Virée des galeries

Quelles sont les expositions à voir ce week-end ? Chaque jeudi, nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d’artistes. À vos cimaises !

DAVID ARMSTRONG SIX

L’équilibre dans l’expression

Influencé par la littérature et sa propre poésie, David Armstrong Six expose une troisième fois en solo à la Parisian Laundry, jusqu’au 11 février. Empreintes de liberté, ses nouvelles œuvres, dont une douzaine de sculptures, sont dispersées dans la galerie comme autant de roses des vents dans un erg.

Ontarien d’origine, David Armstrong Six est montréalais depuis une dizaine d’années et n’a vraiment aucune envie de retourner vivre à Toronto. Et ce, même si Montréal l’a banni, en 2013, de ses concours d’art public pour cinq ans à cause d’une malheureuse bévue pour laquelle il a fait amende honorable… 

L’artiste de 48 ans expose de temps en temps dans la Ville Reine, notamment l’automne dernier avec un beau déploiement dans l’espace de Clint Roenisch, mais c’est au bord du Saint-Laurent qu’il aime écrire de la poésie, expérimenter et chambouler son atelier ! 

C’est à Berlin toutefois, lors d’une résidence artistique en 2012, qu’il a opéré un tournant dans sa forme d’expression, plus axée que jamais dans le process art, ce mouvement pour lequel la création ne s’appuie pas sur une idée de départ ni ne se confirme vraiment par un résultat définitif, mais prend tout son sens dans le long chemin qui aboutit à l’œuvre d’art. 

Statuaire protéiforme

David Armstrong Six est réputé pour ses sculptures protéiformes, à la statuaire verticale ou horizontale, faites d’éléments amalgamés par du béton ou des tiges métalliques. L’été dernier, une de ses œuvres a été exposée dans le Village gai, à Montréal, dans le cadre de l’événement Aires libres. Rimbaud’s Pocket était une œuvre en béton, fer, bois et peinture. Pourtant, elle donnait l’impression d’une création en argile. 

On retrouve ce genre de faux-semblant dans plusieurs des sculptures installées à la Parisian Laundry dans le cadre de son corpus intitulé Bracelets, un jardin de sculptures entouré de 15 œuvres sur papier accrochées aux murs. Toutes ces créations ont été assemblées par l’artiste au cours des deux derniers mois dans une scénographie ma foi fort réussie.

On a eu beau sentir, ces dernières années, une certaine promiscuité de style avec Valérie Blass, l’univers de David Armstrong Six a sa propre singularité. Une originalité reconnue par de grandes institutions et sociétés qui le collectionnent, dont le Musée des beaux-arts du Canada et la Banque Nationale. Ayant exposé à Berlin, Copenhague, New York et Los Angeles, le sculpteur a été invité à de grands rendez-vous canadiens tels que la Triennale québécoise 2008, la Biennale de Montréal 2011 ou encore la Biennale canadienne de 2014.

Les œuvres de cet artiste-poète sont souvent curieuses, surréalistes et troublantes. Parmi les plus récentes, ses Fleurs d’erg sont spectaculaires et dévient de sa propre tradition. Il s’agit de concrétions constituées d’un chapeau de verre soufflé sur une base de béton ou de briques. Ces verres provenant de sa résidence berlinoise sont devenus les fleurs désertiques du paysage qu’il a orchestré avec soin dans la galerie. L’une de ces Fleurs contient même une orchidée qui pousse dans sa bulle de verre.

Bien ficelée

L’exposition est d’autant bien ficelée que l’univers réflexif de l’artiste est soutenu par une série d’œuvres en acrylique sur papier de trois types. Il y en a d’abord des douces et vaporeuses, Untitled (Gas Drawings), peintes en 2009, qui tranchent harmonieusement avec les sculptures et suggèrent un imaginaire de type saharien. 

Sur un autre mur, trois cadres présentent un travail de tissage. Le papier a été découpé en lanières et tressé après avoir été peint. Cette grille fait surgir de son maillage un portrait mi-figuratif mi-abstrait, un travail de fiction magnifique dans sa réalisation et dans la délicatesse de son aspect visuel. 

Enfin, sur un troisième mur, des récentes techniques mixtes sur papier distillent en 2D l’esprit des sculptures élancées. Créées par collage et peinture sur une base de projections d’aérosol, ces œuvres graphiques sont dotées d’un équilibre qui rappelle justement celui des créations en 3D de David Armstrong Six. 

Voilà donc un savant agencement d’œuvres qui ne laisse pas indifférent. Et qui reflète le souci constant de cet artiste de configurer sa fiction dans un espace où elle peut librement s’incarner. « J’ai la chance de travailler tous les jours en tant qu’artiste dans mon atelier, dit-il. Alors, il faut savoir se lever et se lancer des défis tous les jours. C’est un peu ce que le basketteur Kobe Bryant avait répondu à une question sur ses motivations. Il faut faire honneur à ce que l’on sait faire. »

Bracelets, de David Armstrong Six, à la galerie Parisian Laundry (3550, rue Saint-Antoine Ouest, Montréal), jusqu’au 11 février

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.