RÉPLIQUE

PROJET DE LOI SUR LA LAÏCITÉ Les sophismes du professeur Maclure

En réponse au texte de Jocelyn Maclure, « Croire de la bonne façon », publié le 4 mai dernier.

Il y a quelque chose d’irritant et de condescendant dans la lettre du professeur Jocelyn Maclure récemment publiée par La Presse.

D’une part, le professeur érige d’entrée de jeu l’homme de paille qu’il projette d’abattre de la façon suivante : «  [P]lusieurs soutiennent que le projet de loi 21 n’enfreint la liberté de conscience et de religion d’aucun citoyen […]. Comme une nouvelle ruse de l’Histoire, cet argument révèle jusqu’à quel point certains défenseurs de la laïcité sont décidément très chrétiens. » 

Évidemment, « plusieurs » et « certains » autres défenseurs du projet de loi considèrent à plus juste titre que celui-ci limite, et non qu’il n’« enfreint » pas, la liberté de religion dans un contexte bien précis. 

Comme le choix d’expression de Maclure laisse planer l’ambiguïté, rappelons que la liberté de religion n’est pas absolue, sinon pour le bon sens, du moins en droit et pour la loi. 

Néanmoins, que des Québécois saisissent mal l’importance de certains rituels et pratiques chez certaines minorités est fort vraisemblable. Donnons, sur ce plan, le point au professeur qui, malheureusement, prête par après le point de vue de son homme de paille à l’ensemble des défenseurs du projet de loi.

Ce qui est plus agaçant, cependant, est la manière dont Maclure assimile par la suite l’exigence de discrétion concernant les croyances religieuses à un préjugé chrétien. Pour le professeur, être « discret » serait un mode de religiosité qui en vaut un autre. Voir la discrétion comme un moyen parfois utile (à l’État, à l’école) pour maintenir ensemble une société diversifiée, qui comprend son lot d’incroyants, trahirait un parti pris augustinien et protestant. À terme, c’est la neutralité qui renvoie essentiellement à une posture théologique : «  [P]eut-on à la fois défendre la laïcité et demander à l’État de se faire théologien et d’établir la vérité en matière de ce que constitue la foi véritable ? »

L’incroyant doit prendre note de sa fausse posture et c’est pourquoi le professeur ne considère pas la possibilité d’inverser le fardeau de la preuve, en demandant plutôt aux croyants de convaincre l’État que Dieu existe et que cela exige ultimement le port en tout temps de certains accessoires particuliers. Non, bien sûr, c’est la discrétion qui doit s’accommoder de l’ostentation, et les gens que cela heurte doivent rester… discrets, à défaut de quoi ils démontreraient un piètre engagement envers la liberté de religion.

Fort de son soupçon, Maclure s’attaque ensuite à l’analyse (à la caricature ?) des propos du ministre Jolin-Barrette, qui invitait les personnes portant un signe religieux désirant occuper un poste d’autorité au service de l’État à « cheminer ». « Cheminer ? Comme dans "cheminer spirituellement" ? », se demande Maclure. Bien sûr, en traduisant ainsi les mots du ministre (pourquoi « faire un bout de chemin » ne s’imposerait pas davantage ?), le professeur a beau jeu de lui donner la leçon : « On ne peut reprocher au ministre Jolin-Barrette de ne pas maîtriser encore tout à fait toutes les subtilités de la réflexion sur la laïcité. » Bien sûr, Maclure, lui, connaît ces subtilités. On peut s’y fier.

Mais il se pourrait que d’autres, cherchant de la même manière les équivalences lexicales, « décèlent » dans ses propos la manifestation d’une condescendance devenue coutumière chez « plusieurs » opposants au projet de loi 21. On trouverait là, peut-être, une des raisons pour lesquelles, avec le temps et sur le sujet de la laïcité, les Québécois se sont montrés résolument indifférents aux appels du pied de « certains » maîtres-penseurs.

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