CONSOMMATION D’ALCOOL PENDANT LA GROSSESSE

L’abstinence demeure l’option la plus prudente, rappelle la revue Pediatrics

Alors que des études récentes ont laissé entendre que quelques verres ici et là pendant la grossesse pouvaient être sans conséquence, la publication scientifique Pediatrics vient dire exactement le contraire dans son numéro de novembre. Elle recommande aux femmes de ne boire aucune goutte d’alcool, et ce, depuis le moment où elles tentent de concevoir jusqu’à leur accouchement.

L’avis ne s’appuie pas sur une nouvelle étude, mais il relève plutôt de la prise de position basée sur le fait qu’il n’existe aucune preuve qu’on puisse boire en toute sécurité quelque quantité minimale d’alcool que ce soit.

« Les malformations congénitales et les handicaps liés à l’exposition prénatale sont faciles à prévenir : il suffit que les femmes s’abstiennent de boire de l’alcool », tranche- t-il.

Les auteurs de l’avis croient simplement qu’il vaut mieux jouer de prudence.

Selon Janet Williams, professeure de pédiatrie à l’Université du Texas et auteure principale de l’avis, il est probable que des études à venir continueront de démontrer que l’alcool consommé pendant la grossesse peut avoir des conséquences sur la performance scolaire, l’attention, le comportement, la mémoire et le langage, de même que sur le développement visuel et moteur des enfants.

Le texte de neuf pages publié dans Pediatrics est assorti de plusieurs photos fort peu rassurantes de traits physiques caractéristiques de jeunes souffrant de ce que l’on appelle désormais les « troubles dans le spectre de l’alcoolisation fœtale ».

L’article énumère les dangers pour la santé du fœtus et chiffre ce que cela coûte à la société américaine. Du diagnostic de départ aux soins à donner tout au long de la vie, chaque personne atteinte d’alcoolisation fœtale coûterait quelque 2,44 millions.

« Il était temps que le Pediatrics publie un tel avis. »

— Dre Anne-Marie Goyette, pédiatre du développement et du comportement à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Si quelques études disent autre chose, la réalité, insiste la Dre Anne-Marie Goyette, pédiatre du développement et du comportement à l’Hôpital de Montréal pour enfants, « c’est qu’on ne sait pas quelle quantité d’alcool est dangereuse ou pas ».

En fait, « on ignore si même de faibles quantités d’alcool peuvent affecter un gène et entraîner par exemple un trouble de l’attention lié ou pas à l’hyperactivité ».

Le problème, poursuit-elle, c’est que même si les autorités en santé publique du Québec et du Canada recommandent aux femmes de s’abstenir de boire de l’alcool, dans les faits, « les médecins d’ici – contrairement à ceux d’autres provinces canadiennes – sont encore nombreux à dire à tort aux femmes qu’après les premiers mois de grossesse, elles peuvent boire un peu ».

Ce qu’en disent…

LA SOCIÉTÉ CANADIENNE DES OBSTÉTRICIENS ET DES GYNÉCOLOGUES DU CANADA

(Lignes directrices de 2010, toujours en vigueur)

« Nous ne disposons pas de données indiquant que la consommation d’alcool pendant la grossesse peut causer des torts au fœtus.

« Nous ne disposons pas de données suffisantes pour affirmer que la consommation de faibles niveaux d’alcool pendant la grossesse s’avère sûre ou nocive pour le fœtus.

« Nous ne disposons pas de données suffisantes pour définir quelque seuil que ce soit pour ce qui est de la consommation de faibles niveaux d’alcool pendant la grossesse.

« L’abstinence constitue le choix prudent pour une femme enceinte ou qui pourrait le devenir. »

LE COLLÈGE ROYAL D’OBSTÉTRICIENS ET DE GYNÉCOLOGUES DE GRANDE-BRETAGNE

(Avis de février 2015)

« Il est recommandé de s’abstenir totalement de boire pendant les trois premiers mois de la grossesse et lorsqu’on essaie de concevoir un bébé.

« L’approche la plus sûre est de ne pas boire du tout pendant le reste de la grossesse, bien que de petites quantités d’alcool après trois mois de grossesse (pas plus d’une à deux unités d’alcool, une à deux fois par semaine), ne semblent pas nocives. »

CONSEIL DANOIS DE LA SANTÉ

(Étude publiée en 2012 dans le journal international d’obstétrique et de gynécologie BJOG)

« Une consommation faible (1 à 4 verres par semaine) ou modérée (5 à 8 verres) d’alcool n’entraîne pas de séquelles neuropsychologiques chez les enfants de 5 ans. […] En revanche, de hauts niveaux de consommation d’alcool (9 verres ou plus par semaine) sont liés à des problèmes d’attention chez les enfants de 5 ans. »

L’INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC

(Mieux-vivre avec son enfant, édition 2015)

« Il est recommandé de s’abstenir de boire de l’alcool pendant la grossesse. Plus vous consommez d’alcool, plus les risques de dommages pour votre bébé sont grands. La consommation d’une grande quantité d’alcool lors d’une même occasion et la consommation régulière d’alcool sont particulièrement nocives pour le bébé. On ne sait pas exactement quels sont les effets de la consommation occasionnelle d’une petite quantité d’alcool. L’effet de l’alcool sur le bébé est le même, peu importe le type de boisson que vous consommez : bière, vin ou spiritueux. »

« Le placenta ne filtre pas l’alcool : l’alcool passe directement du sang de la mère au sang du bébé à travers le placenta. »

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