Religion

Des prêtres mariés en Amazonie ?

À la fin octobre, une réunion d’évêques de six pays sud-américains au Vatican a réclamé l’ordination d’hommes mariés de bonne réputation en Amazonie. Le pape François n’est pas obligé d’accéder à cette demande du synode sur l’Amazonie. Certains craignent qu’elle n’ouvre la porte à l’ordination d’hommes mariés dans d’autres régions où on manque de prêtres.

Eucharistie et derniers rites

On manque de prêtres partout sur la planète, mais ce manque est criant en Amazonie et en Afrique. « Aux États-Unis, les gens peuvent voyager jusqu’au village voisin pour aller à la messe voir un prêtre, mais en Amazonie, les transports sont très difficiles, dit le jésuite américain Thomas Reese, qui était présent au synode. Des laïcs peuvent faire une cérémonie religieuse du dimanche, même si alors ce n’est pas à proprement parler une messe. Mais ils ne peuvent pas consacrer les hosties, recueillir les confessions et administrer les derniers sacrements. Les prêtres ne peuvent même pas laisser une réserve d’hosties, comme on le fait aux États-Unis, parce qu’il fait trop chaud et humide pour qu’elles se conservent. » Le père Reese note que le synode ne demande pas que les prêtres puissent se marier, mais que des hommes mariés de bonne réputation, appelés viri probati, puissent être ordonnés.

Refus africain

La mesure pourrait-elle être adoptée ? « François est très collégial. S’il voit dans ses consultations qu’il y a des oppositions, il va attendre, explique le père Reese. Il se peut que certains aient peur que d’autres régions réclament la même mesure, par exemple en Amérique du Nord, où on manque de prêtres, ou que ça ouvre la porte au mariage des prêtres tout court. Je dirais que l’Afrique, où le manque de prêtres est encore plus grand qu’en Amazonie, aura une voix importante. » 

Qu’en pensent les évêques africains ? Joseph Healey, prêtre missionnaire américain qui s’occupe des communications des membres de l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique orientale, pense qu’une majorité d’évêques africains s’y opposeront. « L’Afrique est très hiérarchique et cléricale, on n’aime pas beaucoup déléguer aux laïcs, dit le père Healey. Ça va changer, parce que François nomme des évêques plus ouverts, mais ça va prendre du temps. » 

La Presse a aussi demandé son avis à Robert Gahl, prêtre de l’Opus Dei qui enseigne à l’Université Santa Croce à Rome. Même si son ordre a la réputation d’être très conservateur, le père Gahl ne voit pas de problème à l’ordination d’hommes mariés en Amazonie, pour peu que ce soit limité à cette région. Il souligne que le synode réitère qu’il est préférable d’avoir des prêtres célibataires et note que François a autorisé sans opposition les Églises orientales à ordonner des hommes mariés hors de leur pays d’origine. Auparavant, seuls les prêtres ordonnés dans les pays d’origine de ces Églises orientales pouvaient être mariés.

Mariages et baptêmes par des femmes

Dans plusieurs communautés isolées en Amazonie, ce sont des femmes qui célèbrent les mariages, les baptêmes et la liturgie du dimanche. « Les femmes sont très impliquées partout dans le monde, mais on les voit particulièrement dans des rôles liturgiques en Amérique latine, dit le père Reese. Aux États-Unis, ce sont des hommes, des diacres, qui prennent le relais quand il n’y a pas de prêtre. » Le père Gahl ajoute que dans les Andes, souvent des religieuses sont déléguées pour les mariages, les baptêmes et les cérémonies du dimanche. Et en Afrique ? « Les laïcs qui ont ces fonctions sont appelés catéchistes et 20 % sont des femmes, dit le père Healey. Mais il est très peu fréquent que des femmes catéchistes célèbrent des mariages et des baptêmes. L’Afrique est très patriarcale, particulièrement l’Église africaine. »

Des concubines en Afrique

Joseph Healey a un ami proche en Afrique qui est prêtre et a une concubine et des enfants. « Pour lui, avoir des héritiers le rend plus humain, cela fait de lui un meilleur prêtre, dit le père Healey. Qu’un homme n’ait pas d’enfants est impensable. Je sais de source sûre que plusieurs évêques, et même un cardinal africain que je ne connais pas, ont des enfants. J’ai déjà discuté de la question avec un nonce apostolique qui avait été en poste au Cameroun. Sur dix prêtres dans son diocèse rural, neuf avaient des enfants. Il avait été obligé de recommander l’unique célibataire comme évêque, et ça avait causé des problèmes. Il était célibataire parce qu’il avait des défauts de caractère, ce n’était pas un leader. » En d’autres mots, résume le père Healey, la hiérarchie catholique africaine préfère avoir des prêtres entretenant en secret une concubine et des enfants, mais qui sont sous son contrôle, plutôt que des viri probati légitimement mariés mais laïcs.

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