hockey

Le Canadien sautera sur la glace vendredi soir à Pittsburgh sans son capitaine Shea Weber, blessé. Les Penguins ont connu ce genre d’adversité cette saison. Malgré tout, les voilà au deuxième rang de leur division.

Analyse

Urgent besoin de renfort en défense

À deux occasions, mercredi soir à Boston, Claude Julien a employé cinq attaquants en situation de supériorité numérique.

La première fois lorsque le seul défenseur offensif digne de ce nom chez le Canadien, Jeff Petry, était puni, la seconde en fin de match pour appuyer Petry, avec six joueurs sur la glace et le gardien Carey Price sur le banc dans l’espoir de réduire le déficit.

Cette situation révèle de façon claire et nette le talon d’Achille de l’équipe. Marc Bergevin devra trouver du renfort en défense d’ici septembre s’il espère voir le Canadien participer aux séries éliminatoires dans un an.

Quand Shea Weber tombe au combat, Petry est le seul atout valable pour appuyer l’attaque. Ben Chiarot est aussi employé en supériorité numérique depuis l’absence de Weber, mais il ne s’agit pas d’une situation idéale. Chiarot est d’abord un défenseur à caractère défensif. Il n’a jamais obtenu plus de 20 points dans une saison. Si tout va bien, il pourrait en amasser 24 ou 25 cette année.

Sinon, Julien aurait eu à se tourner vers Brett Kulak, Victor Mete, Xavier Ouellet ou Marco Scandella. Mete a un certain flair offensif, mais la faiblesse de son tir constitue toujours un handicap.

La carrière de Weber n’est pas menacée, mais le capitaine du Canadien est devenu, à 34 ans, un athlète fragile. Il a disputé 26 matchs en 2018-2019, 58 matchs l’an dernier et il en avait joué 55 cette saison avant de tomber à nouveau au combat.

Alexandre Pratt le rappelait avec justesse jeudi : le Canadien a une fiche de 115-85-23 avec Weber dans sa formation et de 34-38-15 sans lui.

Marc Bergevin a sacrifié des éléments en défense pour améliorer l’attaque ces dernières années. Après une triste première ronde en 2017 au cours de laquelle le CH a marqué seulement neuf buts en six matchs contre les Rangers, il a échangé le meilleur espoir de son organisation, Mikhail Sergachev, neuvième choix au total en 2016, pour obtenir Jonathan Drouin.

Le talent de Drouin ne fait pas de doute et il a seulement 24 ans, mais le départ de Sergachev a contribué à affaiblir la défense. Le jeune homme de 21 ans est en voie de réussir une deuxième saison de 40 points en trois ans de carrière à Tampa.

En 2018, Montréal a opté pour un centre, Jesperi Kotkaniemi, au troisième rang du repêchage. Le choix se défend, Kotkaniemi avait été fumant au Championnat mondial des moins de 18 ans, Jonathan Drouin ne constituait pas la solution au centre, Max Domi venait à peine d’être échangé au Canadien et on ne savait pas s’il pouvait jouer à cette position et Nick Suzuki appartenait encore aux Golden Knights de Vegas. Bref, le CH se cherchait un centre offensif depuis le départ de Saku Koivu.

Avec le recul, l’équipe aurait peut-être dû opter pour Quinn Hughes, ce formidable jeune défenseur gaucher repêché au septième rang par les Canucks. À 20 ans et à sa première saison complète dans la LNH, Hughes est déjà le défenseur numéro un des Canucks. Il a 44 points en 57 matchs et il joue en moyenne 21 : 35 par rencontre. Vancouver est premier dans la division Pacifique.

Les espoirs

On ne peut revenir en arrière, mais Marc Bergevin doit s’attaquer au problème de front et cesser de faire des économies de bout de chandelle. L’arrivée d’Alexander Romanov en septembre, si elle se produit, ne réglera pas tout. Romanov a seulement 20 ans.

