OPINIONS RÉCUPÉRATION DU VERRE

Cette fois-ci, c’est la bonne !

Le gouvernement doit moderniser, indexer et élargir la consigne afin de la rendre plus efficace

On croyait bien que c’était dans la poche à l’été 2012 lorsque le ministre de l’Environnement, Pierre Arcand, annonçait l’intention de Québec d’augmenter le montant de la consigne, en plus d’élargir le système à d’autres contenants, dont les bouteilles d’eau.

Malheureusement, le gouvernement Marois a choisi de reculer. Depuis, nous voilà plongés à nouveau dans un débat de chiffres sans issue et surtout dans un statu quo qui ne satisfait personne.

Ceux qui suivent ce dossier de près savent pourtant que tout a pratiquement été dit sur le sujet. Et que ce ne sont pas de nouveaux chiffres qui vont montrer la voie dans ce dossier. Ce qu’il faut pour avancer, c’est un peu de gros bon sens et beaucoup de courage politique. M. Arcand en a fait preuve à l’époque, et tout indique que l’actuel ministre de l’Environnement, David Heurtel, veut faire de même.

Or, non seulement le fruit est mûr sur le plan politique, il l’est aussi en ce qui a trait à l’opinion publique. Selon un sondage commandé à la firme Léger, 66 % des répondants souhaitent l’élargissement de la consigne à d’autres types de contenants et 89 % des Québécois rapporteraient leurs contenants si les bouteilles de vin et les bouteilles d’eau étaient consignées.

En outre, de plus en plus d’intervenants socioéconomiques québécois soutiennent l’idée d’un recours accru à l’utilisation d’instruments économiques, comme la consigne, pour augmenter l’efficacité des efforts de protection de l’environnement. Même l’Ontario, notre nouvel allié sur le plan de la lutte contre les changements climatiques, est déjà bien engagé dans cette voie.

Le système de consignation québécois − qui doit certes être modernisé − est déjà performant : 

Le taux de récupération est très élevé (76 % pour l’ensemble des contenants à remplissage unique et 98 % pour les contenants à remplissage multiple) ;

La consigne permet le réemploi de certains contenants, ce qui est toujours préférable au recyclage ;

Le système de consignation ne coûte rien aux contribuables, aux municipalités, ni même à l’État québécois ;

La consigne assure le maintien de plusieurs centaines d’emplois de qualité ;

Grâce au tri à la source effectué par le consommateur, la qualité de la matière récupérée est préservée, ce qui permet d’en valoriser davantage et de revendre ces matières à un prix optimal sur le marché du recyclage ;

La consigne est un outil qui permet de soutenir financièrement des organismes communautaires et des personnes dans le besoin.

Aussi, nous sommes d’avis que l’élargissement de la consigne aux contenants similaires, aux bouteilles d’eau et à l’ensemble de contenants en verre rapporterait encore plus de bénéfices pour le Québec. En Ontario, le recyclage des bouteilles d’alcool fait économiser 40 millions par année.

Rappelons qu’une pétition de plus de 15 000 signataires a été déposée récemment à l’Assemblée nationale pour réclamer la consignation des bouteilles de vin de la SAQ.

Pour tous ces motifs, nous unissons aujourd’hui nos voix afin d’encourager le gouvernement du Québec à procéder à la modernisation, à l’indexation et à l’élargissement de la consigne, et ce, dans l’optique qu’elle puisse être encore plus efficace et toujours complémentaire au système de collecte sélective.

Cela dit, nous sommes conscients que cette modernisation doit se faire dans le respect de tous les acteurs concernés. Nous sommes donc prêts à travailler avec le gouvernement pour diminuer les contraintes que ce mode de collecte occasionne pour les commerçants, entre autres, et pour mettre en œuvre des mesures pour que la performance de la collecte sélective soit elle aussi augmentée.

Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) ; Chantier de l’économie sociale ; Groupe de recherche appliqué en macroécologie (GRAME) ; Groupe Écosphère ; Greenpeace ; 2M Ressources ; Les Valoristes, Coop de solidarité ; Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) ; Ville d’Amqui ; Municipalité des Îles-de-la-Madeleine ; Confédération des syndicats nationaux (CSN) ;  Le syndicat des Métallos Local 206G-206G1 ; ENvironnement JEUnesse (ENJEU) ; Fondation David Suzuki ; Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED) ;  Groupe ÉCOcitoyen (GÉCO) ; Les AmiEs de la Terre de Québec ; Ambioerra ; EURÊKO ! ; Conseil central de Montréal métropolitain-CSN (CCMM-CSN) ; Attention FragÎles ; Conseil régional FTQ Montréal métropolitain ; Recyclo-Centre.

COURRIER

Les bouteilles de la SAQ doivent-elles être consignées ?

Changer d’approche

Comme d’habitude au Québec, on essaie de faire dans le « mur à mur », et c’est ça qui nous coûte cher et finit par ne pas être très efficace. Il faut adopter une solution intermédiaire qui ne nous coûtera pas un sou et pourrait même permettre de développer une filière créatrice d’emploi, la réutilisation des bouteilles.

La SAQ doit exiger de plus en plus de bouteilles réutilisées dans ses commandes de vin embouteillé au Québec. Si la SAQ se sert de son monopole pour exiger graduellement des bouteilles réutilisées, le marché va suivre.

