Attentat de Québec

Le juge, l’assassin, et des héros à honorer

Mercredi, le juge François Huot a rendu une décision historique que je salue de tout mon cœur. Le juge devait décider de permettre ou d'interdire la diffusion des vidéos de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec, le soir du 29 janvier 2017. 

Dans sa décision, le juge Huot a tranché entre le droit de la presse et le droit des victimes de vivre leur deuil en sérénité. Il a décidé d’interdire la diffusion des vidéos de la tuerie. Cependant, il a permis aux personnes présentes dans la salle d’audience de transmettre leurs observations.

Effectivement, les familles des victimes ne devaient pas vivre leur cauchemar éternellement dans le cas où ces vidéos se trouveraient sur les réseaux sociaux. 

Il ne faut pas oublier que les six victimes qui ont perdu la vie ont laissé derrière elles 17 orphelins. Diffuser les vidéos aurait été cruel et inhumain pour ces gens qui ont eu leur lot de souffrance.

Le risque que ces vidéos soient utilisées par des jeunes instables ou radicalisés est réel. La preuve a démontré qu’Alexandre Bissonnette a fait de centaines de recherches sur des tueries et des massacres. 

À titre d’exemple, entre le 1er et le 29 janvier 2017, il consultait quasi quotidiennement l’actualité relative au procès du supremaciste blanc Dylann Roof, reconnu coupable d’avoir tué neuf Afro-Américains dans une église de Charleston, en Caroline du Sud. Le 28 janvier 2017, la veille de son crime, il a fait 44 recherches sur internet concernant des massacres et des tueries. 

Diffuser les vidéos risquait de contribuer à la glorification de l’antihéros et faire d’Alexandre Bissonnette un symbole pour des extrémistes qui seraient tentés de suivre ses traces. 

Cela d’autant plus que les vidéos le montrent comme un homme déterminé, calme et méthodique qui exécutait son plan macabre sans pitié et sans hésitation.

De plus, ces vidéos auraient pu être utilisées par des groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda pour manipuler et recruter certains jeunes musulmans fragiles, en alléguant que « les musulmans se font assassiner avec sang froid dans les mosquées en Occident ».

Cruel et méthodique

Alexandre Bissonnette, lors de l’admission de sa culpabilité devant le tribunal, a déclaré qu’il n’était ni un terroriste ni un islamophobe, mais qu’il a été emporté par la peur et le désespoir. Il a aussi déclaré qu’il avait des idées suicidaires. Cependant, les images captées par les vidéos montrent un assassin cruel, sadique et méthodique.

Alexandre Bissonnette est arrivé à la mosquée muni d’une arme de gros calibre dont le chargeur contenait 29 balles. Un autre chargeur se trouvait dans sa voiture. Il avait aussi un pistolet et cinq chargeurs de 10 balles chacun. En tout, il avait 108 balles. Il en a tiré 48, car l’arme de gros calibre s’est enrayé. Sinon le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd.

Alexandre veut nous faire croire qu’il a commis son crime parce qu’il avait des idées suicidaires. Il a planté 48 balles dans les corps de ses victimes en visant surtout les têtes pour s’assurer de l’efficacité de son acte macabre. Il n’a tiré aucune balle pour s’enlever la vie.

Lorsque l’arme de gros calibre s'est enrayé, Alexandre a pris le pistolet qui était déjà chargé. Une fois le pistolet déchargé, Alexandre l’a rechargé de nouveau. Il l’a chargé quatre fois en retournant chaque fois dans le portique de la mosquée, un endroit plus sécuritaire pour lui. Il a donc eu plusieurs occasions pour hésiter ou reculer. Mais déterminé comme il l'était, rien ne pouvait le faire reculer : ni les enfants présents, ni le sang, ni les cadavres, ni les cris des victimes, ni l’horreur dans les yeux de ses victimes. Un vrai film d’horreur et de terreur. Et il veut nous faire croire qu’il n’est pas un terroriste.

Des héros à honorer

Les vidéos nous ont fait découvrir des héros qui vivaient parmi nous : 

Ayman Derbali, qui a reçu sept balles et restera tétraplégique pour la vie.

Azzedine Soufiane, qui a essayé de maîtriser l’assassin et d’arrêter le carnage. Malheureusement, le tueur s’est échappé et l’a achevé en tirant cinq balles dans son corps.

Mohamed Khadir, qui est revenu à la mosquée après l’avoir quittée. Il enlève son manteau dans cette nuit glaciale pour couvrir le corps d’une victime qui se trouvait loin de la porte pour le garder au chaud.

Saïd Akjour, qui est parti à la poursuite du tireur malgré ses blessures.

La société a le devoir de reconnaître solennellement le courage et la bravoure de ces héros qui, pour protéger les autres, ont mis leurs vies en danger, ou l'ont même donnée, comme Azzedine Soufiane. Cette reconnaissance pourrait prendre la forme d'une décoration du gouverneur général en octroyant, à titre posthume dans le cas de Soufiane, l’Étoile du courage ou la Médaille de la bravoure.

Le 29 janvier nous a montré le pire et le meilleur de nous. Ça nous a dévoilé un assassin qui commet un crime odieux dans une mosquée, mais ça nous a aussi fait connaître les centaines de personnes qui déposaient de fleurs devant la mosquée et les milliers des gens qui participaient aux vigiles de solidarité à travers le pays pour crier haut et fort : 

NON À LA HAINE, NON À LA VIOLENCE.

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