Montréal

« Nous concentrons nos forces pour retrouver Ariel »

La Presse a rencontré les parents d’Ariel Kouakou, qui disent garder la foi

Il y a deux mois que le petit Ariel Kouakou est disparu. L’enfant de 10 ans est introuvable depuis qu’il a quitté le domicile familial du quartier Ahuntsic-Cartierville pour se rendre chez un ami, à quelques minutes de marche. La Presse s’est entretenue hier avec les parents du garçon, qui se nourrissent de l’espoir de retrouver leur fils vivant.

Après des jours de grande tempête, le calme a regagné la résidence des Kouakou. La maison est bien rangée, une musique reggae comme trame de fond. Kouadio Frederic Kouakou nous accueille au salon. Sa femme vient le rejoindre. Rien ne laisse transparaître le drame en suspens. « Nous ne sommes pas abattus », lance le père, sur un ton rassurant.

« C’est certain que nos journées ne sont plus comme avant la disparition d’Ariel. Il y a un manque. On le comble en resserrant nos liens. Nous concentrons nos forces, nos énergies pour retrouver Ariel », explique M. Kouakou. Sa femme et lui affichent une tranquillité quasi désarmante, eux qui sont sans nouvelles de leur enfant depuis 61 jours.

« Nous sommes dans une dynamique d’espoir. C’est ça qui nous habite toujours », indique M. Kouakou. 

« Tout le monde est beaucoup plus calme, contrairement aux premiers jours où nous étions plus paniqués. Le calme aide tout le monde, dont la police. Avec l’effervescence, tout le monde donnait des informations, il y avait des rumeurs. Ça éparpillait les forces. » — Kouadio Frederic Kouakou 

Le temps qui passe donne du poids, selon eux, à la thèse de l’enlèvement privilégiée depuis le premier jour par la famille. « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles », dit le père. Les autorités ont retenu jusqu’à présent la thèse d’une chute accidentelle aux abords de la rivière des Prairies pour expliquer la disparition de l’enfant. L’enquête est toujours en cours.

« Ça fait deux mois, et rien », ajoute M. Kouakou, faisant allusion aux multiples recherches qui sont demeurées vaines. « Notre scénario, c’est le scénario numéro un. Ariel va revenir. » Les parents en sont si convaincus qu’ils ne laissent aucun doute germer dans leur esprit. « À aucun moment il ne nous traverse l’esprit que le pire puisse lui être arrivé », dit M. Kouakou.

Habités par la foi

Cette certitude, ils la trouvent dans leur foi. « Il y a des moments où ma journée est comme le premier jour. Comme si c’était le 12 mars encore. Je pleure toute la journée », confie la mère, Akouena Noella Bibié. « Pour me reprendre, je lis beaucoup la Bible. Je prie et je supplie Dieu de me ramener Ariel. » Avant le sommeil, chaque soir, le couple demande aussi à Dieu de protéger son fils, où qu’il soit. « Nous lui faisons confiance », dit le père.

« En tant que parents, nous avons des intuitions, renchérit M. Kouakou. Nous avons ce sentiment que notre enfant est là. S’il était arrivé quelque chose de dramatique, je vous le dis, le signe, on l’aurait senti tout de suite. » Sa femme opine. Son instinct de mère ne lui ment pas. Son fils est vivant, affirme-t-elle. « Je le sens comme mère. »

C’est animé par cette conviction que le couple, qui a quatre enfants, parvient tant bien que mal à vivre au quotidien. Le père n’a pas repris son travail d’enseignant. La mère a mis en suspens sa formation de préposée aux bénéficiaires. Toute leur énergie est consacrée à la recherche de l’avant-dernier de la famille.

L’entretien tire à sa fin. Mme Bibié sort son téléphone et montre une vidéo du 2 janvier dernier. Ariel fête ses 10 ans. On le voit rieur, qui s’amuse. « Ariel, c’est un garçon gentil, qui n’aime pas les histoires. Il est timide comme moi, mais avec ses amis, il lâche son fou. C’est un garçon qui est facile à vivre. Il est fâché deux minutes », raconte-t-elle.

Elle a le sourire aux lèvres. M. Kouakou aussi. Parler de leur enfant les apaise. « C’est un garçon rassembleur. Il aime bien s’habiller. Sa coupe de cheveux, ce n’était pas à négocier. Lui et Divine [la benjamine], c’est pour eux, tous ces miroirs. » Le couple laisse échapper un éclat de rire. Un rire qu’il fait bon entendre.

Toujours recherché

Ariel Jeffrey Kouakou mesure 1,40 m (environ 4 pi 8 po), pèse 40 kg (environ 90 lb), il a la peau noire, les yeux noirs et les cheveux noirs, et il s’exprime en français. Au moment de sa disparition, il portait un manteau noir avec un capuchon, un pantalon gris et des souliers jaunes. Toute information peut être transmise de façon anonyme et confidentielle à Info-Crime Montréal, au 514 393-1133, ou en composant le 911. Une récompense de 100 000 $ est offerte à quiconque permettrait d’élucider l’affaire.

Des actions de soutien

Un rassemblement aura lieu aujourd’hui de 11 h à 12 h à l’église Sainte-Odile, au 4545, rue De Salaberry, pour marquer les deux mois sans nouvelles d’Ariel Kouakou. Un peu plus tôt cette semaine, les parents de l’enfant ont lancé une campagne d’affichage pour maintenir les recherches actives. Des tracts avec la photo de l’enfant et des macarons seront aussi distribués. La semaine prochaine, la famille doit aussi lancer une pétition pour réclamer la création d’une escouade spécialisée dans la disparition d’enfants.

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