Portfolio Aérospatiale  Intégration des innovations

Le Québec doit s’adapter pour maintenir son altitude

L’industrie aérospatiale québécoise doit s’adapter à la nouvelle donne de la compétition internationale, qui passe par la capacité à intégrer des innovations. Ce secteur d’activité habitué à travailler sur le long terme se retrouve au défi de suivre une intensité d’innovations plus forte que dans le passé.

En février dernier, le gouvernement fédéral a provoqué une grande déception parmi les membres de la grappe aérospatiale québécoise en écartant la supergrappe des systèmes et des technologies de mobilité du XXIe siècle (MOST 21) de la liste des supergrappes bénéficiant de 125 à 250 millions de dollars sur cinq ans.

MOST 21 aurait réuni des entreprises et des centres de recherche pour travailler sur la mobilité de demain, sous toutes ses formes. Cela aurait constitué un accélérateur pour développer la fabrication avancée de véhicules, la mobilité autonome, les technologies propres, les mégadonnées, etc.

Avant l’annonce ministérielle, Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal, la grappe aérospatiale du Québec, partenaire de MOST 21, soulignait que « les supergrappes viennent révolutionner la façon de collaborer en matière d’innovation au Canada ».

À la recherche de la transversalité

C’est que cette supergrappe aurait été l’occasion pour l’aérospatiale de travailler davantage avec des acteurs extérieurs à son domaine. 

« Notre industrie n’est pas habituée à regarder les technologies transversales, parce que nous avons une approche traditionnelle, due à l’importance de la réglementation du secteur. » 

— Suzanne Benoit, PDG d’Aéro Montréal 

Les certifications imposent de longues procédures rigoureuses d’autorisation avant la mise en marché des composants d’aéronefs.

Or, l’approche traditionnelle ne suffit plus aujourd’hui. « Des technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle et les mégadonnées, présentent un potentiel important pour améliorer les systèmes aérospatiaux », précise la PDG d’Aéro Montréal. Ces deux technologies pourraient ainsi permettre de prédire les incidents pouvant survenir sur une pièce durant un vol.

Les acteurs de l’aérospatiale doivent donc apprendre à se saisir de façon plus agile de ces technologies, moins critiques que la fabrication de pièces d’aéronefs, sans passer par leurs procédures habituelles d’innovation. « Nous devons briser le moule traditionnel de notre industrie », souligne Mme Benoit.

Innover mieux

Mais il ne suffit pas de multiplier les innovations. Encore faut-il qu’elles soient utiles aux acteurs de l’industrie. 

« Peu importe si on a des mégadonnées, ce qui est important, c’est d’avoir les bonnes données. En analysant ces données, on réduira le temps de conception et le coût des aéronefs. » 

— Hany Moustapha, directeur d’AEROETS à l’École de technologie supérieure de Montréal

C’est aussi l’allègement des équipements et des coûts qui pousse à l’électrification de multiples pompes présentes à bord de chaque aéronef. M. Moustapha croit que ces systèmes hydrauliques et pneumatiques seront un jour tous remplacés par d’autres pompes alimentées électriquement.

L’enjeu est d’importance, car « la capacité à innover sera le moteur de la croissance de l’industrie dans les prochaines années, pronostique Mme Benoit. On voit de jeunes pousses développer de nouvelles technologies capables d’apporter un avantage concurrentiel important. » Le marché mondial, tiré par un trafic en hausse constante, est à la recherche de telles innovations, poursuit-elle.

Le géant et les jeunes pousses

Cela explique que des acteurs comme Airbus lancent des appels à projets pour s’entourer d’un écosystème de jeunes pousses. L’entreprise européenne a essaimé sa plateforme Bizlab, destinée à accueillir ces innovateurs, en France, en Inde et en Allemagne. Le rapprochement entre Bombardier et Airbus sur la C Series ouvre une occasion de voir une telle plateforme arriver à Montréal, croit Mme Benoit.

D’autres acteurs comme Thales ont déjà franchi le pas. En octobre dernier, la firme européenne a annoncé un investissement de 25 millions à Montréal pour implanter cortAIx, un centre de recherche en intelligence artificielle consacré aux domaines aéronautique et de la défense. Thales vient s’appuyer sur l’expertise déjà reconnue par Google, Microsoft et Facebook qui travaillent aussi avec des partenaires québécois.

Quant à la supergrappe MOST 21, la grappe aérospatiale pourrait en faire son deuil plus rapidement que prévu… grâce à de nouvelles possibilités transversales, à en croire Suzanne Benoit. Celle-ci rappelle que le gouvernement fédéral a retenu la supergrappe SCALE-AI, établie au Québec et spécialisée dans le développement de chaînes d’approvisionnement intelligentes grâce à l’intelligence artificielle et à la robotique. « Nous travaillerons avec cette supergrappe, qui a des applications directes pour nous », affirme Mme Benoit.

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