Opinion

L’aide aux médias ne peut plus attendre

L’annonce par le gouvernement Trudeau d’une aide financière de 600 millions de dollars aux médias écrits cet automne a été suivie d’un grand soupir de soulagement par le milieu médiatique et par les défenseurs de la liberté de la presse. Il s’agit ni plus ni moins d’assurer la pérennité du journalisme indépendant et professionnel à l’heure où celui-ci est menacé tant par les fausses nouvelles que par la concurrence déloyale des géants du web.

Cependant, le temps file et les mesures annoncées doivent se retrouver dans le prochain budget, avec l’assurance que les médias pourront toucher rapidement ces sommes. Les médias canadiens se battent pour garder la tête hors de l’eau, mais ils ne pourront continuer d’œuvrer bien longtemps dans un environnement fiscal qui les désavantage par rapport aux Facebook et Google de ce monde, qui profitent de ce contexte pour siphonner une bonne part de leurs revenus publicitaires.

Rappelons que des dizaines de quotidiens et des centaines d’hebdomadaires, imprimés ou numériques, ont fermé leurs portes au cours des dernières années et que cette chute vertigineuse de la diversité et de la pluralité de I’information, si elle se poursuit, aura des conséquences dévastatrices sur la démocratie et la qualité de nos débats de société. Certaines régions risquent d’ailleurs de perdre tout accès à de l’information locale.

Le cœur de l’aide annoncée par le gouvernement Trudeau est lié aux crédits d’impôt sur la masse salariale des médias écrits, mais depuis cette annonce, les contours du programme d’aide n’ont pas encore été définis.

Plus les jours passent, plus l’inquiétude monte quant à la possibilité que le programme ne puisse voir le jour avant la fin de la présente session parlementaire.

Cette hypothèse mettrait à risque la survie d’un bon nombre de médias au pays. Il nous reste à espérer que le gouvernement Trudeau profitera du prochain budget pour démontrer rapidement et concrètement son attachement à la liberté de la presse. Cela passe non seulement par la confirmation dans le prochain budget des sommes annoncées en novembre ; ces sommes doivent également être assorties de critères clairs assurant une équité de financement à tous les médias au pays.

Ne cédons pas au cynisme

À la suite de l’annonce de novembre, certaines voix ont accusé le gouvernement de vouloir « acheter les médias ». Cette accusation reflète à la fois une méconnaissance profonde du fonctionnement des médias et une certaine méfiance à l’égard des journalistes, dont le travail est pourtant encadré par un code d’éthique et par des institutions comme la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et le Conseil de presse du Québec.

Qui plus est, presque tous les journalistes au Canada sont protégés par un syndicat et par une convention collective qui interdit toute forme d’ingérence dans leur travail.

Tout n’est pas parfait, mais les conditions de travail respectables, l’encadrement par des normes professionnelles, l’imputabilité devant le public et la syndicalisation permettent de préserver les salles de nouvelles des pressions diverses qui peuvent s’exercer. Si certaines critiques à l’endroit des médias peuvent être fondées et nécessaires, elles ne doivent pas faire oublier que le cœur du mandat des médias est de rapporter les faits et de les exposer avec neutralité par le biais d’un travail rigoureux de collecte d’information. Un travail auquel s’ajoute celui de nombreux analystes, chroniqueurs ou éditorialistes, dont la diversité de points de vue est d’ailleurs nécessaire pour assurer une saine démocratie.

Rappelons-le, l’aide aux médias écrits vise à assurer un traitement équitable à toutes les entreprises de presse pour assurer leur survie peu importe leur taille, l’identité des propriétaires ou la ligne éditoriale. Cette aide doit voir le jour rapidement et le prochain budget doit donner le signal que ces sommes seront attachées à un programme concret dont les contours sont bien définis. L’attente a assez duré.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.