Cinéma

Un film Netflix à la Quinzaine des réalisateurs

Un film Netflix sera présenté à la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle cannoise, dont la sélection a été annoncée hier. Wounds est un thriller psychologique de Babak Anvari, avec Armie Hammer et Dakota Johnson, sur « l’explosion d’un couple à cause des nouvelles technologies ». Les films Netflix sont exclus de la compétition en sélection officielle pour cause d’incompatibilité avec le règlement cannois, qui impose une sortie en salle. Cette année, sur les 24 longs métrages sélectionnés à la Quinzaine, 16 sont de réalisateurs dont c’est la première fois à Cannes. — Agence France-Presse

Appropriation culturelle

réfléchir et nuancer

L’appropriation culturelle a fait couler beaucoup d’encre l’été dernier au Québec, avec les controverses autour des pièces Kanata et SLĀV. Moins médiatisée, l’appropriation culturelle dans les arts visuels fera l’objet d’une table ronde, samedi, lors de la 12e foire Papier. Un sujet délicat, nous disent professeurs et artistes.

La peintre américaine Dana Schutz a été accusée d’appropriation culturelle en 2017 quand sa peinture mi-figurative, mi-abstraite Open Casket, évoquant le corps d’un jeune Noir lynché par deux hommes blancs au Mississippi en 1955, a été exposée à la Biennale du Whitney Museum, à New York. Accusée de profiter du malheur des autres, l’artiste s’est défendue en mettant de l’avant sa sensibilité de mère et son droit à la compassion.

« Il n’y a pas eu au Québec de cas aussi important que celui de Dana Schutz », dit Sylvette Babin, directrice du magazine esse, qui organise la table ronde de samedi. « Mais les réflexions sont présentes chez nous. »

L’art déconnecté 

D’origine haïtienne, Stéphane Martelly, professeure affiliée en recherche-création à l’Université Concordia, est intervenue l’été dernier dans le débat sur l’appropriation culturelle. Quand la metteure en scène française Ariane Mnouchkine (dont le Théâtre du Soleil a présenté Kanata à Paris) affirme que « les cultures ne sont les propriétés de personne », Mme Martelly rétorque que sa déclaration est simpliste.

« C’est une conception neutre et décontextualisée de la culture qui flotterait, comme ça, en dehors des rapports de pouvoir et des rapports humains, dit-elle. Comme si l’art était complètement déconnecté de la société. »

Or, l’art ne l’est pas. L’artiste Caroline Monnet l’a appris à ses dépens… au sein de sa propre communauté autochtone. Elle hésite d’ailleurs à aborder le sujet de l’appropriation culturelle, car elle estime ne pas être la mieux placée pour le faire à cause de ses origines binaires, à la fois bretonne (par son père) et algonquine (par sa mère).

« Je suis souvent dans les deux mondes, faisant une espèce d’hybridation. En tant qu’artiste, c’est une position difficile. J’espère être toujours respectueuse de la communauté et des traditions. Mais est-ce que je m’approprie ma culture algonquine de la bonne manière ? »

Censure

Caroline Monnet s’est déjà vu interdire d’exposer une de ses œuvres parce que le conseil des aînés de sa communauté n’était pas d’accord. « J’utilisais des références sacrées ou traditionnelles qui, selon lui, ne méritaient pas d’être placées dans un contexte de musée ou de galerie d’art », dit-elle.

Comment a-t-elle réagi ? « C’est sûr que ça fâche un peu, parce que ce sont des gens qui n’ont aucune connaissance en art contemporain. Je suis dans une démarche moderne, vivant en milieu urbain, donc pas forcément rattachée à la tradition. Et je ne veux pas manquer de respect. Mais parfois, en voulant célébrer quelque chose, on oublie les conséquences que cela peut avoir pour la communauté. »

Autocensure

L’artiste croit que cela peut revenir à s’autocensurer. « Il ne faudrait pas qu’on n’ait plus le droit de faire quoi que ce soit, dit-elle. L’art, à la base, c’est susciter un dialogue. Si c’est fait dans le respect et la communication avec la communauté, je pense que c’est correct. »

L’appropriation culturelle est ainsi un enjeu, même au cœur du monde autochtone. On l’a vu récemment avec la controverse des chants de gorge inuits « empruntés » par une chanteuse crie.

Collaboration

Mais il y a moyen de respecter la culture de l’autre tout en s’en inspirant. C’est la voie qu’a choisie Lyne Bastien, une artiste visuelle montréalaise qui vit à Ivujivik, au Nunavik, depuis quelques années. « Je m’intéresse à l’art inuit depuis longtemps, mais je fais attention de ne pas m’approprier des choses qui ne m’appartiennent pas », dit-elle.

Elle présente cette année à la foire Papier des œuvres réalisées en collaboration avec les artistes inuites Passa Mangiuk, Qumaq Iyaituk et Mary Paningajak. Lyne Bastien a créé des œuvres dans son propre langage puis les a mariées avec les formes dessinées par les trois artistes inuites. Les œuvres d’art gravées qui en sont issues s’intitulent Convergence Nord-Sud, un projet collaboratif de la galerie torontoise Feheley Fine Arts, à l’image de l’esprit communautariste qui anime le peuple inuit.

Appropriation artistique

Animée par Jean-Philippe Uzel, professeur d’histoire de l’art à l’UQAM, la table ronde portera sur l’appropriation culturelle, mais aussi sur l’appropriation artistique. Les deux expressions définissent des actions contraires. L’appropriation artistique est une critique assumée et lucide d’un style, alors que l’appropriation culturelle émane d’artistes qui affirment agir de la sorte pour soutenir la cause de la culture appropriée.

« Comme des porte-voix, précise Jean-Philippe Uzel. Leur fonction n’est pas critique, mais ils affichent une sorte de dimension éthique. En tout cas, ces sujets d’appropriation ne sont pas simples et ce n’est pas un débat entre des Québécois francophones et des communautés issues de la diversité culturelle. C’est beaucoup plus complexe que ça. Il y a un travail de nuances et de réflexion à faire. C’est ce qu’on essaiera de faire samedi, à la foire Papier. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.