RICK LEONG

Chaleur équatorienne

L’artiste paysagiste Rick Leong a tiré profit d’un séjour en Équateur, l’automne dernier, pour créer huit grandes peintures à son retour à Victoria.

Dans El Camino, son sixième solo présenté à la galerie montréalaise Parisian Laundry, ses toiles verticales reflètent des émotions qu’il a ressenties pour la première fois dans la chaleur et la luxuriance équatoriennes.

En septembre dernier, Rick Leong est parti 10 jours en Équateur avec une quinzaine d’artistes du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Allemagne à l’invitation de ce pays coincé entre le Pérou et la Colombie. Il s’agissait d’un premier séjour en Amérique du Sud pour l’artiste de 43 ans qui a pris des photos durant son voyage, mais n’a fait aucun croquis.

« Je voulais profiter pleinement des moments que je vivais alors, dit-il en entrevue à La Presse. Et j’ai vécu là-bas bien des émotions. »

« Les paysages étaient très différents les uns des autres : la forêt humide, la montagne, le désert, la côte du Pacifique, les villages, etc. » — Rick Leong

Les huit œuvres accrochées dans la galerie dirigée par Jeanie Riddle sont comme un récit de voyage. Avec des peintures plus colorées que ses productions précédentes et qui transpirent l’humidité, la chaleur, l’exubérance végétale et la richesse culturelle de l’Équateur.

À la galerie Parisian Laundry, jusqu’au 11 juin

RICK LEONG EN BREF

Né en 1973 à Burnaby, en Colombie-Britannique

Établi à Victoria

Maîtrise à Concordia en 2007

Collectionné par le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée des beaux-arts de Montréal, la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Canadian Art Foundation.

Chaleur équatorienne

Manta

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

En Équateur, Rick Leong a visité Manta, un village de pêcheurs. Une centaine de requins gisaient sur la plage et des manifestants protestaient contre l’ampleur de la pêche au requin dont la chair est exportée en Chine. L’artiste était choqué que des centaines de requins soient pêchés chaque mois alors que l’Équateur essaie de se doter d’une économie écotouristique. Il a peint un requin-marteau, un requin-renard et un requin blanc. Et a ajouté des pélicans bruns et des aigrettes, des espèces qui partagent la mer avec les requins entre Manta et les îles Galapagos.

Chaleur équatorienne

Limpia

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

L’œuvre évoque le rituel de la « Limpia » que des shamans pratiquent en Équateur pour purifier le corps et l’esprit, en fouettant la personne (parfois dévêtue) avec un bouquet de plantes diverses plongées dans l’huile et en l’énergisant en passant un œuf sur son visage. L’utilisation des plantes provient du fait que la nature est sacrée en Équateur. Rick Leong a expérimenté le rituel dans un marché du vieux quartier de la capitale Quito et l’a illustré en peignant ce personnage fait de plantes et de fleurs, avec un œuf au niveau du cou et une sorte de chou à la place de la tête.

Chaleur équatorienne

Pacoche

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

Ce tableau évoque la réserve naturelle de Pacoche, au bord du Pacifique. L’artiste a représenté la forêt tropicale dans des tons de lavande et de pourpre. La lourdeur de l’atmosphère est palpable. On ne sait trop si c’est le jour ou la nuit. Par petits groupes, les singes hurleurs se baladent sur la canopée, sautant de branche en branche, au milieu des papillons. Rick Leong dit avoir pensé à certaines œuvres de l’artiste visuel Ed Pien quand il était sur place et s’est efforcé de traduire à sa façon cette ambiance tropicale particulière.

Chaleur équatorienne

Las Tanusas

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

La toile est un peu plus sombre et dramatique que les autres. Et pour cause. Rick Leong n’était pas monté à cheval depuis l’âge de 16 ans. Sur la plage de Las Tanusas, son expérience a failli virer au drame. L’étalon qu’il avait choisi est parti à la course dès le début, galopant au bord des vagues. « Je n’arrivais pas à le faire ralentir, dit-il. J’étais à la fois effrayé et fasciné. J’ai vu les chauves-souris qui volaient à côté de nous. Le cheval m’a désarçonné et projeté dans l’océan ! J’étais seul et trempé dans l’obscurité la plus totale… »

Chaleur équatorienne

Paradise

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

Rick Leong s’est penché ici sur la luxuriance de certaines étendues équatoriennes, avec ses cocotiers, bananiers, bambous, rizières et fleurs multicolores. « Près d’une ferme, le jardin tropical ressemblait à un paradis tranquille, dit-il. J’aurais voulu rester là ! » L’artiste a peint un cobra qui ne semblait pas représenter un danger, se mouvant avec lenteur dans des branches. On trouve aussi deux figures sur la droite, qui rappellent les yeux que Rick Leong avait insérés dans des peintures précédentes. Pour exprimer, selon lui, que même la nature est vivante et possède son esprit propre…

Chaleur équatorienne

Guayaquil

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

Durant son voyage, Rick Leong est passé à Guayaquil, capitale économique et plus grande ville de l’Équateur, connue pour ses maisons colorées construites à flanc de colline. Il a visité le parc Seminario où il a vu une sculpture de sangliers qui s’affrontent, réalisée en bronze par l’artiste français Virgil Chaudejeaug en 1889. « C’est une sculpture grandeur nature qui fut offerte à la ville par la communauté chinoise locale », dit Rick Leong, Britanno-Colombien d’origine chinoise. Dans la symbolique chinoise, le sanglier est synonyme de prospérité, de fertilité et de force.

Chaleur équatorienne

El Camino

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

Pendant son séjour, Rick Leong a traversé ou effleuré des zones désertiques dans lesquelles il y avait beaucoup de cactus. C’est ce qu’il a voulu rendre dans cette peinture où la végétation foisonne dans une grande variété de formes, de tailles et de couleurs. Titre de l’exposition, El Camino peut signifier en espagnol le chemin, le sentier ou le voyage. Rick Leong se rappelle une journée au cours de laquelle son équipée s’est égarée. Il a voulu en témoigner en inscrivant les lettres du mot « camino » dans le haut du tableau. Cherchez !

Chaleur équatorienne

Eclipse of the Black Moon

2016, huile sur toile, 96 cm x 72 cm

« Cette toile réfère aux feux de camp que nous avons eus pendant notre séjour, dit Rick Leong. Celui-ci, sur la plage, était énorme et il y avait alors une éclipse de Lune. » Dans sa peinture, il a représenté les flammes du feu, la fumée et les branches des palmiers légèrement déformées par le vent. Un souvenir de quiétude et de plaisir à manger des coquillages et à boire de la bière, se rappelle Rick Leong. Mais aussi un hommage aux Équatoriens pour qui le feu a une grande signification, compte tenu notamment de leurs nombreux volcans.

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