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Les critiques de la semaine

Voici quatre livres qui ont retenu l’attention de l’équipe de Lecture cette semaine.

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Survie et cruauté

My Absolute Darling
Gabriel Tallent
Éditions Gallmeister
454 pages
****

Le premier roman de l’Américain Gabriel Tallent a créé une onde de choc et est devenu un best-seller. Turtle, 14 ans, vit avec son père sur un terrain isolé en Californie. Martin est cruel. Il maltraite sa fille physiquement, psychologiquement, sexuellement. Il lui enseigne le maniement des armes et la survie, à coups de « jeux » sadiques et d’insultes. Malgré tout, Turtle, orpheline de mère, aime son père et tente de répondre à ses exigences. Elle reprend son discours, se traitant de « connasse » et de « poufiasse » – la traduction, française, peut être agaçante, même si on est conscient de la difficulté de bien rendre un langage populaire. Elle rencontre un jour deux garçons perdus en camping. Cette nouvelle amitié la pousse à se détacher de son père. À ses risques et périls. La plume vivante et sentie de Tallent transporte le lecteur au cœur de ce monde difficile. Il transmet, avec brio et sans explications inutiles, la souffrance de Turtle et la psychologie complexe des personnages. Il donne vie à l’intangible, comme à l’environnement autour, avec ses descriptions précises. C’est parfois à la limite du soutenable, mais on ne peut déposer le livre avant de savoir ce qu’il adviendra de Turtle. — Janie Gosselin, La Presse

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Les signes du temps

La femme qui ne vieillissait pas
Grégoire Delacourt
Éditions JC Lattès
246 pages
*** 1/2

Martine, devenue Betty, naît dans la France des années 50. Elle fait ses dents, apprend à marcher, grandit. De façon normale, comme en attestent ses mensurations. À 13 ans, elle devient orpheline de mère, cette femme qui restera toujours âgée de 35 ans, comme sur sa photo. La vie continue. Elle se marie et a un enfant. Mais à 30 ans, le temps s’arrête sur son corps. L’intérieur vieillit toujours, sans signes apparents. Bonheur ? Au début, elle accepte les compliments – le regard des autres est au cœur de ce roman, alors que toutes les femmes sont envieuses et que, pour tous les hommes, jeunesse égale beauté et désirabilité. Sauf pour ceux trop préoccupés par les qu’en-dira-t-on pour être vus avec elle… Betty ne rêve plus que d’avoir sur sa peau les signes de son vécu, preuves de vie. L’auteur brosse le portrait parallèle d’une époque : la France de la guerre d’Algérie, puis de Mai 68, les faits divers, les films, les chansons populaires. Le temps passe au rythme de ces marqueurs de société, symboles du passé commun d’une génération. Un roman touchant, écrit avec beaucoup de sensibilité et de doigté, sur la superficialité, la peur de vieillir et sa nécessité. — Janie Gosselin, La Presse

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On ne se trompe pas !

Un éléphant, ça danse énormément
Arto Paasilinna
Denoël
275 pages
*** 1/2

Emilia est une éléphante douce comme un agneau, qui adore manger et danse parfaitement le gopak ! Sa dompteuse, Lucia, l’a vue naître et s’y est attachée. Lorsque, dans des circonstances exceptionnelles, l’animal est sur le point de finir à la boucherie, Lucia opte pour la fuite. Commence alors un road trip singulier à travers la campagne finlandaise, en direction d’un port où Lucia espère s’embarquer avec Emilia en direction de l’Afrique. En chemin, elles croisent un gérant de supérette dévoué, un constructeur de sous-marins fêlé, un pasteur suicidaire, des écologistes portés sur la diffusion de faits alternatifs, un chef pompier élevé au rang d’amant officiel. Tous sont unis dans leur volonté d’aider Lucia à atteindre son but. Emilia est le témoin privilégié de ces aventures en engouffrant des quantités astronomiques de pommes, de foin, de luzerne, d’avoine et en se payant même une beuverie ! C’est jouissif ! Ludique ! Débordant d’imagination ! Dépourvu de courbe dramatique, ce roman est néanmoins doux, apaisant et nous permet de croire en la solidarité.

— André Duchesne, La Presse

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Au cœur du Mile End

160 rue Saint-Viateur Ouest
Magali Sauves
Mémoire d’encrier
305 pages
***

Une mort mystérieuse, une enquête, des rebondissements : si 160 rue Saint-Viateur Ouest reprend des éléments du polar, il n’en est pas tout à fait un. L’enquête de Mathis Blaustein, lieutenant renié par sa famille hassidique du Mile End en raison de son homosexualité, sert surtout de prétexte pour présenter une deuxième intrigue : que cherche donc la vieille femme francophone qui se rend à l’appartement de son enfance en tenant des propos décousus ? Il a gardé contact, en secret, avec sa mère, et lorsqu’elle lui demande de l’aide, il décide d’élucider le mystère. D’autant plus que le fils de la femme est un suspect dans son enquête. Si, en apparence, les Laverdure et les Blaustein vivent des existences bien différentes au sein du même quartier, ils ont beaucoup en commun : les secrets de famille, l’importance de la réputation, les patriarches forts. À travers ce roman, l’auteure fait ressortir ces traits communs et présente des personnages principaux originaux et humains. Les dialogues sont par contre inégaux, passant d’un niveau de langage à l’autre. Le lecteur se perd quelque peu dans les sous-intrigues, comme celle de la commission Charbonneau, qui n’aboutit pas. Malgré tout, le roman reste une lecture digne d’intérêt. — Janie Gosselin, La Presse

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