Opinion  Libre marché

Laissez Starbucks vendre de l’alcool

C’est aux règlements désuets qu’il faut s’attaquer, pas à la compétition

Peter Sergakis ne croit pas que Starbucks devrait avoir le droit de vendre de l’alcool. Le président de l’Union des tenanciers de bars du Québec affirme en outre qu’« on a assez de bars comme ça au Québec. » Voilà un argument plutôt commode, sachant que M. Sergakis contrôle une grande part du marché, avec plus de 40 bars sur l’île de Montréal.

Starbucks vend déjà de la bière et du vin dans quelques villes américaines et souhaite maintenant s’essayer au Canada. Selon leur porte-parole, Montréal s’avère une des principales cibles.

L’Union des tenanciers de bars du Québec compte s’y opposer. Plutôt que de laisser les consommateurs voter avec leurs pieds, M. Sergakis défend une position qui, ironiquement, ne lui aurait jamais permis de devenir un véritable oligarque du nightlife montréalais.

Les préoccupations de M. Sergakis ne sont pas sans fondement. Gérer un bar est bien plus dispendieux que les gens s’imaginent et les marges de profit sont généralement faibles. S’ajoute à cette réalité une très lourde réglementation. Il est donc compréhensible que l’arrivée d’un autre acteur de taille inquiète l’industrie.

La solution n’est pas de contraindre le marché pour autant. Il faudrait plutôt s’efforcer de rendre l’industrie plus compétitive en réduisant les lourdeurs administratives et les coûts imposés aux bars par le gouvernement.

Les marges de profit astronomiques réalisées par la SAQ sur le dos des consommateurs est un affront à tous, consommateurs et producteurs inclus. Une bouteille de vodka de première qualité que la SAQ se procure pour 11 $ se revend en magasin, incluant les établissements de M. Sergakis, pour 42,50 $.

Ce sont donc les consommateurs qui se font arnaquer au moment de régler la facture.

La SAQ jouit de marges bénéficiaires moyennes supérieures à 48 %. Pour les bars, les marges n’atteignent qu’un piètre 4 %.

En tant que distributeurs intermédiaires, les restaurants et les bars devraient pouvoir acheter leur alcool à des tarifs préférentiels. La pratique est courante dans le secteur privé, et c’est d’ailleurs ce qu’on observe dans d’autres provinces canadiennes comme la Nouvelle-Écosse, où les bars profitent d’un rabais de 10 % sur l’alcool.

C’est un changement qui réduirait les revenus que l’État perçoit à travers la SAQ, mais qui permettrait de réparer une injustice considérable. Selon un rapport du gouvernement, une réduction de 10 % permettrait aux restaurateurs québécois d’économiser 50 millions de dollars annuellement.

Le système de timbre, une mesure archaïque visant à empêcher la vente d’alcool illégal, doit être revu. Le Québec est l’un des seuls endroits en Amérique du Nord où des timbres sont apposés sur chaque bouteille par les employés de la SAQ, au coût de 6 millions annuellement. Un bar dont certaines des bouteilles présentent des timbres manquants ou inadmissibles est passible d’amendes pouvant atteindre des milliers de dollars pour des timbres qui n’étaient pas collés correctement, ou ont simplement déteint avec le temps.

Simplifier le système de timbre aiderait grandement les bars et restaurants en réduisant les coûts inutiles. À titre d’exemple, l’Alberta et le Manitoba emploient des codes à barres à la place des timbres. Dans d’autres provinces, il faut simplement que le numéro de permis de l’établissement apparaisse sur les factures.

La tarification équitable et la réforme du système de timbre ne sont que deux exemples des nombreux enjeux qui doivent être abordés. Réduire le fardeau imposé aux propriétaires réduirait les coûts ultimement imposés aux consommateurs. Ce serait également bénéfique pour la confiance de l’industrie. C’est à ce système de règlements désuets que les Peter Sergakis de ce monde devraient s’attaquer, plutôt que de mettre des bâtons dans les roues de leurs compétiteurs.

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