Opinion

Bombardier, une fabuleuse histoire de résilience

En tant que membre du Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises, présidé par Claude Séguin, je crois nécessaire aujourd’hui de souligner le boulot remarquable accompli par Alain Bellemare et son équipe chez Bombardier. Nous critiquons avec raison le départ de certains sièges sociaux du Québec. Mais il est aussi important de se réjouir du succès de ceux qui restent !

Il y a quelque chose qui tient du miracle quand on observe le parcours industriel de Bombardier. En 80 ans, cette entreprise a développé dans un garage de Valcourt des véhicules hivernaux pour ensuite devenir une entreprise publique globale. On connaît le film : à coup d’acquisitions, Bombardier est devenu un joueur immense dans le domaine ferroviaire et en aéronautique.

En innovant, Bombardier a fait sa place parmi les grands industriels du monde. Pensons, par exemple, au développement des appareils CRJ qui a ouvert la filière du transport régional aérien à notre fleuron. Cette croissance fulgurante ne semblait pas avoir de limites.

De l’innovation certes, mais il fallait aussi une immense dose d’audace et de pugnacité de la part d’une entreprise manufacturière de taille moyenne, à l’échelle de la planète, pour aller bousculer des géants. Rappelons que Bombardier représente une fraction de la capitalisation de Boeing et Airbus qui approchent conjointement les 300 milliards de dollars américains.

Grâce à la vision de Pierre Beaudoin, Bombardier a misé sur le développement de la C Series afin d’accroître sa présence dans le transport aérien continental. Ce secteur, tant en Amérique du Nord qu’en Europe ou qu’en Asie, devrait croître passablement en raison d’une croissance de la classe moyenne et d’une augmentation de la demande des déplacements aériens. Il n’était donc pas étonnant de voir une entreprise comme Boeing vouloir étouffer sa rivale québécoise en multipliant les manœuvres pour ralentir les commandes ou en utilisant son influence sur l’administration fédérale américaine pour tenter d’imposer des droits compensatoires et antidumping. C’est une véritable opération d’intimidation qui s’est effectuée contre Bombardier. Heureusement, celle-ci a échoué, mais Boeing n’a probablement pas dit son dernier mot.

Quand on cumule les effets de cette compétition internationale agressive aux coûts de développement d’un nouvel appareil aujourd’hui, il saute aux yeux que la situation n’était plus viable pour Bombardier. Un partenaire industriel devait être trouvé et une restructuration devait s’opérer afin d’assurer la pérennité de l’entreprise. Pour y arriver, il fallait un capitaine solide et capable de naviguer en eaux troubles. Ce travail a été brillamment entrepris par Alain Bellemare, le nouveau chef de la direction nommé en 2015.

Le gouvernement du Québec a pris la bonne décision en investissant dans la C Series. Il a envoyé un message de confiance envers l’entreprise, tout en s’assurant du maintien des activités à Mirabel jusqu’en 2041 au minimum.

Avec l’arrivée d’Airbus comme troisième partenaire, la C Series devrait connaître un succès plus fort qu’initialement espéré. Par son expertise et ses ressources, le géant européen ajoute énormément de valeur au programme. Le Québec y gagnera sur le front économique et social avec le maintien des emplois locaux et le renforcement de sa chaîne d’approvisionnement ainsi que sur le front financier avec une diminution du risque sur son placement et fort probablement un rendement appréciable à terme.

Alors que le cours de l’action de Bombardier était tombé sous la barre de 1 $ au début de 2016, il se situe aujourd’hui près des 4 $. Les marges s’améliorent et la situation financière de l’entreprise s’assainit.

Les divisions transport et avions d’affaires, notamment, performent très bien. Et pour la première fois depuis des mois, aucun des analystes financiers qui suivent l’entreprise ne recommande la vente du titre. Il s’agit de tout un revirement sur une aussi courte période. 

Évidemment, il reste encore du chemin à parcourir pour retrouver les sommets du début des années 2000, mais le point d’inflexion semble avoir été franchi sous le leadership organisationnel d’Alain Bellemare. S’il continue d’exécuter avec la même détermination le plan de redressement qu’il a mis en place à son arrivée, la profitabilité de l’entreprise devrait continuer de s’améliorer au grand bonheur de ses actionnaires, de ses employés et de tous les Québécois.

Aujourd’hui, Bombardier semble avoir retrouvé sa capacité de développement et de croissance. Au final, ce seront les ingénieurs québécois, les techniciens et tout notre savoir-faire local qui en bénéficieront.

Quelle histoire ! Et surtout, quelle résilience !

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