HOCKEY

Les adieux nord-américains de Pavel Datsyuk

TORONTO — La Coupe du monde est l’occasion pour Pavel Datsyuk de faire ses adieux au hockey nord-américain. Mais voilà qu’une blessure compromet la suite de son tournoi alors que la Russie se prépare à affronter le Canada en demi-finale demain.

Pour le centre de 38 ans, qui n’a pas pris part au match d’hier face à la Finlande, que le rideau tombe sans qu’on le remarque et sans qu’il dise un mot serait bien typique du personnage.

Car pendant une décennie, Datsyuk a été l’un des meilleurs joueurs de la Ligue nationale, mais sans jamais avoir la notoriété ou la popularité des autres vedettes de la ligue. On pourrait dire que si Alex Ovechkin est un blockbuster de Hollywood, Datsyuk aura davantage été un film d’auteur primé à Venise et à Berlin.

Mais il a assurément connu un succès d’estime chez les gens de hockey, attirant le respect aux quatre coins de la Ligue nationale.

« Il est incroyable, lance Evgeni Malkin avec le sourire. Il a su rester jeune ! À la Coupe du monde, après les matchs et après les entraînements, il est toujours dans le gymnase. Vous ne voyez pas grand-chose de ce qu’il fait, mais c’est le joueur le plus professionnel qu’il m’ait été donné de voir. »

L’entraîneur-chef Mike Babcock, qui l’a dirigé durant 10 saisons à Detroit, convient qu’il n’a peut-être plus les jambes d’antan, mais le respect qu’il a pour lui est demeuré intact.

« Pendant quelques années, [Datsyuk] a été le meilleur attaquant dans le hockey, même si l’on va me dire que d’autres ont récolté plus de points que lui. Il était le meilleur, avec la rondelle et sans la rondelle. »

— Mike Babcock

Ken Holland, qui a été son directeur général chez les Red Wings durant toute sa carrière, voit aussi en Datsyuk l’un des meilleurs joueurs de sa génération dans les deux sens de la patinoire.

« Sur 200 pieds, je ne sais pas s’il y avait un meilleur joueur au monde que lui, entre 2007 et 2012 », a-t-il indiqué.

« Il aurait dû être envisagé sérieusement pour le trophée Hart à l’époque de ses saisons de 97 points. Mais il n’a jamais été le genre de joueur à se battre pour le premier rang des marqueurs. Parfois, pour terminer avec autant de points, il faut privilégier l’attaque aux dépens de la défense. Or, Pavs a toujours pensé d’abord en fonction de la défense. »

Il est assez impressionnant de penser que le triple gagnant du trophée Selke, qu’on remet au meilleur attaquant défensif de la LNH, a quand même trouvé le moyen de récolter près d’un point par match tout au long de sa carrière (918 points en 953 matchs).

« Il a été discret à l’échelle de la Ligue nationale, mais ça demeure l’un des plus grands joueurs de l’histoire des Red Wings, tant par les statistiques et les honneurs individuels que par les réalisations que l’équipe a accomplies pendant qu’il était ici », a précisé Holland.

TROP LOIN DE LA FAMILLE

Après 14 saisons à Detroit, le vétéran centre est retourné en Russie cet automne afin d’être plus proche de sa fille. L’idée lui trottait dans la tête depuis longtemps.

Tout a commencé après qu’il eut accepté une prolongation de contrat de trois saisons.

« Dès l’année suivante, Pavs m’a dit qu’il avait décidé de retourner en Russie et que ce serait la dernière année de son contrat, raconte Holland. Je me suis dit que c’était passager parce qu’il venait de passer l’été en Russie. Or, quand il me l’a rappelé au mois de mars suivant, c’est là que j’ai commencé à lui parler des implications contractuelles que ça avait. Il changeait d’agent à cette époque-là.

« Puis, l’an dernier, son agent, Pavel et moi sommes allés rencontrer M. Illitch [le propriétaire des Red Wings] à son domicile. On a demandé à Pavs d’honorer la saison 2015-2016 et, en échange, on allait gérer l’impact de son contrat sur le plafond salarial pour la dernière année et on lui permettrait de rentrer en Russie. »

Les Wings ont quand même tenté à plusieurs reprises de le faire changer d’idée, mais c’était peine perdue. Le cœur de Datsyuk était en Russie.

Finalement, à la séance de repêchage, les Wings ont largué son contrat dans la cour des Coyotes de l’Arizona.

LE MAGIC MAN

Chez les Red Wings, l’après-Datsyuk nécessitera un ajustement. Le seul autre Russe au sein de l’équipe, le défenseur Alexey Marchenko, sait d’ores et déjà qu’il va s’ennuyer de lui.

« Il m’a aidé sur tellement d’aspects et m’a donné beaucoup de bons conseils, a confié Marchenko. C’est l’un de ses derniers tournois et il ne nous reste que quelques matchs à jouer. Contre l’Amérique du Nord, il a été notre meilleur joueur. Il a arraché la rondelle à l’adversaire plusieurs fois et, même à 38 ans, il joue en infériorité numérique, bloque des tirs et se donne entièrement au hockey. »

L’ancien du Canadien Thomas Vanek a signé cet été un contrat d’un an avec les Wings et regrette que son arrivée coïncide avec le départ du centre russe.

« J’ai vu les faits saillants de ses premiers matchs dans la KHL, au cours des dernières semaines, et c’est encore l’un des meilleurs joueurs au monde, a raconté Vanek. J’aurais aimé ça qu’il reste et que je puisse avoir une chance de le voir à l’œuvre sur une base quotidienne.

« C’est l’un des joueurs les plus excitants de la ligue. J’ai trois garçons et ils adorent tous voir jouer le Magic Man. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui sont arrivés à lire le jeu aussi bien que lui. »

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