Vers 2025 et plus loin encore 

La F1 a toujours été le précurseur de la technologie automobile. La lutte en piste l’a forcée à constamment évoluer, et bien des innovations ont fini par trouver leur chemin jusque dans les voitures de route. 

Quelques exemples : les designs aérodynamiques, la suspension active, les systèmes de récupération d’énergie, l’antidérapage, les arceaux de sécurité, pour ne citer qu’eux. 

L’actuel moteur F1 est le pinacle de l’ingénierie. Quelques données : 

• 6 cylindres

• cylindrée limitée à 1,6 litre

• rotation à 15 000 tours par minute

• turbocompresseur et systèmes de récupération d’énergie (à partir du freinage et des gaz d’échappement) autorisés

• débit de carburant limité à 100 kg/h

Le moteur lui-même développe à peu près 700 chevaux-vapeur. Les systèmes de récupération d’énergie en ajoutent 160. Ce qui signifie que les moteurs actuels sont aussi puissants que les V8, 2,4 litres qui les précédaient, mais qu’ils utilisent 35 % moins d’essence pour y parvenir. 

Les caractéristiques motrices seront probablement en grande partie reconduites jusqu’en 2024. Après quoi, le groupe propulseur sera revu. Évidemment, motoristes et directeurs d’équipe ont chacun un peu leur idée d’où s’en va la F1 côté technologie du moteur. 

« Nous sommes au milieu d’une transition technologique, du moins chez les voitures de route. Nous sommes des amateurs des moteurs bruyants, traditionnels, mais la technologie ne s’en va pas là. Ce n’est pas où s’en vont les perceptions et les exigences en matière de développement durable. »

— Toto Wolff, PDG de Mercedes 

À son déjeuner vendredi, Wolff avait transmis l’image amusante que s’il voyage avec ses enfants dans sa Mercedes les fenêtres ouvertes, un moteur qui crie n’est pas agréable. « C’est seulement bruyant. » 

Wolff poursuit. À ses yeux, ce n’est pas évident de savoir, plusieurs années d’avance, dans quelle direction s’en va la technologie. Mais le président de Daimler (le constructeur automobile dont Mercedes-Benz est une filiale) estime que 50 % du parc de véhicules sera soit hybride, soit électrique d’ici 2030. 

« C’est là que la technologie s’en va. On pourrait donc avoir un moteur avec une plus grande partie hybride, avec des énergies renouvelables et de l’électricité. En ce moment, c’est peut-être à 20 %. Peut-être que ce ratio pourrait atteindre 50-50. Tant et aussi longtemps que ça reste un moteur excitant, je crois que la portion hybride augmentera après 2025. » 

Une voix discordante

Toyoharu Tanabe est directeur principal du programme de développement chez Honda. Il reconnaît comme Wolff que les moteurs sont en phase de transition. Il est toutefois moins clair à ses yeux quelles sont les prochaines étapes pour rendre les moteurs aussi performants, mais plus verts. Il est d’avis que garder le même concept de moteur jusqu’en 2025 permettra de poursuivre les discussions à cet égard. 

« Nous devons trouver ce que doit être le sommet de la technologie des moteurs de la F1. » 

Pour le directeur de l’équipe Haas, Günther Steiner, le moteur V12, caractérisé par son bruit tonitruant, n’est simplement plus socialement acceptable. 

« Les motoristes savent ce qui est bon : le développement durable, les éléments électriques, donc je pense comme eux. L’important, à mes yeux, est que la F1 demeure à la fine pointe de la technologie et de ne jamais revenir en arrière seulement parce que j’étais jeune à l’époque. »

— Günther Steiner,  directeur de l’équipe Haas

Un commentaire qui fait sourire, mais qui rejoint exactement ce que Wolff répondait au souhait de son pilote vedette Lewis Hamilton que les F1 reviennent aux V12. Il en disait qu’il ne fallait pas voir le passé avec trop de nostalgie et que le retour en arrière était simplement impensable. 

Dans ce concert d’idées d’évolution, il y a Franz Tost, directeur de Toro Rosso, somme toute satisfait du moteur actuel. 

« Nous avons un groupe propulseur de très haut niveau, et ce n’est pas assez bien communiqué. Nous avons un petit moteur, deux systèmes distincts de récupération d’énergie, et tous ces éléments mis ensemble en font le moteur de demain. Si on plaçait le moteur actuel de F1 dans une voiture traditionnelle, elle pourrait parcourir 100 km avec un ou deux litres d’essence et remplir sa batterie en même temps.

« Ils parlent de voiture électrique, mais je me demande, d’où vient cette énergie ? En Formule E, il y a 20 voitures hors de la piste (en train d’être rechargées) et 50 génératrices au diesel qui fournissent l’énergie. Nous avons en F1 la technologie du futur. Comme Toto l’a dit, peut-être que la portion hybride ou électrique grimpera à 40 %. C’est bien, mais la technologie que l’on possède, à mes yeux, est celle du futur. »

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