce sera la première fois au pays que le portrait d’une femme, à l’exception de la reine, orne une coupure de la circulation courante. La Banque du Canada a choisi la Journée internationale des femmes pour dévoiler le billet au design complètement renouvelé.

Qui est Viola Desmond ?

Femme d’affaires accomplie de la Nouvelle-Écosse, Viola Desmond a défié l’autorité, le 8 novembre 1946, en refusant de quitter une section réservée aux Blancs dans un cinéma. La jeune femme a été incarcérée, reconnue coupable et condamnée à une amende pour son geste de désobéissance civile. Son procès a été l’une des premières contestations judiciaires connues soulevées par une femme noire au Canada pour cause de ségrégation raciale.

Le geste de Viola Desmond est demeuré dans l’ombre de l’Histoire pendant plus de 50 ans, jusqu’à ce que son portrait figure sur un timbre, en 2012. Montréal a annoncé l’été dernier qu’une rue de l’arrondissement de LaSalle porterait son nom. Viola Desmond a fait ses études dans la métropole. Des membres de sa famille, dont sa sœur Wanda Robson, habitent toujours à Montréal.

« À la Fédération, où l’égalité entre les femmes est extrêmement importante, d’avoir une femme noire qui s’est battue pour avoir sa place dans la société, c’est un pas intéressant. C’est important que des organismes comme le gouvernement et la Banque du Canada posent ce genre de gestes, qui permettent ensuite d’avoir des conversations dans notre quotidien. Ça permet d’en apprendre plus sur notre histoire et sa diversité. »

— Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec

Le choix des Canadiens

Viola Desmond a été choisie pour figurer sur le nouveau billet de 10 $ à l’issue d’une consultation publique. Ottawa mènera le même processus pour le futur billet de 5 $. Les visages de John A. Macdonald et de Wilfrid Laurier seront à l’avenir à l’honneur sur les plus grosses coupures. Les anciens premiers ministres William Lyon Mackenzie King et Robert Borden n’apparaîtront donc plus sur les billets canadiens… Quant au billet de 20 $, il continuera d’arborer l’image du « monarque régnant ».

Fin 2018

C’est à la fin de 2018 que le nouveau billet de 10 $, de nouveau en polymère, sera mis en circulation.

Égalité des droits

Les autres symboles reproduits sur le billet de 10 $ évoquent aussi les efforts déployés pour assurer l’égalité des droits et de la justice sociale. Au verso se trouvent une illustration du Musée canadien pour les droits de la personne et un motif de la plume d’aigle symbolisant « la poursuite incessante » de la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

« J’espère que l’histoire de Viola et ce nouveau billet nous rappelleront de célébrer les nombreuses femmes qui ont aidé à rendre le Canada meilleur. »

— Bill Morneau, ministre des Finances du Canada, sur Twitter

Un billet à la verticale, une bonne idée ?

C’est le premier billet disposé à la verticale à être émis au Canada. Ottawa explique que cette orientation permet de présenter une image plus grande de Mme Desmond, en plus de distinguer la nouvelle coupure des autres en circulation. C’est un changement étonnant, dit Marie Reumont, designer graphique agréée et candidate au doctorat à la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. « Les billets de banque sont un fort symbole d’identité nationale », souligne-t-elle.

« On sent qu’on a coupé avec la tradition, ce n’est pas mauvais en soi. Le traitement graphique est vraiment différent aussi. Ce changement devrait faire partie d’une nouvelle vision, à mon avis. Il faudrait que les autres billets suivent ce changement. » Le billet possède les mêmes dimensions et les mêmes caractéristiques que les autres billets de banque. Ce changement ne devrait donc pas avoir d’incidence sur la façon de manipuler l’argent, a précisé la Banque du Canada.

« C’est fort, c’est vraiment fort. De voir que cette femme, qui a fait ça dans les années 40 [10 ans avant Rosa Parks aux États-Unis], ça me touche, et surtout de penser que les générations futures vont voir son visage et apprendre son histoire. […] Je ne peux pas imaginer le courage qu’elle a eu de faire ce qu’elle a fait tout au long de sa vie. Ça me donne du courage et de l’énergie. Quand on pense que l’on vit des moments difficiles, je me dis que je n’ai pas le luxe de ne pas me battre, de ne pas défendre ces droits-là. »

— Yolande James, première femme noire à faire son entrée à l’Assemblée nationale du Québec

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