Ses qualités défensives sont indéniables, mais son flair en attaque ne fait pas l’unanimité. Certains voient en lui la réincarnation de Viacheslav Fetisov, d’autres refusent de s’emballer. Romanov a 14 points en 14 rencontres en deux Championnats mondiaux junior, mais cinq aides en 38 matchs cet hiver dans la KHL.

Le Canadien possède trois espoirs avec un bon potentiel offensif du côté gauche de la défense, Mattias Norlinder, Jordan Harris et Jayden Struble, mais il leur faudra sans doute encore quelques années pour avoir un impact.

Du côté droit, on doit prendre les moyens du bord lorsque Weber est blessé. Mete, un gaucher, joue actuellement derrière Petry. Xavier Ouellet, un gaucher lui aussi, joue au sein de la troisième paire à droite.

Cale Fleury, 21 ans, aurait constitué une solution, mais il a frappé le mur à la mi-saison. Il sera peut-être prêt l’an prochain, mais jusqu’à quel point se développera-t-il ? Noah Juulsen est toujours en congé forcé et Josh Brook ne sera peut-être jamais prêt.

Les défenseurs droitiers Alex Pietrangelo, Sami Vatanen et Tyson Barrie pourraient tester le marché des joueurs autonomes s’ils ne signent pas de nouveau contrat avec leur équipe d’ici le 1er juillet. Mais le Canadien sera en compétition avec 30 autres clubs.

Bergevin devra sans doute se résoudre à sacrifier un élément à l’attaque pour du renfort en défense. Max Domi a encore une certaine valeur. Kotkaniemi, à la limite, peut servir, mais à condition d’obtenir un jeune défenseur de premier plan, dans une transaction du genre Seth Jones pour Ryan Johansen. Ce type de transaction se produit généralement l’été.

Le Canadien se retrouve dans la moyenne pour les buts marqués par match (17e), les buts accordés par match (14e), l’efficacité en supériorité numérique (22e) et l’efficacité en infériorité numérique (18e).

Il faudra être meilleur pour aspirer aux séries et la relance passe par un ou deux nouveaux défenseurs de premier plan.

Penguins de Pittsburgh

L’infirmerie déborde ? Pas de problème

Pittsburgh — Il y a tout de même plusieurs différences entre le Canadien et les Penguins de Pittsburgh, mais il y en a une qui s’avère assez frappante, merci : chez le Canadien, tout s’écroule quand l’infirmerie déborde, tandis qu’à Pittsburgh, la vie continue.

On peut probablement affirmer, sans crainte d’exagérer, que le Canadien n’a pas été en mesure de se remettre des absences, brèves ou trop longues, de certains de ses joueurs. Les Jonathan Drouin, Brendan Gallagher, Paul Byron et autres Joel Armia, entre autres, ont tous eu à s’absenter cette saison, à un moment ou un autre. Chaque fois, la tuile qui tombait sur le reste du club avait l’air de peser environ mille livres. C’est sans même parler de Shea Weber, qui ne sera pas de retour de sitôt, et dont le départ a déjà des conséquences dramatiques.

Pendant ce temps, à Pittsburgh, c’est une tout autre affaire.

Les Penguins ont eu des blessés eux aussi. En fait, ils ont dû se débrouiller sans Sidney Crosby pendant 28 matchs, sans Nick Bjugstad pendant 45 matchs. Patric Hornqvist, Justin Schultz, Brian Dumoulin, Evgeni Malkin, Kris Letang, Bryan Rust et Jared McCann ont tous dû s’absenter en cours de route. On ajoute à cette liste le nom de Jake Guentzel, un attaquant de premier plan qui avait 43 points en 39 matchs avant de devoir être opéré à l’épaule en décembre, une absence évaluée à une durée de quatre à six mois au moment de l’opération.

