Rapport de l’Economist Intelligence Unit

Petite embellie pour l’état de santé de la démocratie

D’abord la bonne nouvelle : pour la première fois depuis trois ans, l’état de santé de la démocratie dans le monde a été globalement stable en 2018. À l’échelle planétaire, il n’y a pas eu de grande avancée, pas de recul non plus.

Maintenant, la mauvaise : cette stabilisation repose sur un seul facteur, une amélioration significative de la participation politique dans plusieurs pays dans le monde. Tous les autres indicateurs, eux, continuent à dégringoler.

Ce portrait ressort du dernier rapport de l’Economist Intelligence Unit (EIU), le service de recherche du magazine britannique The Economist, qui a publié son 11e bilan annuel de la démocratie mondiale, hier.

Participation et désenchantement

Ses critères de mesure : le processus électoral, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la culture politique et la participation politique.

Paradoxalement, si les citoyens s’engagent davantage sur le terrain politique, en votant ou en protestant, c’est peut-être justement parce que la démocratie est mal en point.

« Le mécontentement face à la polarisation politique a pu jouer en faveur de la participation aux élections de mi-mandat aux États-Unis. »

— Steven Leslie, chef analyste de l’Economist Intelligence Unit

Les élections américaines de mi-mandat, qui ont redonné la majorité aux démocrates à la Chambre des représentants, ont aussi été marquées par un nombre sans précédent de candidatures féminines – l’un des critères utilisés par l’EIU pour mesurer la vigueur démocratique.

Déclin italien

Mais ce même désenchantement a pu pousser des électeurs à voter pour des courants populistes qui, une fois au pouvoir, entraînent les indicateurs démocratiques à la baisse.

C’est ce qui est arrivé en Italie qui est passé en un an du 21e au 33e rang de ce palmarès démocratique depuis l’arrivée au pouvoir d’une alliance comprenant le parti xénophobe de la Ligue (l’ancienne Ligue du Nord), dirigée par Matteo Salvini, qui exerce aujourd’hui les fonctions de ministre de l’Intérieur.

Ses politiques antiminorités et antimigrants ont entraîné une érosion des libertés civiles, constate l’EIU, d’où ce brutal déclassement.

Ce déclin à l’italienne s’inscrit dans une tendance plus large marquée par la montée en popularité des courants autoritaires prônant des politiques identitaires, « et posant une menace aux institutions de la démocratie représentative », avertit l’EIU.

Les États-Unis, « démocratie imparfaite »

L’index classe les pays dans quatre catégories : les pleines démocraties, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides, les régimes autoritaires. Pour la deuxième année de suite, les États-Unis se classent parmi les démocraties imparfaites. L’érosion de la démocratie américaine se poursuit en fait depuis 10 ans, puisque ce pays a glissé du 18e rang en 2008 au 25e rang l’an dernier.

À peine 18 % des Américains approuvent aujourd’hui le fonctionnement du Congrès, contre 40 % en 2000, signe de méfiance à l’égard des institutions politiques qui  a contribué au recul des États-Unis sur l’échelle démocratique.

La Russie a elle aussi piqué du nez dans le classement, passant du 135e rang en 2017 au 144e en 2018.

C’est sur le continent asiatique qu’ont été marqués les plus grands progrès démocratiques en 2018. Tandis que le déclin démocratique du Nicaragua et du Venezuela, qui ont tous deux reculé de 17 places au palmarès, entraîne l’Amérique latine sur la pente descendante.

Avec le 6e rang, le Canada maintient sa bonne place à l’index démocratique.

Les cinq pays les plus démocratiques

1. Norvège

2. Islande

3. Suède

4. Nouvelle-Zélande

5. Danemark

Les cinq pays les moins démocratiques

167. Corée du Nord

166. Syrie

165. République démocratique du Congo

164. République centrafricaine

163. Tchad

Source : The Economist Intelligence Unit

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