NATHALIE PETROWSKI

Mort de l’auteur de Who’s Afraid of Virginia Woolf ?

Le dramaturge américain Edward Albee, auteur de la célèbre pièce Who’s Afraid of Virginia Woolf ?, est mort, hier, chez lui à Montauk. Il était âgé de 88 ans. Considéré comme l’un des plus grands dramaturges américains de son époque, M. Albee a reçu à trois reprises le prix Pulitzer (A Delicate Balance en 1967, Seascape en 1975 et Three Tall Women 1994).

— Agence France-Presse

Un film-choc et bouleversant de Deepa Mehta

TORONTO — Ils étaient six : cinq hommes majeurs et un mineur. Tous les six, à bord d’un autobus privé emprunté, étaient ivres et excités lorsqu’ils ont aperçu leur proie : une fille de l’Inde moderne, étudiante en physio, debout sur la chaussée d’une rue achalandée de Delhi. Elle était accompagnée d’un copain, mais qu’importe. Les six l’ont fait monter. Ils ont tabassé le copain, puis violé et torturé la fille, Jyoti Singh de son vrai nom, avant de la laisser pour morte sur la chaussée. Le documentaire de la BBC India’s Daughter est revenu sur ce terrible fait divers survenu en 2012 qui a horrifié le monde entier et provoqué des manifestations monstres en Inde après que la victime eut succombé à ses blessures.

Avec Anatomy of Violence, la cinéaste indo-canadienne Deepa Mehta traite du même événement, mais par l’entremise de la fiction avec une bande d’acteurs qui ont travaillé leurs personnages en ateliers d’impro. Le résultat présenté jeudi, au TIFF, est un film-choc qui, comme son titre l’indique, explore l’anatomie d’une violence qui n’est pas née du jour au lendemain, mais qui a été cultivée et cautionnée par la misogynie intrinsèque de la société indienne. 

« Ce que j’ai voulu montrer, c’est que les monstres ne se construisent pas tout seuls. »

— La réalisatrice d’Anatomy of Violence, Deepa Mehta

La grande particularité de ce film bouleversant, c’est d’abord qu’il nous épargne l’atrocité de la scène de viol. En lieu et place, le film se concentre uniquement sur la vie des six agresseurs, avant le viol et après. On les découvre à tour de rôle, dans leur habitat naturel, vivant dans la pauvreté la plus abjecte, au milieu de bidonvilles pourris, au sein de familles souvent violentes où les femmes sont traitées comme des moins que rien et où les hommes, trop pauvres pour intéresser les filles, sont aux prises avec une frustration sexuelle permanente. Dans une des premières scènes, un des agresseurs attire sa jeune cousine d’à peine 12 ans dans son taudis et, tout en jouant à la poupée avec elle, tente de la violer. Un autre des agresseurs a reconstitué avec des bouts de papier sur les murs de sa chambre une femme nue aux jambes écartées devant laquelle il se masturbe régulièrement. Les six, issus de la fange, ont 5 ans d’âge mental, aucune instruction et une propension à la délinquance.

Deepa Mehta nous raconte leur histoire, non pas pour les excuser, mais pour qu’on saisisse bien le contexte social qui les a fabriqués. La cinéaste affirme avoir fait ce film pour conscientiser la société indienne dans son ensemble, y compris la bourgeoisie, qui, dit-elle, a une responsabilité dans la perpétuation du sexisme et de la misogynie. « Tout le monde a besoin de voir ce film », a-t-elle plaidé, ajoutant que le film ferait l’ouverture du Festival du film de Bombay en octobre avant d’être distribué partout en Inde. 

La nouvelle est d’autant plus étonnante que le documentaire de la BBC sur le même sujet a été interdit en Inde, sous prétexte qu’il donnait une mauvaise image du pays. Autant dire qu’Anatomy of Violence fait bien pire, mais le fait que Deepa Mehta soit elle-même originaire de l’Inde changera peut-être la donne. Chose certaine, après l’échec critique de Beeba Boys sur la mafia indienne à Vancouver, ce film remet la cinéaste en selle et fort probablement, un de ces jours, sur la route des Oscars pour le meilleur film étranger.

LE CERVEAU EN FEU ET PERSONNE POUR L’ÉTEINDRE

Susannah Cahalan était une journaliste du New York Post blonde, sage et gentille. En 2009, à l’âge de 24 ans, elle s’est subitement muée en monstre instable, hystérique et vociférant. Personne ne comprenait ce qu’elle avait, y compris ses médecins. Les uns croyaient qu’elle était alcoolo et en burn-out, les autres qu’elle était bipolaire ou schizophrène. En désespoir de cause, elle allait prendre le chemin de l’institut psychiatrique où elle serait encore. Mais voilà, un neurologue, le docteur Souhel Najjar, s’est intéressé à son cas et lui a pour ainsi dire sauvé la vie en découvrant qu’elle souffrait d’une encéphalite auto-immune et que son corps attaquait son cerveau. Contrairement aux apparences, Susannah n’était ni psychotique, ni folle, ni atteinte de maladie mentale, mais souffrait d’un problème neurologique. 

C’est l’histoire que raconte Brain on Fire (Le cerveau en feu), avec la jeune sensation Chloë Grace Moretz dans le rôle de Susannah. Pour ceux qui l’ignorent – et j’en étais –, à 19 ans, avec déjà 33 films à son actif et le fils de David Beckham comme petit ami, Chloë, qui a été révélée à 7 ans par le remake The Amityville Horror, est actuellement l’ado la mieux payée d’Hollywood. C’est aussi une jeune fille brillante et éloquente, mais pas nécessairement une grande actrice. Dans Brain on Fire, elle n’est pas mauvaise, mais elle n’est pas transcendante non plus. 

Il faut dire que ce film du cinéaste irlandais Gerard Barrett fait œuvre utile plus qu’il ne fait du cinéma. En conférence de presse, le réalisateur a d’ailleurs insisté sur le fait que le sujet du film était trop important pour qu’il se permette un trip d’artiste égoïste. Il a conclu que c’était probablement la seule fois qu’il faisait un film qui sauverait des vies. Du point de vue médical, c’est noble et louable. Du point de vue cinématographique, par contre, c’est une autre paire de manches. Malheureusement pour lui, Brain on Fire ne risque pas de passer à l’histoire.

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