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Plus de 30 nouvelles espèces aquatiques en danger 

Après 10 ans de discussions, d’avis scientifiques et de consultations, le gouvernement fédéral annonce sa nouvelle liste d’espèces aquatiques à protéger. Ces 10 ans lui ont permis de déterminer 32 espèces d’eau douce en danger, dont 23 poissons et 9 mollusques en vertu de la Loi sur les espèces en péril. De ce nombre, six poissons nagent dans les eaux québécoises, dont le bar rayé et l’esturgeon jaune, un mastodonte qu’on retrouve entre autres dans les eaux de la réserve faunique La Vérendrye.

Des impacts sur la pêche

En pleine ouverture de la saison de pêche, le reclassement du fédéral n’a rien de banal, puisqu’il est interdit de tuer, de blesser, de harceler, de capturer ou de prendre une espèce « menacée » ou en « voie de disparition ». Dans la liste, 20 espèces sont du lot, donc menacées, et 12 se classent comme « espèce préoccupante », ce qui signifie qu’on peut les pêcher, mais qu’on les garde à l’œil, avec un plan de gestion et des mesures de conservation.

À la demande d’Ottawa, le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC), mandaté pour les travaux, a ajouté le requin-taupe bleu de l’Atlantique. Ce requin impressionnant peut mesurer jusqu’à 2,75 mètres. Il est passé de « menacé » en 2006 à « espèce préoccupante » en 2017. En raison de nouvelles informations scientifiques, il est à l’étude pour revenir dans la catégorie d’espèce menacée.

Au ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, on explique que le comité a pris toutes ces années avant de proposer les inscriptions en raison de l’ampleur du lot d’espèces en eau douce. La loi protège actuellement 120 espèces aquatiques.

« C’était nécessaire de prendre le temps, d’avoir toute l’information sur l’impact potentiel sur les industries, sur les Premières Nations, sur l’environnement et sur la population. Il faut aussi toute l’information pour les ministres », a précisé Julie Stewart, directrice du Programme des espèces en péril.

Les grands oubliés

Au WWF-Canada, un organisme international de protection des espèces et de la faune, on veut bien saluer le travail du COSEPAC, mais on dénonce la lenteur du fédéral à agir efficacement. À ce sujet, le WWF-Canada indique qu’une étude menée en 2015 avait démontré que sur les 62 espèces de poissons déclarées en « voie de disparition », seulement 12 ont été inscrites depuis 2003, et ce, malgré les recommandations du comité. Les grands oubliés sont la morue de l’Atlantique et le saumon quinnat.

« On pense que ces poissons ne sont pas inclus dans la Loi sur les espèces en péril [LEP] parce que ça signifierait une interdiction de pêche commerciale, explique Sophie Paradis, directrice du programme Québec de l’organisme de protection WWF-Canada. C’est difficile à entendre, mais on ne mangera peut-être pas les mêmes poissons dans 100 ans si on ne protège pas adéquatement nos espèces. »

Le retour du bar rayé

Prenons le bar rayé du Saint-Laurent, par exemple. Le poisson – à ne pas confondre avec celui du Golfe – avait complètement disparu des eaux du fleuve depuis les années 60. Or, voilà qu’en vertu du nouveau décret, son statut passe de « disparu » à en « voie de disparition ».

Chez Pêches et Océans, on explique qu’un plan de réintroduction du bar rayé dans le fleuve semble « fructueux ». Mais, « attention », ajoute-t-on, sa situation demeure fragile.

« Les gens peuvent avoir l’impression qu’il y en a beaucoup dans le sud du Golfe, mais ce n’est pas la même situation dans le fleuve, indique Julie Deault, biologiste principale du Programme des espèces en péril. Il n’y en a pas beaucoup. Il faut encore les protéger. Des interdictions de pêche continueront de s’appliquer avec les inscriptions proposées », rappelle-t-elle.

« Plan de gestion » nécessaire

Deux autres espèces nageant dans les eaux québécoises retiennent l’attention du COSEPAC en obtenant le sceau d’« espèce préoccupante » : l’esturgeon jaune et la lamproie argentée des Grands Lacs et du haut Saint-Laurent. Avec cette inscription, il est encore possible de les pêcher. Néanmoins, le statut signifie que le gouvernement du Canada a l’intention de mettre en place un « plan de gestion » avec la collaboration du gouvernement du Québec, des groupes autochtones, d’environnementalistes, d’experts, etc.

Sur la colline parlementaire, l’annonce de la liste des espèces en péril, il y a quelques semaines, est passée presque inaperçue. Dans un communiqué, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Jonathan Wilkinson, a indiqué que la protection des espèces aquatiques était « une priorité » pour le gouvernement du Canada. « En travaillant avec les Canadiens, nous pouvons accroître les chances de survie et de rétablissement des espèces en péril », a déclaré le ministre.

Capturer les carpes asiatiques

Au Québec, d’autres règles de protection sont en vigueur. On prévoit relancer d’ici quelques semaines le Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques. L’espèce menace des espèces du fleuve Saint-Laurent, du lac Saint-François jusqu’au lac Saint-Pierre. Cet été, on ajoutera des activités de pêche au filet et à l’électricité dans les eaux québécoises pour les capturer.

Au Ministère, on estime qu’il est « réaliste » de croire que des moyens de contrôle de son expansion demeurent possibles.

« Il est impossible avec les données actuelles d’estimer l’abondance et la répartition avec certitude, explique Catherine Ippersiel, de la direction des communications du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Cependant, l’absence de capture de carpes par les équipes du Ministère et les pêcheurs du Saint-Laurent laisse entrevoir que la situation est en période de début d’invasion. »

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