Vous trouvez que ça fait beaucoup ? En effet, et en tout, les joueurs des Penguins ont dû rater 139 matchs lors de la première moitié de la saison actuelle seulement. Malgré toutes ces malchances, les voici qui arrivent au deuxième rang de leur division.

« Tout le monde a relevé le défi »

Mais comment font-ils ?

« Pour chaque joueur qui a été perdu à cause d’une blessure, il y a un autre joueur qui a pris la place de façon admirable, a expliqué le défenseur Kristopher Letang à Pittsburgh jeudi midi. On le voyait à un moment donné, c’était un blessé après un autre après un autre, mais tout le monde a relevé le défi d’avoir plus de temps de jeu, de devoir aller aider sur l’avantage numérique, des choses comme ça. C’est bon de voir qu’on a autant de profondeur dans notre organisation.

« Même en début de saison quand Sid [Crosby] était là, on jouait de la bonne manière. On jouait du côté défensif du jeu, on n’accordait pas de surnombres, et quand on peut éviter ça, ça fait en sorte qu’on a de meilleures chances de succès. Tous les joueurs ont choisi d’embarquer à fond dans le système de jeu, alors nos succès ont continué malgré les blessures. »

« C’est la culture qui a été établie ici ; peu importe qui est dans la formation, on sait qu’il faut tout donner. Ça se voit dans nos habitudes de vie, dans nos entraînements. C’est facile pour les plus jeunes qui arrivent de suivre le chemin. »

— Kristopher Letang

À ce sujet, il est par ailleurs toujours assez étonnant de constater à quel point les entraînements des Penguins se déroulent sous le signe de l’intensité. Comme s’il y avait encore un sentiment d’urgence qui anime cette équipe qui n’a pourtant rien à prouver.

« Mais tu vois, nous, les vétérans, ici, on n’a plus 25 ans, répond Letang. Sid a 32 ans, Geno [Malkin] a 33 ans… il nous en reste moins qu’il ne nous en restait ! Peu importe, on a toujours joué avec un sentiment d’urgence de toute façon. Ici, il n’y a aucun autre objectif à part gagner la Coupe Stanley. »

Et puis avec tout ça, Sidney Crosby fonctionne encore au rythme de ses jeunes jours. Depuis son retour au jeu le 14 janvier, il a récolté au moins un point à 8 de ses 10 matchs.

« Quand, comme nous, on doit composer avec autant de blessures, ça prend l’apport de tout le monde, autant les vétérans que les plus jeunes, a-t-il expliqué jeudi. Tout le monde a trouvé une façon de contribuer, et on aurait dit qu’il y avait un héros différent chaque soir. On s’est retrouvés dans cette situation avec les blessures, mais ça nous a apporté aussi beaucoup de positif, je dirais. »

Zucker, le joueur qu’il fallait

Les Penguins ont-ils payé un peu cher en obtenant l’attaquant Jason Zucker, du Wild du Minnesota ? On pourrait le croire, puisqu’ils ont eu à donner en retour un espoir de premier plan en Calen Addison et un premier choix au repêchage de 2020 (et aussi Alex Galchenyuk). Mais ici à Pittsburgh, on pense avoir réussi un bon coup. « Nous avions besoin d’aide en attaque et c’est pourquoi nous avons acquis Jason, a expliqué l’entraîneur Mike Sullivan. Il va être un joueur important pour nous, et nous pensons qu’il va s’habituer ici et qu’il va jouer de mieux en mieux avec nous. »

Chara ne sera pas suspendu

Les joueurs du Canadien étaient en congé jeudi à Pittsburgh, mais on peut présumer qu’ils ont dû sursauter un peu en voyant que le coup de bâton de Zdeno Chara au visage de Brendan Gallagher ne mènerait pas à une suspension. Ainsi en a décidé le Département de la sécurité des joueurs de la LNH, qui a plutôt choisi d’imposer une timide amende de 5000 $ au gros défenseur des Bruins pour son geste.

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