Chronique

Orphelins culturels

S’il y a un sujet, un seul, qui est passé sous le radar lors de la dernière campagne électorale, c’est bien celui de la culture. « La culture, qu’ossa donne ? » aurait facilement pu être le cri de ralliement des quatre chefs.

Hormis un débat un brin somnifère à HEC Montréal sur les enjeux culturels et un autre débat sur le prix du livre auquel la ministre titulaire Marie Montpetit n’a pas daigné se présenter, on ne peut pas dire que la question culturelle a fait la manchette, fait courir les foules ou passionné les médias.

Je peux comprendre que se porter à la défense de la culture, de sa survie, de sa pérennité et de ses artisans n’est pas politiquement rentable. Les électeurs préfèrent qu’on leur parle de santé, d’économie, de garderies, d’environnement, et que sais-je encore ? La culture, disons que ça les concerne moyennement, sinon beaucoup moins que la réduction du temps d’attente aux urgences.

Mais bon, la culture, pour citer cette fois non pas Yvon Deschamps, mais François Legault lors d’une entrevue qu’il a accordée à je ne sais plus qui, c’est l’âme d’un peuple.

Bien d’accord avec Monsieur notre futur premier ministre, à la nuance près que lorsque je parcours la longue liste de ses élus, je ne vois pas qui serait apte à diriger notre âme culturelle collective. Pourtant, il y a parmi les élus de la Coalition avenir Québec (CAQ) de nombreuses compétences et même plusieurs grosses pointures en économie, en santé, en justice, en sécurité publique, en éducation, en tourisme, en sports et en services sociaux. Mais en culture ? J’en cherche et j’en trouve peu.

Pour tout dire, depuis l’élection de la CAQ, je me sens, je nous sens un peu des orphelins culturels, sans guides et sans repères face à cette mer de nouveaux visages bardés de diplômes en administration, en gestion ou en comptabilité, mais dont on se demande quand ils sont allés au théâtre pour la dernière fois, si tant est qu’ils y soient déjà allés, et si le dernier bouquin lu en est un de Dale Carnegie.

Je caricature, bien entendu. J’imagine que les candidats de la CAQ ne sont pas des incultes invétérés qui n’ont jamais ouvert un livre de leur vie.

Quatre candidates

Reste que les candidats potentiels à la tête de la Culture ne sont pas nombreux ou, devrais-je dire, pas nombreuses. En fait, si mes sources sont bonnes, elles ne sont que quatre. Le premier nom qui vient à l’esprit est évidemment celui de Claire Samson, qui était la porte-parole en matière de culture lorsque la CAQ était dans l’opposition.

Pour les questions de télévision et de productions audiovisuelles, Claire Samson s’y connaît. Elle a été cadre dans les trois grands réseaux, à TVA, Radio-Canada et Télévision Quatre Saisons, où elle a été vice-présidente et chef des opérations. Elle a aussi été PDG de l’Association québécoise de la production médiatique, et je me doute bien que la Loi sur le statut de l’artiste ne doit plus avoir aucun secret pour elle. La culture avec un grand C, par contre, c’est moins dans ses cordes. Et puis, Claire a un franc-parler et une absence de filtre fort sympathiques, mais qui passent mieux sur un chantier de construction que dans une salle de concert ou au musée des collets montés.

Après Claire Samson, deux vedettes médiatiques font monter les enchères et courir les rumeurs : l’animatrice et commentatrice Caroline Proulx et Nathalie Roy, ex-chef d’antenne, productrice et avocate en droit pénal et criminel. Les deux connaissent bien les médias pour y avoir longtemps travaillé, mais j’ignore quel intérêt ou quel attachement elles portent à la culture et au monde culturel.

Politiquement parlant, Caroline Proulx, qui a été, il n’y a pas si longtemps, porte-parole pour une campagne de démythification du Botox, est la plus novice des deux. Elle vient à peine d’être élue dans Berthier, et il me semble qu’elle a encore quelques croûtes à manger avant d’être nommée à la tête d’un ministère. À ce chapitre, Nathalie Roy, députée de Montarville, a plusieurs longueurs d’avance. Élue en 2012 alors que les candidats caquistes de prestige ne se bousculaient pas au portillon, elle a été porte-parole en matière de culture, de communications et de la Charte de la langue française, avant d’être promue aux élections suivantes porte-parole de la justice, de la laïcité, de l’intégrité et de la condition féminine. C’est une femme énergique au sourire contagieux qui a un curriculum vitae impressionnant. Mais j’ai beau fouiller le Net à son sujet, je ne trouve rien qui indique que la culture soit une de ses priorités.

Le profil de Nadine Girault, dernière candidate pressentie, m’apparaît nettement plus intéressant. D’origine haïtienne, née à St. Louis, au Missouri, mais ayant grandi en Gaspésie, amie de Dominique Anglade, bien qu’elle soit une libérale déçue, Nadine Girault a travaillé à titre de gestionnaire à la FTQ, à Investissement Québec et même au Service de police de la Ville de Montréal, mais je remarque aussi qu’elle a siégé au conseil d’administration du Musée canadien de la nature, qu’elle siège toujours au C.A. de l’École supérieure de ballet du Québec et qu’elle est membre honoraire du Théâtre d’Aujourd’hui, où elle a d’ailleurs participé à une collecte de fonds comme actrice. Bref, voilà une grosse pointure venue d’ailleurs, mais parfaitement intégrée, un visage de la diversité qui paraît bien, qui s’exprime bien, qui n’est pas étranger au monde de la culture et qui, il me semble, apporterait un changement rafraîchissant à la tête de ce ministère. D’ailleurs, si jamais Nadine Girault est nommée ministre de la Culture, je sens déjà que l’orpheline culturelle en moi le sera moins que la semaine dernière. 

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