plaza st-hubert

Le miracle aura-t-il lieu ?

Êtes-vous allé dans le coin de la Plaza St-Hubert récemment ? Comme dirait Dédé des Colocs, on dirait « qu’y’est tombé une bombe su’a rue principale ». Exit les anciens auvents installés dans les années 80, exit les trottoirs, exit la chaussée ! On refait tout !

Sachant que cette zone commerciale allait être éventrée pour les fameux travaux des réseaux d’aqueduc et d’égout, de même que des installations de gaz et d’électricité, l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie a lancé du même coup une opération de transformation extrême. Bravo à ceux qui ont eu ce réflexe et qui ont évité un second étripage de la rue.

Doté d’un budget de 55 millions de dollars, le nouveau concept donnera à cette rue commerciale, sans doute la plus bigarrée de la ville, un aspect plus convivial. Les marquises d’autrefois avaient pour effet d’étouffer l’ambiance, de créer une fausse impression de centre commercial.

Il y a quelques jours, j’ai visité le chantier en compagnie de François Limoges, conseiller du district de Saint-Édouard, de Mike Parente, directeur général de la SDC de la Plaza St-Hubert, et de Pierre Sainte-Marie, chef des grands projets à la Ville de Montréal. Parmi les grues et les marteaux-piqueurs, ils m’ont décrit le résultat auquel nous aurons droit en 2020.

Pour le moment, les choses avancent rondement dans les tronçons situés au nord (Saint-Zotique–Bélanger–Jean-Talon). On espère commencer les travaux de ceux qui sont situés plus au sud (Bellechasse–Beaubien–Saint-Zotique) en août prochain et les achever à l’été 2020.

En retirant les marquises qui ont été installées en 1984 et en les remplaçant par des auvents plats, aux lignes épurées, on permet à la Plaza d’être plus visible. Cet objectif se fait particulièrement sentir devant deux bâtiments importants du secteur, le bain Saint-Denis et le Théâtre Plaza, devant lesquels on érigera des places publiques.

Débarrassé des vieux auvents, le Théâtre Plaza laisse entrevoir la beauté de ses beaux jours, ceux des années 40 et 50. Malgré la présence d’une boutique au rez-de-chaussée, on peut imaginer ce que cet ancien cinéma, l’un des plus flamboyants de Montréal, pourrait devenir si des travaux de rénovation étaient réalisés sur sa façade.

Ce projet, François Roberge, propriétaire du bâtiment, l’a en tête. Avec des architectes, il est en train de réfléchir à la façon dont il redonnera du panache à ce joyau. « On se heurte à quelques problèmes avec l’arrondissement, mais j’ai bon espoir que l’on pourra procéder bientôt », m’a-t-il confié.

En fait, pour tout dire, lors de cette visite de chantier, je n’ai fait qu’imaginer ce que les bâtiments pourraient devenir s’il y avait une volonté de la part des propriétaires. Car il faut le dire, le retrait des anciennes marquises fait voir l’extrême laideur de plusieurs façades. On le savait déjà, l’architecture des édifices de ce quartier est loin d’être uniforme. Mais là, c’est tout un choc que l’on reçoit en découvrant les résultats de ce striptease.

On se retrouve devant un mélange d’époques et de matériaux (ah ! les fameux revêtements de tôle !). On passe des années 50 aux années 90 dans l’effronterie la plus totale. Si les hauts des bâtiments ont su conserver un peu de leur état d’origine, les rez-de-chaussée font pousser des cris d’horreur. Et je ne vous parle pas de certaines enseignes dignes des bric-à-brac.

Méchant défi que vous avez là, ai-je dit à ceux qui me faisaient faire la visite. On m’a expliqué que la Plaza rassemble une bonne proportion (de 30 à 35 %) de commerçants qui sont aussi les propriétaires du bâtiment qu’ils occupent. On peut donc plus facilement les inciter à faire des travaux afin d’améliorer leur édifice.

Un programme d’aide a été mis sur pied afin de les aider. Sur les 220 immeubles de la Plaza, près de 110 dossiers de demande d’aide sont ouverts. Selon la nature des travaux et la grandeur de l’édifice, les propriétaires peuvent se faire rembourser jusqu’à 40 % des coûts de rénovation.

On m’a montré quelques exemples de façades qui ont été rénovées. Il est à souhaiter que d’autres propriétaires emboîtent le pas. Ça serait tellement dommage de mener cette immense opération pour arriver à un tel résultat, celui d’avoir des façades hideuses, sans goût.

Le défi qu’ont les responsables de ce projet est immense et reflète parfaitement un grave problème qui frappe Montréal : le je-m’en-foutisme des propriétaires qui ne voient rien. Ils ne voient rien, car ils refusent de voir ou qu’ils sont loin. Loin des yeux, loin de l’horreur !

Comment les convaincre de l’importance de bâtiments bien entretenus et, surtout, mis en valeur ? Comment leur faire comprendre que l’esthétisme d’une ville passe en grande partie par ça ? Comment leur dire que la beauté de notre ville devrait passer avant leurs intérêts spéculatifs ?

Avec son mélange fascinant de magasins qui vont des boutiques de robes de mariée jusqu’aux petits bars branchés en passant par des bazars d’accessoires pour travestis, la Plaza St-Hubert est un lieu absolument unique à Montréal. Il faut conserver son caractère. Mais il faut aussi la faire vivre.

Un miracle doit avoir lieu ! Il le faut, coûte que coûte. Et si jamais il arrive, on pourra remercier saint Jude, patron des causes désespérées. Ça tombe bien, on vend justement des statues le représentant dans certaines boutiques de la Plaza St-Hubert.

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