LAVAL

L’ex-maire Vaillancourt obtient sa libération conditionnelle

La Commission des libérations conditionnelles du Canada a accordé, hier, la libération conditionnelle totale à Gilles Vaillancourt. Du même coup, elle a révélé que l’ex-maire corrompu de Laval avait admis avoir fait des « manœuvres frauduleuses » dans ses fonctions antérieures.

Or, les seuls faits pour lesquels Gilles Vaillancourt a été condamné à près de six ans de pénitencier, en décembre 2016, couvrent la période de 1996 à 2010. Durant ces 14 années, M. Vaillancourt a comploté, fraudé et abusé de la confiance de ses concitoyens en orchestrant l’attribution des contrats publics de construction ; la décision d’accorder un mandat à tel entrepreneur ou telle firme de génie était prise « avant même la réception et l’ouverture des soumissions », rappelle la Commission.

Mais les crimes de Gilles Vaillancourt ne se limiteraient pas à cette période. 

« Vous auriez toutefois admis avoir eu recours à des manœuvres frauduleuses dans vos fonctions professionnelles antérieures à celles de maire. »

Extrait de la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, à propos de l’ex-maire Gilles Vaillancourt

Aucun autre détail n’est présenté. On ignore quelles sont les circonstances au cours desquelles Gilles Vaillancourt aurait fait un tel aveu et, surtout, quelle est la nature des « manœuvres frauduleuses » dont il est question.

D’abord conseiller municipal

Rappelons que M. Vaillancourt a été élu maire pour la première fois en 1989. Cela faisait alors déjà 16 ans qu’il siégeait au conseil municipal de Laval. Il avait fait son entrée à l’hôtel de ville en 1973 avec l’équipe du maire Lucien Paiement. Son influence prendra toutefois un véritable essor à partir de 1984.

À l’époque, il était chef de l’opposition, face au maire Claude Ulysse Lefebvre. Ce dernier a eu maille à partir avec des membres de son comité exécutif qui ont fait une tentative de putsch. Mais c’était sans compter sur la proposition du maire Lefebvre à Gilles Vaillancourt, qu’il a accepté : changer de camp et occuper la présidence du comité exécutif.

Cinq ans plus tard, M. Lefebvre a quitté ses fonctions et Gilles Vaillancourt s’est installé au pouvoir. Il y est resté jusqu’à son départ dans la controverse en 2012. Six mois plus tard, il était arrêté dans le cadre du projet Honorer, une enquête qui a permis de démontrer l’existence d’un système de collusion et de corruption à Laval.

Conditions de libération

La Commission des libérations conditionnelles du Canada, qui souligne n’avoir « d’autre choix » que d’accorder la libération à Gilles Vaillancourt, lui impose toutefois trois conditions importantes. Elles sont liées au principal facteur de risque pour Gilles Vaillancourt, soit l’argent.

Ainsi, il ne peut être responsable d’investissements pour une autre personne, une entreprise, une œuvre de charité ou une institution, ni en étant payé ni à titre bénévole. M. Vaillancourt devra également fournir toute l’information financière demandée par son agent de libération conditionnelle. Finalement, il lui est interdit de s’impliquer dans des activités rémunérées ou bénévoles relativement au milieu politique.

La Commission rappelle d’ailleurs qu’il a été impossible de chiffrer l’ampleur des sommes détournées par M. Vaillancourt. Ce qui est connu, c’est que des sommes ont transité du Canada vers l’étranger dans divers comptes bancaires et qu’il a remis 8,6 millions à la Ville de Laval qui avait d’abord réclamé 12,8 millions.

Semi-liberté

Il y a un an, la Commission avait accordé une semi-liberté à Gilles Vaillancourt en se basant sur la probabilité de récidive avec violence. Le parcours des 12 derniers mois de M. Vaillancourt n’a été marqué par aucun incident. Il a travaillé et fait du bénévolat. Il s’est montré « poli, ouvert, transparent et volubile ». Son comportement a été jugé « conformiste ».

Mais dans sa décision, la Commission mentionne aussi que les intervenants qui ont travaillé auprès de M. Vaillancourt ont noté qu’il était difficile de le faire parler de son « implication criminelle ».

Gilles Vaillancourt continue de « minimiser et banaliser les gestes » commis. « Vous auriez tendance à vous montrer sous un jour favorable en exposant vos réussites et vos réalisations en tant que maire, ou en parlant de cas pires que le vôtre », peut-on lire dans la décision. « Votre introspection et votre responsabilisation demeurent limitées », ajoute-t-on.

Les regrets de Gilles Vaillancourt, qui est âgé de 77 ans, ne sont tournés que vers sa famille, souligne-t-on. C’est d’ailleurs vers elle qu’il entend se tourner. On indique qu’il prévoit reprendre la vie commune avec son épouse.

Le seul stress de Gilles Vaillancourt concerne les médias et l’attention qui lui est accordée. « Vous avez les compétences requises pour gérer ce facteur de stress et […] aucun comportement violent n’est anticipé. »

La décision ne précise pas à partir de quand elle entre en vigueur.

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