Hockey

Six ligues, six titres ?

À sa première expérience dans la KHL, Bob Hartley pourrait remporter un autre championnat, son sixième titre dans six ligues différentes. Son équipe, l’Avangard d’Omsk, affrontera le CSKA Moscou en finale de la Coupe Gagarin.

Peu importe l’équipe, le pays, la ligue, les circonstances, les effectifs à sa disposition, le bon vieux Bob Hartley semble toujours trouver le moyen de faire gagner ses clubs.

Le voilà, à la surprise générale, en finale de la Coupe Gagarin, dans la KHL, avec un club qui a été privé de son amphithéâtre pendant toute la saison !

Hartley et l’Avangard d’Omsk, mené par David Desharnais, Maxim Talbot et Alexei Emelin, affronteront dès demain le CSKA Moscou, l’équipe la plus prestigieuse de Russie. Il s’agit d’une première présence en finale pour Omsk depuis 2012.

« Dès le premier jour, j’ai demandé à mes patrons de mettre des photos de la Coupe Gagarin tous les trois pieds carrés dans l’édifice, pour rappeler que c’était notre seul objectif », raconte Hartley, 58 ans, à La Presse au bout du fil.

Mais cet édifice n’était pas le leur. Il s’agissait d’un aréna de hockey mineur de 5000 places aménagé en catastrophe à Balashikha, en banlieue de Moscou… à 2704 km d’Omsk !

« On a été “sortis” d’Omsk parce que notre aréna a été déclaré dangereux pendant le camp d’entraînement. Des failles ont été trouvées dans la structure. On a été obligés de déménager en banlieue de Moscou. Balashikha, c’est un peu comme Laval par rapport à Montréal. »

Heureusement, les propriétaires de l’équipe ont les poches profondes. Le club est détenu par le géant Gazprom, qui a engendré 12 milliards de profit en 2018.

« Ils ont rénové l’aréna à nos couleurs. Ils ont fait d’un aréna de hockey mineur un petit aréna de hockey professionnel. Mais il a fallu développer un nouveau marché. C’est comme si on avait joué sur la route pendant toute la saison. C’était dur au début, mais après les Fêtes, on a eu de bonnes foules. »

« Vers la fin de la saison et en séries, c’est plein à craquer à chaque match. Il y a même des gens qui font le trajet d’Omsk à Moscou, soit par avion, soit en auto. C’est quand même 36 heures de route ! » — Bob Hartley

Malgré tout, Omsk a maintenu une fiche de 39-18-5 en saison « régulière ». « Ça a contribué à forger notre caractère, mentionne Hartley, originaire de Hawkesbury. On avait en plus ajouté beaucoup de leadership de la LNH avec Talbot, Desharnais, Emelin et [Cody] Franson. »

En première ronde, Omsk a causé une première surprise en éliminant les champions en titre, Kazan, l’équipe d’Andrei Markov. « On joue du hockey de la Ligue nationale, c’est-à-dire qu’on a un style offensif, contrairement à une majorité d’équipes de la KHL qui utilisent un système très défensif, qui fonctionne bien sur les patinoires de grandes dimensions. Notre supériorité numérique a aussi été en feu en séries. On est autour de 35 % en ce moment. »

Confiance et fierté

Hartley avait déjà un parcours éloquent. Il a gagné deux fois le championnat de la Ligue junior A de l’Ontario à ses débuts, avec Hawkesbury. Il a remporté la Coupe du Président dans la LHJMQ. Il a gagné la Coupe Calder avec les Bears de Hershey dans la Ligue américaine, la Coupe Stanley avec l’Avalanche du Colorado et le Championnat de Suisse avec Zurich en 2012.

À sa première expérience dans la KHL, cette saison, il pourrait remporter un autre championnat, son sixième titre dans six ligues différentes.

« On affronte une équipe nettement favorite, l’équipe où Vladislav Tretiak et plusieurs vedettes russes ont grandi. Mais on se présente avec beaucoup de confiance et de fierté. »

Hartley a pourtant hésité avant de rejoindre la KHL. « J’ai été approché par différentes équipes, mais je n’étais pas prêt à faire le saut pour diverses raisons. Quand Ilya Kovalchuk [sa vedette alors qu’il dirigeait les Thrashers d’Atlanta] m’a appelé pendant le Championnat du monde [Hartley dirigeait la Lettonie le printemps dernier], il m’a dit : “Mon chum est président d’Omsk, ils ne veulent pas te rencontrer pour une entrevue, ils veulent t’offrir le poste. Tu dois y aller, c’est une bonne organisation.” Je les ai rencontrés et trois jours après, on a commencé à rebâtir ce club-là. »

Plusieurs équipes de la LNH sont sans entraîneur à l’heure actuelle, mais Hartley ne veut pas aborder la question. Il ne veut même pas confirmer s’il a ou non une clause échappatoire en prévision de la prochaine saison.

« Omsk m’a offert un contrat de deux ans et on n’a même pas discuté de clause échappatoire. Je suis encore sous contrat pour l’an prochain et je n’ai aucune pensée pour la Ligue nationale. Mon seul objectif est de gagner la Coupe Gagarin. »

Contre Alexander Romanov

Dans le camp du CSKA Moscou se trouve l’un des joyaux du Canadien, le défenseur de 19 ans Alexander Romanov. Hartley le connaît bien pour l’avoir affronté en saison « régulière », et avoir étudié avec minutie les matchs du CSKA depuis une semaine.

« C’est un excellent défenseur. Le Canadien a vraiment fait un bon choix [au deuxième tour du repêchage de 2018]. Il a disputé seulement quatre matchs en séries, mais on le dit rétabli de sa blessure aux côtes. Il a un bon gabarit, il est capable de jouer l’homme, fait une excellente première passe et possède un très bon lancer sur réception. J’ai appris à apprécier son jeu. »

Romanov a obtenu seulement quatre points en 43 matchs, mais il s’est révélé au Championnat mondial junior, où il a reçu le titre de défenseur par excellence.

« On a droit à 20 joueurs par équipe dans la KHL, explique Hartley, mais on peut aussi utiliser un joueur de 18 ans et un joueur de 19 ans. Ça te permet d’avoir 22 joueurs sur le banc. Plusieurs équipes font ça. Comme le CSKA Moscou se bâtissait souvent de belles avances, il pouvait le faire jouer de façon plus régulière. Ce n’est pas le cas partout parce que certains clubs ne pouvaient se permettre des erreurs d’inexpérience dans leur course serrée pour une place en séries. »

Quand Romanov a été repêché au 38e rang en juin, certains l’ont comparé à l’ancien défenseur du Canadien Alexei Emelin, que dirige Hartley.

« On a probablement fait cette comparaison parce que comme Emelin, Romanov peut distribuer de grosses mises en échec quand l’adversaire se présente à la ligne bleue en possession de la rondelle. Mais Romanov a plus d’offensive qu’Alexei. Il est encore jeune, mais je le compare à des jeunes de son âge qui évoluent dans le junior au Canada. Le fait de jouer avec la meilleure équipe russe de la saison lui a permis de gagner plus rapidement en maturité. »

Le CSKA Moscou a un club puissant. Mais qui ose parier contre Bob Hartley ?

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