Mon clin d’œil

Isabelle Charest est toujours en faveur du port du casque en patinage de vitesse.

Opinion

PROPOS DE LA MINISTRE ISABELLE CHAREST SUR LE HIJAB Une ignorance et une incohérence inquiétantes

Dans ses propos sur le hijab, Isabelle Charest fait preuve d’ignorance et d’incohérence.

Elle affirme que les femmes ne devraient pas porter le hijab parce que celui-ci « signifie l’oppression de la femme ». J’aimerais savoir sur quoi cette affirmation est basée ? Des études sociologiques sur l’expérience des femmes musulmanes au Québec ? Son expérience personnelle ? Des impressions ? Une perception ? Est-ce qu’elle connaît des enseignantes qui portent le hijab ? La question est importante. Comment peut-on prétendre savoir ce que des individus ont besoin pour s’épanouir sans même connaître ces individus ?

Durant les 15 dernières années de ma carrière, j’ai eu des étudiantes musulmanes dans mes cours en éducation.

Je n’ai jamais rencontré une enseignante ou une future enseignante musulmane qui correspond aux stéréotypes populaires sur les femmes qui portent le hijab.

J’ai eu, par exemple, cette étudiante qui a choisi de porter le hijab même si aucune femme dans sa famille ne le portait. J’ai eu cette autre étudiante qui le portait parce que l’État voulait la forcer à l’enlever. De tous les stéréotypes en circulation, un des plus tenaces est certainement celui qui présume qu’une femme qui porte le hijab est nécessairement soumise et opprimée.

Pour le sociologue Jean Baubérot (La laïcité falsifiée), le discours public sur le hijab est trop souvent un discours réducteur : « Par le simple fait qu’ellent portent un foulard [...] leur individualité, la complexité de leur être, les combats qu’elles peuvent mener, tout cela se trouve, pour une seule raison, réduit à néant, par la croyance que l’habit fait le moine. »

Mme Charest souhaiterait qu’une femme qui porte le hijab soit libre de porter ce qu’elle veut en lui interdisant de porter ce qu’elle veut. Voici la rhétorique préférée de ceux et celles qui prétendent libérer tout en marginalisant les mêmes femmes qu’ils cherchent à libérer.

L’anthropologue Marie-Claude Haince (Le Québec, la charte, l’autre. Et après ?), a un regard incisif sur la prétention de savoir ce qui est bon pour « eux » : « L’immigrant, et plus particulièrement l’immigrant musulman dans nos sociétés euro-américaines, cette figure par excellence de l’étranger, renvoie effectivement à une myriade de référents qu’il faut neutraliser et remodeler, comme l’on faisait autrefois avec les sauvages que l’on cherchait à civiliser. »

Dans La Presse+ de lundi, trois anciens députés de l’Assemblée nationale ont fait un plaidoyer pour un débat sur la laïcité qui serait « respectueux et serein ». J’ajouterais qu’il est particulièrement important que la participation de nos élus aux débats soit à la fois informée, nuancée et réfléchie.

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