J’imagine très bien un entrepreneur récupérant les bouteilles dans les restos ou les bars, les lavant et les revendant à une fraction du prix aux embouteilleurs. Peut-être que les embouteilleurs eux-mêmes y verront leur profit. J’estime la valeur de ce marché à plusieurs dizaines de millions. Pour ma part, je n’aurais aucun problème à acheter des vins courants dans des bouteilles réutilisées.

C’est simple, ça ne coûte rien aux contribuables, et la SAQ n’a pas à doubler sa superficie d’entrepôt et évite une source de contamination, car le stockage et le lavage des bouteilles se feront ailleurs.

Le rôle de l’État est de favoriser ce genre de filière qui pourra être étendue et réglera en partie le problème tout en ouvrant des possibilités pour l’avenir, notamment l’établissement d’une véritable consigne basée sur le réemploi de la bouteille plutôt que sur le recyclage du verre.

— Gilles Tremblay, spécialiste de la gestion des déchets dans une firme de génie-conseil

Ce n’est pas ça, du développement durable

Je suis le seul conditionneur de verre provenant de la consigne ; 99,9 % de ce verre est recyclable et a un marché. Le verre ambre est vendu à 100 % chez OI Montréal et utilisé pour refonte en bouteille de bière. Le verre clair est aussi vendu à 100 % chez OI à Montréal. Le verre vert est vendu chez OI à Brampton en Ontario, au Texas et à Atlanta. Nous broyons aussi pour le marché de la laine isolante. Le besoin pour le verre vert est aussi grand que pour les deux autres types de verre.

Nous venons de terminer un investissement de plus de 2,5 millions et sommes en attente pour commencer nos opérations afin de faire un produit à valeur ajoutée au lieu de l’envoyer à l’enfouissement comme c’est le cas présentement, soi-disant de la valorisation pour faire des chemins d’accès dans les sites d’enfouissement. Ce n’est pas ça, du développement durable.

— Michel Marquis

Des problèmes plus importants

Comment peut-on imaginer dépenser ne serait-ce qu’un seul dollar des contribuables québécois dans une consigne sur les bouteilles de vin alors que l’on coupe à grands coups de hache dans les budgets de santé ou d’éducation ? N’a-t-on pas de problèmes plus importants à régler ?

Au lieu de sortir des matières de nos bacs de récupération, on devrait faire l’inverse pour en mettre davantage et simplement trouver moyen de bien traiter le tout une fois rendu au centre de tri. Si je me souviens bien, on a marché sur la lune en 1969 ; on devrait trouver le moyen de traiter le verre et autres matières efficacement… ce que l’on réussirait à faire si c’était de l’or.

— Luc Sabourin

La responsabilité de la SAQ

Deux mots pour la SAQ : responsabilité environnementale. Le coût du recyclage doit être couvert par le commerçant comme les coûts de main-d’œuvre, de matière première, etc. La SAQ ne peut s’en laver les mains ; ça fait partie des coûts pour être en affaires.

La consigne fonctionne pour les bouteilles de bière, alors pourquoi pas pour les bouteilles de vin ? Que la SAQ fasse des propositions plutôt que de passer son temps à expliquer pourquoi les propositions des autres ne sont pas réalistes. En passant, une bouteille de vin à 20 $ va se vendre quand même à 21 $. C’est le consommateur qui paie.

— Bernard Madé, Bromont

Des bouteilles en aluminium…

Revoyons le modèle. Interdisons les bouteilles de verre et demandons des bouteilles en aluminium. Il y a déjà certains vignobles qui utilisent ce type de bouteille. Cela serait aussi bon pour nos alumineries.

— Claude Baillargeon

…ou des contenants en papier

Pourquoi ne pas simplement éliminer graduellement la bouteille de verre ? Déjà, certains vins sont vendus dans des contenants en papier. Est-ce parce que les puristes n’en veulent pas ? Dans le temps, on disait que le lait dans un contenant en papier ne serait pas accepté, et pourtant…

— André Comptois

À la SAQ d’agir

Si les épiceries pouvaient vendre plus de vin, il y a longtemps que la tâche du recyclage leur aurait été imposée. La SAQ doit prendre ses responsabilités, tout comme le gouvernement, qui impose des règles aux entreprises, puisqu’ils n’en subissent pas les conséquences.

— Hubert Lachance

La mauvaise foi de la SAQ

Lorsque la SAQ mentionne la pollution qu’engendrerait la récupération des bouteilles, elle fait preuve d’une évidente mauvaise foi. Je serais extrêmement surpris qu’un client prenne sa voiture seulement pour rapporter des bouteilles vides à la SAQ. Il profiterait du moment où il va acheter des bouteilles pleines pour rapporter les vides. Donc, pas de pollution supplémentaire.

Dans leur argumentaire, les représentants mentionnent qu’il faudrait augmenter le nombre de déplacements en camion pour rapporter les bouteilles des magasins aux entrepôts. Le même raisonnement s’applique ici. Au lieu d’utiliser des camions uniquement pour rapporter des bouteilles vides, pourquoi ne pas profiter des camions qui livrent des caisses pleines de liquide pour rapporter les bouteilles vides ?

La SAQ fait tellement de profits dans une année qu’elle pourrait facilement faire sa part pour l’environnement et pour le bien-être de la société.

— Robert Landry, Saint-Lazare

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.