STRATÉGIES

Famille, régions et croissance

Les deux actionnaires du Groupe Morneau, André Morneau et sa sœur Micheline, préparent la relève.

Ils commencent déjà à élaborer des documents pour l’arrivée d’une cinquième génération de Morneau au sein de l’entreprise de transport routier. Ladite génération est encore à la maternelle et à l’école primaire, mais il n’est pas trop tôt pour préparer le terrain et prévoir les difficultés.

« Les divisions familiales, nous savons ce que c’est, raconte André Morneau, président de l’entreprise. Dans le passé, nous avons eu quelques difficultés familiales, comme bien d’autres. Nous n’avions peut-être pas appris à communiquer de façon parfaite sur le partage de la vision stratégique. »

L’entreprise, fondée en 1942 par le grand-père d’André et Micheline Morneau, a réussi à passer au travers de ces problèmes.

« Ç’a peut-être ralenti notre révolution, mais ça ne l’a pas freinée, raconte André Morneau. Ça nous a rendus plus forts. Cette expérience de difficultés familiales nous sert à introduire nos enfants dans l’organisation. »

En fait, la quatrième génération, les deux enfants d’André et les trois enfants de Micheline, tous à la fin de la vingtaine ou au début de la trentaine, travaillent déjà au sein du Groupe Morneau. La plupart de leurs conjointes et conjoints aussi.

« Ils n’ont pas de cadeaux. Ils sont évalués par d’autres que nous. Ça les oblige à performer. »

— André Morneau

Une ou deux fois par année, la direction organise une rencontre de relève familiale, parfois avec des ressources de l’extérieur, pour discuter des divers défis qui se présentent.

« Nous essayons de démêler les choses, comme devenir un bon partenaire, un bon collègue de travail, ou comment accepter les différences », indique M. Morneau.

Il voit déjà la cinquième génération pointer. Micheline et lui ont déjà huit petits-enfants. Certains ont commencé à aller à la maternelle et à l’école primaire, d’autres sont encore trop jeunes. André Morneau espère bien voir cette cinquième génération reprendre le flambeau.

« Nous en parlons, ma sœur et moi, raconte-t-il. Nous discutons, nous regardons comment orchestrer le développement de l’entreprise pour tenir compte de la cinquième génération. Il y a des documents pour planifier cette venue. »

DÉRÉGLEMENTATION DU SECTEUR

L’entreprise a vu le jour en 1942 lorsque Pierre Morneau, le grand-père d’André, a fait l’acquisition d’un permis de transport. Son fils Denis a acheté son propre camion en 1959 et a travaillé avec son père pendant des années avant de racheter l’entreprise, en 1973.

La déréglementation du secteur du transport a donné un sérieux coup de pouce à l’entreprise en 1988. Auparavant, un permis de camionnage pour une région pouvait coûter 100 000 $.

« Avec la déréglementation, tu pouvais couvrir la province pour quelques centaines de dollars. Quelle différence quand tu as de l’ambition ! »

— André Morneau

Aujourd’hui, le Groupe Morneau compte 21 terminaux de transbordement dans la province. Avec 1200 employés, l’entreprise se spécialise notamment dans le transport de marchandises, le courtage de transport, l’impartition de flotte et le transport de marchandises vers le nord de la province.

Elle conserve toutefois son siège social à Saint-Anselme, un village de 1200 habitants à 8 km à l’est de Rivière-du-Loup. Elle y emploie 180 personnes.

« Les technologies nous permettent de maintenir des emplois en région, affirme M. Morneau. Pourquoi dévitaliser les régions et les vider quand on peut rester présents et créer un sentiment d’appartenance ? »

PRÉSENCE SUR L'ENSEMBLE DU TERRITOIRE

Le Groupe Morneau compte cependant deux autres pôles : Québec, où réside le président et où se trouve le centre d’entretien principal, et Montréal, qui se spécialise dans le développement des affaires et des technologies.

« Ce sont trois parties qui vivent bien ensemble, affirme M. Morneau. Ça ne nous a pas empêchés de progresser. »

Il soutient qu’une entreprise de transport a avantage à être présente partout sur son territoire. Les camionneurs qui connaissent bien leur région savent trouver le meilleur chemin pour se rendre à destination, ce qui permet d’économiser du temps et du carburant.

« Avec des centaines de camions sur la route, ce sont ces petites économies qui font le profit à la fin de l’année. »

— André Morneau

La concurrence est vive, notamment dans le transport de chargements complets.

« Nous essayons d’acheter l’équipement le plus performant possible, indique M. Morneau. Nous établissons un comité avec les chauffeurs, les mécaniciens et les directeurs des secteurs d’activités. Il s’agit de trouver non pas la solution parfaite, mais la solution optimale. »

L’entreprise vient d’investir 25 millions dans la construction d’un tout nouveau terminal de transbordement à Anjou, à l’intersection des autoroutes 25 et 40. Il faudra probablement trois ans pour rentabiliser l’investissement, mais André Morneau est confiant. En outre, il y a de la place pour des agrandissements futurs.

« Ça prend une vision à long terme, affirme le président. Il faut penser à la cinquième génération. »

FORCES ET FAIBLESSES

Forces

Le Groupe Morneau investit des sommes importantes dans ses équipements et dans la formation.

L’entreprise planifie soigneusement la relève.

Faiblesses 

Le Groupe Morneau œuvre dans une industrie très compétitive.

Des divisions familiales ont déjà ralenti l’entreprise dans le passé.

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