Montréal

Marée humaine pour le climat

C’est une véritable marée humaine qui a déferlé dans les rues de la planète, hier, pour la grève mondiale de la jeunesse pour le climat. À Montréal, ils étaient des dizaines de milliers, ce qui en fait l’un des plus importants des quelque 2000 rassemblements qui se sont tenus dans 123 pays.

Elles se sont époumonées trois heures durant à crier, à chanter et à scander des slogans comme « À qui, le futur ? À nous, le futur ! », ou encore « Plus chauds ! On est plus chauds que le climat ! ».

Quelques dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Montréal, hier après-midi, pour réclamer des actions concrètes de la part des décideurs pour contrer le réchauffement climatique et faire face à ses conséquences.

« À la base, proposer un plan d’action clair pour l’environnement, ce serait un bon départ », a asséné Katerie Coudé, étudiante en génie chimique de Polytechnique Montréal.

Tout de jaune vêtus, arborant des fleurs en guise d’« antennes », Chloë Fouejieu Zambou et Paolo Mermin, deux élèves de niveau collégial de l’École de musique Vincent-d’Indy, étaient déguisés en abeilles pour souligner le déclin des pollinisateurs, causé notamment par l’utilisation massive de pesticides.

« S’il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus de bouffe, il n’y a plus de nous ! »

— Paolo Mermin, élève de l’École de musique Vincent-d’Indy

« Les tortues en ont marre de ce cauchemar », pouvait-on lire plus loin sur une affiche, tandis que de jeunes manifestants portaient à bout de bras un grand cercueil sur lequel il était écrit « NOTRE FUTUR ».

Sur une autre affiche, les plus polyglottes pouvaient lire Skolstrejk för klimatet, traduction de « grève scolaire pour le climat », clin d’œil à l’adolescente suédoise Greta Thunberg, égérie du mouvement et dont la candidature est souhaitée par certains au prix Nobel de la Paix.

Ambiance familiale

Plus de 150 000 élèves du cégep et de l’université étaient en grève à l’échelle du Québec pour cette journée mondiale de mobilisation, mais la manifestation montréalaise a attiré des gens de tous les âges.

« On a une ado qui est quelque part dans la manifestation », a indiqué Joseph Perrault, 38 ans, qui marchait avec sa conjointe et Iris, leur autre fille, âgée de 8 ans.

La fillette a déclaré à La Presse qu’elle espérait « que M. Legault voie qu’il y a plein de monde » et qu’il « aide la planète ».

Non loin derrière, balai à la main, Jean-Luc Béchard, 51 ans, estimait que « c’est bien beau de balayer, c’est bien beau de nettoyer, mais si on pouvait ne pas salir [l’environnement], ce serait encore mieux. »

De nombreux élèves du secondaire étaient également présents, comme Corinne Lienhard, venue de Bois-des-Filion, tenant une affiche bricolée à partir d’un bâton de hockey brisé sur laquelle on pouvait lire « Science pas silence ».

La science a d’ailleurs été évoquée par le professeur de Polytechnique Montréal Normand Mousseau, spécialiste des enjeux énergétiques, dans le discours qu’il a livré aux manifestants massés place des Festivals, à la fin de la marche.

« Il faut que la science soit au cœur des décisions […], qu’elle éclaire nos décisions », a-t-il dit, évoquant notamment le « troisième lien » entre Québec et Lévis, qui n’est « pas une solution ni pour le transport ni pour l’environnement », suscitant une salve d’applaudissements.

Normand Mousseau a également décoché une flèche aux ministres fédéral et provincial de l’Environnement, qui ont tous les deux salué la mobilisation des jeunes.

« On ne peut pas dire : “On a des plans, faites-nous confiance. Dans 30 ans, on va y être.” Ça ne marche pas comme ça ! »

— Normand Mousseau, spécialiste des enjeux énergétiques à Polytechnique Montréal

« Mobilisation monstre » pour les élections

Le collectif La planète s’invite à l’université, à l’origine de la mobilisation québécoise, a annoncé à la fin de la manifestation la tenue d’un congrès national étudiant ce printemps pour « assurer la continuité du mouvement ».

Deux manifestations sont par ailleurs prévues en avril, durant la Semaine de la Terre, et des « camps de formation » seront organisés durant l’été afin de préparer une « mobilisation monstre » pour la campagne électorale fédérale, l’automne prochain, a lancé Mathieu Desgroseillers, co-porte-parole du collectif.

Continuer d’investir dans les énergies fossiles, « polluantes [et] archaïques », c’est « délibérément nier notre droit à la vie », a prévenu Léa Ilardo, également co-porte-parole.

Les élèves du secondaire qui manifestent tous les vendredis depuis un peu plus d’un mois à Montréal continueront par ailleurs de le faire, a indiqué l’une des initiatrices du mouvement, Sarah Montpetit.

« Pourquoi notre futur vaut moins que le vôtre, M. Trudeau, et que le vôtre, M. Legault ? »

— Sarah Montpetit, Pour le futur Montréal

Rappelant qu’il « reste 11 ans pour agir », selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à défaut de quoi les conséquences seront « désastreuses », l’adolescente a accusé les deux premiers ministres de « sacrifier » leurs propres enfants à l’économie.

« Vous nous avez légué une planète malade, a-t-elle ajouté, et nous allons la guérir. »

Des élèves forcent la suspension des cours

Des élèves du secondaire ont formé des chaînes humaines devant leur école, hier à Montréal, forçant la suspension des cours pour la journée dans les établissements aux écoles Sophie-Barat, Robert-Gravel, Joseph-François-Perrault, Georges-Vanier, Père-Marquette et l’Académie de Roberval. Décrétée initialement pour la matinée, la suspension a finalement été prolongée pour la journée par la Commission scolaire de Montréal (CSDM). « Comme les lignes de piquetage se poursuivent, les cours de l’après-midi sont donc suspendus, car les écoles demeurent inaccessibles pour le personnel et les élèves », a écrit dans un courriel envoyé aux parents en fin de matinée par le directeur responsable des écoles secondaires de la CSDM, Benoît Thomas. Des membres du personnel étaient tout de même présents pour rediriger les élèves qui se sont présentés.

— Jean-Thomas Léveillé, La Presse

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