la Planète économique

La vraie valeur d’un passeport

On n’a jamais autant voyagé. En auto, en train et surtout en avion. Par obligation, pour le travail ou pour le plaisir, de plus en plus de gens sillonnent la planète. Plus de 4 milliards de personnes dans le monde sont montées à bord d’un avion en 2018, selon les données les plus récentes de l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Tous les voyageurs passés d’un pays à un autre ont quelque chose en commun. Ils ont en leur possession un passeport, le sésame sans lequel ils n’auraient pas pu partir. Ce document officiel qui établit l’identité et la nationalité d’une personne existe depuis la nuit des temps, mais son importance n’a pas toujours été la même.

Les premiers passeports étaient des sauf-conduits indispensables aux émissaires des rois et des princes, qui leur évitaient d’être zigouillés aux frontières floues des royaumes voisins. Pendant une période bénie, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les Européens ont pu voyager librement pour affaires et par agrément, la plupart des pays ayant aboli l’obligation de présenter un passeport à leurs frontières.

Tout a changé après la Première Guerre mondiale. Des enjeux de sécurité nationale ont ramené l’obligation pour les voyageurs de détenir un passeport, ce qui est encore la règle aujourd’hui.

Le palmarès des passeports

Aujourd’hui comme hier, la valeur d’un passeport peut se mesurer par le nombre de portes qu’il permet d’ouvrir. C’est le Japon qui arrive en tête de ce palmarès, pour la troisième année consécutive, selon le relevé réalisé chaque année par la firme spécialisée Henley & Partners, à partir des données de l’IATA.

Un passeport japonais permet à son détenteur de mettre les pieds dans 191 pays sans visa ni autre document obligatoire. L’Afghanistan est le dernier de la liste, avec un passeport qui ouvre les portes de 26 pays. Il y a 197 pays reconnus par l’Organisation des Nations unies dans le monde.

Ce classement a évolué dans le temps et continue de changer. Il y a 10 ans, la liste était dominée par les pays d’Europe, le Royaume-Uni en tête. Aujourd’hui, les trois premières places sont occupées par des pays d’Asie. Par contre, ça ne bouge pas beaucoup en queue de peloton, où l’Afghanistan occupe toujours le dernier rang, précédé de pays aussi aux prises avec les guerres et les conflits internes, comme le Yémen ou la Syrie.

Au milieu de la liste, il y a des pays qui ont fait des bonds impressionnants, comme les Émirats arabes unis, l’Ukraine et Taïwan.

Le cas du Royaume-Uni est particulièrement intéressant. Après avoir longtemps trôné au premier rang, l’ancien empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais occupe maintenant le huitième rang, en compagnie des États-Unis, une preuve que des portes ouvertes depuis longtemps peuvent se refermer, même dans les pays dits avancés.

La valeur du passeport britannique pour ses détenteurs n’augmentera probablement pas avec la sortie du pays de l’Union européenne. Depuis le vote serré en faveur du Brexit en 2016, les sujets de Sa Majesté se sont rués pour obtenir des passeports de pays qui leur permettront de conserver leur citoyenneté européenne, selon un reportage récent du magazine The Economist.

L’Irlande est le premier choix des Britanniques, dont plusieurs ont des racines dans ce pays. L’an dernier, l’Irlande a délivré 50 000 passeports à des citoyens britanniques, 10 000 de plus que l’année précédente et huit fois plus qu’avant le vote.

L’Irlande, qui l’eut cru, devance maintenant le Royaume-Uni dans la liste des passeports les plus utiles.

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