Festivals de musique

Où sont les femmes (bis) ?

Il y a un an, le festival Diapason a défrayé la chronique en raison du faible nombre de musiciennes participantes. Le regroupement Femmes en musique (F*EM) est même né dans la foulée. Hier, ce festival lavallois a présenté sa nouvelle programmation et force est de constater qu’il atteint la parité. Au contraire d’autres festivals de musique de la province. État de la situation.

Quarante-deux pour cent des artistes du prochain festival Diapason sont des femmes. Un énorme bond par rapport à l’an dernier où les femmes étaient pratiquement absentes.

« Je vous avoue que nous avions envie cette année de vous dire : “Vous voyez, c’était juste le hasard !” », dit la directrice générale Patricia Lopraino.

L’équipe du festival a multiplié les efforts pour trouver des auteures-compositrices-interprètes, notamment en les invitant à poser leur candidature.

« Plus de 50 % de la programmation est faite par appel de candidatures et, grâce aux efforts déployés, nous avons eu une hausse importante de candidatures de chanteuses ou groupes avec des femmes. »

— Patricia Lopraino, directrice générale du festival Diapason

Elle affirme toutefois que le festival n’est pas à l’abri d’une sous-représentation des femmes dans une future édition, entre autres en raison de la disponibilité des artistes et des contraintes du milieu (par exemple, Osheaga peut demander à un artiste l’exclusivité dans un périmètre de 100 kilomètres).

Ailleurs en province

En jetant un coup d’œil aux affiches de quelques festivals estivaux, il est évident que ce ne sont pas tous les programmateurs qui ont décidé d’atteindre la parité sur leurs scènes.

L’an dernier, en entrevue avec La Presse, Les Sœurs Boulay avaient décrié la programmation des Grandes Fêtes Telus de Rimouski qui avaient « un beau 0 % de femmes ». Cette année, tout en bas de l’affiche, on peut lire que Marie Mai sera l’invitée de Marc Dupré. Elle est la seule femme nommée.

« Sincèrement, c’est lorsque vous nous avez appelés qu’on a regardé notre poster et qu’on s’est dit : “Ah oui, regarde donc, nous avons en majorité des hommes !” », dit, sans se défiler, le président Sébastien Tremblay.

Il ajoute qu’il n’y a aucune mauvaise volonté de la part des organisateurs et que « la clientèle est aussi intéressée par une femme que par un homme, que ça ne fait pas plus ou moins vendre de billets ».

« Si vous saviez combien d’artistes nous avons essayé d’avoir, autant des femmes que des hommes ! Mais ça reste une question de disponibilité. »

— Sébastien Tremblay, président des Grandes Fêtes Telus

Une question de disponibilité ?

Tous les directeurs de festivals interrogés ont soulevé la question de la disponibilité des artistes, avec laquelle ils doivent jongler année après année.

« Nos directrices de programmation se font un devoir de regarder la disponibilité des femmes dans le milieu artistique pour pouvoir leur offrir un plateau, mais ça va avec la disponibilité de ces personnes-là », explique la directrice générale du Festival de montgolfières de Gatineau, Sandra Cloutier. L’affiche de sa scène principale (baptisée Casino Lac-Leamy) est plutôt dégarnie lorsqu’on raye les noms et les photos des artistes masculins.

Elle ajoute : « Et je ne peux pas répondre, mais vous piquez ma curiosité : est-ce qu’il y a autant de femmes que d’hommes dans le milieu artistique ? C’est une question que je vous retourne. »

Vérification faite auprès de l’Union des artistes, 496 chanteuses et 514 chanteurs ont travaillé sous l’entente « ADISQ Variétés » ou « ADISQ Phonogramme » au cours des quatre dernières années.

Le festival Santa Teresa, à Sainte-Thérèse, aurait aimé proposer plus de femmes dans son éventail d’artistes. « Nous sommes des fans de bands de filles et de chanteuses, donc, pour être franc, nous aurions voulu plus de filles dans le top du poster. Mais c’est souvent des concours de circonstances qui font que c’est plus difficile », dit son cofondateur et directeur artistique Julien Aidelbaum.

Quant au Festival d’été de Québec, son équipe a décliné notre demande d’entrevue, mais elle a tenu à préciser qu’il y avait une parité au conseil d’administration du festival ainsi qu’une quasi-parité (quatre hommes et trois femmes) dans son équipe de direction. Même si Lorde est la seule femme parmi les 11 têtes d’affiche du festival, le FEQ dit accueillir 97 femmes artistes et indique que le tiers des groupes présentés ont une femme dans leurs rangs.

Rester libre dans la programmation

La majorité des festivals de musique fonctionnent en partie grâce aux subventions, notamment du ministère du Tourisme. La ministre Julie Boulet n’était pas disponible pour répondre à nos questions. À son cabinet, on nous a indiqué qu’il reste beaucoup à faire pour atteindre la parité hommes-femmes, mais que « la programmation des festivals et des événements […] est faite en fonction de la demande et de la disponibilité des artistes ».

Le directeur général du Festival de la chanson de Tadoussac est aussi d’avis qu’il ne faut pas établir des mesures incitatives : « Je ne pense pas que ce soit la façon d’y arriver. Je crois qu’il faut rester libre dans la programmation », affirme Julien Pinardon.

« Cette année, on l’atteint [la parité hommes-femmes]. Mais d’autres années, non. Et ce n’est pas la volonté qui n’est pas là, c’est juste une succession de choses qui font qu’on se retrouve avec moins de femmes sur l’affiche. »

— Julien Pinardon, directeur général du Festival de la chanson de Tadoussac

L’équipe du Festif ! de Baie-Saint-Paul, qui a lui aussi une programmation presque paritaire cette année, croit également qu’il y a une part de chance dans ce résultat. Chaque édition semble être un casse-tête. « C’est facile de montrer du doigt les festivals, parce que tu vois une liste d’artistes sur une affiche et c’est facile de voir la place faite aux femmes. Mais je pense qu’il faut élargir ça à l’industrie en général », estime Clément Turgeon, directeur général du Festif !

« Si nous regardons les agences de gérance et les médias, j’aurais tendance à dire qu’on y met plus de l’avant des hommes, poursuit-il. Je pense que lorsque tu es un programmateur qui ne va pas nécessairement creuser, tu peux rapidement te ramasser avec une programmation pratiquement sans femmes. »

Signe de sa bonne foi, le président des Grandes Fêtes Telus conclut : « En discutant comme ça, ça me fait réfléchir… [...] Si nous avons à combler des plages horaires, comme des premières parties, nous allons y penser. [...] Nous sommes ouverts à en discuter », dit Sébastien Tremblay.

F*EM se réorganise

Il y a un an, 135 femmes issues du milieu musical ont dénoncé le sexisme et les injustices qu’elles subissent au travail en fondant F*EM. La faible représentation des femmes dans les programmations des salles et des festivals faisait partie des enjeux soulevés. Le regroupement a décliné notre demande d’entrevue, expliquant qu’il avait pris la décision, pour l’instant, de concentrer ses efforts à l’interne « afin d’assurer la coordination de chacun des comités de travail du F*EM, et surtout de bien définir les processus décisionnels auprès de nos nombreuses membres ». Le comité communication a ajouté que F*EM espère revenir dans l’espace public dans un avenir rapproché.

— Véronique Lauzon, La Presse

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Les affiches des festivals moins les hommes

La Presse a tenté de voir de quoi auraient l’air les affiches de quelques festivals québécois si les noms des artistes masculins en disparaissaient.

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