ARTS

Pour un théâtre de toutes les diversités

L’arrivée du printemps annonce la sortie prochaine de la programmation théâtrale 2018-2019 des théâtres québécois.

Au cours de la dernière année, il a beaucoup été question de la faible représentation de la diversité culturelle sur nos scènes et du très petit nombre de pièces écrites ou mises en scène par des femmes. Il me semble impératif de rectifier le tir, mais j’aimerais aussi attirer l’attention sur un autre manque de diversité dans le théâtre de création québécois : celui des parcours des auteurs.

Ainsi, au cours des dernières années, la quasi-totalité des créations québécoises francophones jouées sur les scènes montréalaises sont des textes écrits par des comédiens ou des auteurs diplômés du programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre. Bien sûr, c’est logique, et nombre d’entre eux apportent une riche contribution au corpus théâtral.

Cependant, je considère que le milieu gagnerait à s’ouvrir à des auteurs issus d’autres disciplines pour varier ses histoires et ses points de vue.

En littérature, par exemple, un grand nombre d’écrivains ne possèdent aucune formation dans le domaine. Le seul critère qui influence la décision de publier un livre, c’est la qualité du texte et sa cohérence dans la ligne directrice d’une maison d’édition. À La Peuplade, maison qui a publié mon premier roman, un de mes collègues auteurs est un ancien camionneur. Le milieu littéraire québécois peut compter sur l’apport de professeurs, d’ébénistes, de médecins, de journalistes… Personne ne sourcille si un plombier propose un manuscrit, on est même heureux qu’un plombier écrive un livre, parce que ça fait une bonne histoire de l’histoire.

Sans avoir étudié en littérature, on peut avoir lu avec passion toute sa vie, et avoir appris à écrire en lisant. Sans avoir étudié en théâtre, on peut avoir vu des tonnes de pièces, et avoir appris à écrire à travers son expérience de spectateur.

Depuis quelque temps, je vais moins au théâtre. Je trouve qu’on y raconte souvent les mêmes histoires autour des mêmes personnages pour le même public. J’aimerais bien qu’on délaisse les textes qui présentent un énième souper de famille qui tourne mal ou le mal de vivre de jeunes trentenaires urbains blancs incapables de s’engager.

On a vu plusieurs pièces écrites à partir du vécu et des opinions de comédiens, pourquoi ne pas s’inspirer aussi de la réalité d’un menuisier ou d’une infirmière ?

Dernièrement, j’ai eu la chance de voir Rendez-vous Lakay, l’excellent solo de Djennie Laguerre, actrice d’origine haïtienne, qui raconte le retour d’une jeune femme en Haïti après la mort de son père. La salle du Montréal Arts Interculturels était remplie à craquer de spectateurs très majoritairement issus des communautés culturelles, et je me suis demandé si j’avais déjà vu un tel public dans les autres théâtres montréalais. Je ne crois pas. Et ça me semble logique : on ne peut pas demander aux gens de s’intéresser à des œuvres qui ne les représentent jamais.

Dans les théâtres institutionnels, le public est souvent composé de gens de théâtre. Si les œuvres dramatiques mettaient en scène toutes les facettes de notre société et s’adressaient véritablement à tous, je suis convaincue qu’un tout nouveau public s’intéresserait à la dramaturgie québécoise. Vivement un théâtre aux portes ouvertes sur toutes les diversités.

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