Opinion

Syrie, huit ans déjà !

Mon dernier séjour en Syrie date du printemps 2011. C’était le tout début de ce qui allait devenir un long et douloureux conflit. Un conflit qui a démontré – une fois de plus, oserais-je dire – l’incapacité de la communauté internationale à protéger les civils, si ce n’est à mettre fin aux guerres.

J’y étais pour discuter avec des scénaristes de sitcom, dont le monde arabe est si friand, des messages à insérer pour promouvoir la cohabitation pacifique des différentes communautés religieuses et protéger les femmes et les enfants contre toute forme de violence. En y repensant, c’était dérisoire…

Depuis huit ans, la moitié de la population a dû quitter son chez-soi pour échapper aux violences et aux persécutions. Six millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur de leur pays et 5,6 millions sont devenus des réfugiés en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Tous dépendent de l’aide internationale pour leur survie, et cette aide s’amenuise d’année en année.

Et pourtant, ce n’est pas le moment d’abandonner les Syriens à leur triste sort.

Dans les pays limitrophes, les autorités et communautés qui ont accueilli les réfugiés à bras ouverts demandent plus de solidarité de la part des pays occidentaux. Les populations réfugiées s’appauvrissent et les tensions avec leurs hôtes – souvent des communautés défavorisées elles-mêmes – augmentent.

À l’intérieur de la Syrie, nombreuses sont les populations qui ont été coupées des secours humanitaires à cause des combats généralisés. Nous avons enfin accès à elles.

Pourtant, à de rares exceptions, on ne parle plus vraiment de la Syrie – et surtout des Syriens. Comme d’habitude, d’autres crises sont venues se superposer sur les écrans de nos télévisions ou de nos réseaux sociaux.

Les chiffres décrivant les besoins financiers sont trop impressionnants. Les solutions de paix restent trop évasives. On détourne les yeux : peut-être par honte de notre inaction ; peut-être, et ce serait pire, par désintérêt.

L'aide canadienne

Pourtant, les Canadiens ont démontré leur attachement aux Syriens. Près de 60 000 réfugiés ont été accueillis ici. Des élans de générosité et le soutien financier du gouvernement ont permis que l’on aide les Syriens à garder la tête hors de l’eau. Mais pour combien de temps encore ?

Alors que l’on marque le huitième anniversaire du conflit syrien, il est plus qu’urgent de renouer avec notre engagement en faveur des Syriens.

Il faudra des années et des milliards de dollars pour rebâtir la Syrie. Il faudra probablement des générations pour que les populations qui formaient la mosaïque qu’est le peuple syrien se reparlent et se fassent confiance – gage de paix et de prospérité.

Mais tout manquement à notre devoir d’aider les Syriens dans le besoin aujourd’hui ne fait que renforcer ces divisions. Il ne s’agit pas seulement de sauver des vies et d’aider à restaurer leur dignité d’êtres humains, mais aussi de planter les graines d’un futur stable et prospère pour la Syrie. Soutenir les Syriens aujourd’hui ne peut que profiter à l’humanité tout entière demain.

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