Des emballages attirants pour les enfants montrés du doigt

Les petits yogourts à boire en forme de dragons de Danone ou les bouteilles d’Agropur arborant des fruits ludiques ont été montrés du doigt dans un récent rapport rédigé par la Coalition québécoise sur la problématique du poids, qui dénonce le fait que l’industrie alimentaire crée des emballages pour attirer les enfants. Or, les entreprises concernées, qui n’ont pas l’intention de changer la présentation de leurs produits, se défendent en affirmant que leurs yogourts font partie de la liste des aliments sains.

« Nos emballages ont pour principal objectif d’aider les parents à prendre des décisions éclairées quant aux meilleurs produits pour leur famille », affirme Natacha Gouveia, directrice des communications de Danone Canada.

Pendant six mois, la Coalition a effectué une recension qui lui a permis de relever dans les supermarchés 469 emballages s’adressant directement aux petits, des céréales aux desserts glacés en passant par les biscuits. 

Les yogourts et les fromages n’ont pas été épargnés. La Coalition a repéré 59 produits laitiers susceptibles d’attirer le regard des tout-petits. Agropur (27 produits), Danone (10 produits) et Yoplait (8 produits) se classent parmi les trois entreprises ayant le plus grand nombre d’emballages destinés à une jeune clientèle. 

« Les laits nature et aromatisés, les yogourts fermes ou à boire et les fromages sont des produits qui font régulièrement l’objet de publicité aux enfants, peut-on lire dans le rapport rendu public lundi. Si certains produits laitiers sont sains, la quantité de sucre dans la plupart des laits et yogourts aromatisés laisse à désirer. »

Les emballages exclus de la Loi

Rappelons qu’au Québec, la Loi sur la protection du consommateur interdit la publicité à des fins commerciales destinée aux enfants. Or, les vitrines, les emballages et les étalages échappent à cette loi. L’industrie agroalimentaire peut donc se servir des héros préférés des jeunes ou encore utiliser une typographie attrayante pour les enfants pour cibler leur clientèle. Si Corinne Voyer, directrice de la Coalition, demande aux entreprises visées d’utiliser des emballages plus neutres, les producteurs de yogourts n’ont pas l’intention de retirer leurs bouteilles à l’effigie des personnages de Pat’Patrouille des étalages.

« Les emballages sont exclus de la Loi, tient à rappeler Diane Jubinville, directrice des relations publiques et des communications externes d’Agropur, qui produit notamment les iögo nanö, petits yogourts à boire arborant des fruits souriants. On ne fait pas [de promotion] avec des personnages issus de bandes dessinées », se défend-elle.

Si Agropur semble faire figure de mauvais élève avec le plus grand nombre d’emballages pour enfants dans le domaine des yogourts et du fromage, c’est que la coopérative est celle qui a développé le plus grand nombre de produits laitiers différents, explique Mme Jubinville.

Elle rappelle du même souffle qu’Agropur a réduit la teneur en sucre dans plusieurs de ses produits. Lundi, jour de la sortie du rapport, on a par ailleurs annoncé que la marque iögo nanö contiendrait dorénavant 40 % moins de sucre, soit 5 g par bouteille au lieu de 9 g. 

« Ce sont des produits laitiers. Ce ne sont pas des produits avec une surtransformation. Il y a une grande valeur en calcium. »

— Diane Jubinville, directrice des relations publiques et des communications externes d’Agropur

« Les produits Danino, qui sont une source de calcium et de vitamine D et qui sont réduits en sucre, sont un exemple de cet engagement [à offrir des produits sains] », ajoute de son côté Natacha Gouveia, de Danone.

Mais Corinne Voyer dénonce le fait que ces produits « bénéficient d’un halo santé ». « Oui, le marketing auprès des enfants fonctionne très bien, dit-elle. Les enfants intègrent les logos avant de faire des phrases. »

« Le danger potentiel, c’est qu’un yogourt à boire peut s’apparenter à une boisson sucrée qui inclut des sucres qui sont absorbés rapidement par l’organisme », ajoute pour sa part Marie-Ève Labonté, professeure adjointe à l’Université Laval et chercheuse à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF).

Rappelons que le projet de loi fédéral visant à légiférer sur les emballages est mort au feuilleton. Chantal Petitclerc, ex-athlète et sénatrice indépendante qui a appuyé le projet, assure qu’elle « va continuer ce combat-là ».

Elle se désole toutefois de constater que, dans la présente campagne électorale, les plateformes des différents partis politiques n’y consacrent pas une ligne.

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