PATINAGE DE VITESSE

Le retour de Bastille

Absent toute la saison dernière à la suite d’une opération à une épaule, le vétéran Guillaume Bastille effectuera son retour à la compétition en fin de semaine. « Depuis le début, ma vision est de revenir en pleine forme pour les sélections olympiques de l’an prochain », a expliqué le patineur de 32 ans, champion olympique du relais en 2010, mais exclu en 2014. François Hamelin lui avait été préféré comme choix discrétionnaire, une histoire qui avait abouti devant un arbitre. Bastille, titulaire d’une maîtrise en géologie de l’environnement, veut aller au bout de ses capacités : « J’ai le goût d’être meilleur que je l’ai été entre 2012 et 2014. »

Des presque trentenaires performants

Parlant de François Hamelin, il a croisé son grand ami Alex Boisvert-Lacroix à la sortie de l’aréna Maurice-Richard, hier midi. Anciens rivaux – et ennemis ! – en courte piste, les deux patineurs ont connu une saison de rêve chacun de leur côté. Hamelin est monté sur ses deux premiers podiums individuels en Coupe du monde, dont une médaille d’or sur 500 m au Japon. Boisvert-Lacroix, témoin au mariage de Hamelin, a pour sa part gagné le bronze sur 500 m aux Championnats du monde de longue piste. Comme quoi il est possible d’atteindre son apogée à l’approche de la trentaine.

La longue piste pour Olivier Jean

Après une année à louvoyer entre les deux disciplines, Olivier Jean a fait son lit : c’est en patinage de vitesse longue piste qu’il terminera sa carrière. Au début de l’été, l’athlète de Lachenaie a déménagé à Calgary pour s’entraîner à l’anneau olympique à temps complet. Il veut se spécialiser en départ groupé, une nouvelle épreuve olympique, tout en continuant de s’améliorer aux 1500 et 5000 m. Son rêve : devenir le premier patineur de l’histoire à être champion olympique sur courte et longue piste. Médaillé d’or à Vancouver au relais, Jean, 32 ans, participera aux sélections de courte piste pour le plaisir.

Athlète et mère seule

Marie-Ève Drolet a réussi son pari en réintégrant l’équipe canadienne la saison dernière après la naissance de sa fille Zoey, qui a aujourd’hui 20 mois. L’athlète de 34 ans, qui allaite encore matin et soir, vise maintenant une sélection pour les Coupes du monde automnales. « Tout va bien, l’entraînement va bien », a assuré celle qui doit composer avec un sommeil parfois perturbé. Pour compliquer le tout, le père de la petite passe l’été en Gaspésie, où il est technicien en foresterie. D’ici à son retour, à la fin du mois prochain, Drolet reçoit l’aide de sa tante et de sa belle-mère, qui s’échangent la garde de jour toutes les deux semaines. « Je réussis à bien diviser mes vies familiale, personnelle et professionnelle. »

De la qualité pour Bradette

Victime d’épuisement, Kasandra Bradette n’a pas connu la saison espérée en Coupe du monde. Choix discrétionnaire pour les épreuves individuelles, elle a néanmoins rebondi de façon spectaculaire aux Championnats du monde de Séoul, remportant le bronze au 1000 m et terminant cinquième au 500 m. « Je m’étais mis beaucoup de pression sur les épaules et j’ai prouvé ma valeur », se félicite l’athlète de Saint-Félicien. Pour éviter les coups de fatigue de l’hiver dernier, elle se soumet à un régime d’entraînement modifié avec de plus fréquentes périodes de repos. « On privilégie la qualité plutôt que la quantité. »

Hamelin sonde Vlasic

« Tir chanceux ou belle passe ? » Charles Hamelin a envoyé ce texto à Marc-Édouard Vlasic mardi soir. Il voulait savoir si son ami avait fait preuve de vision sur le premier but de Matt Duchene lors de la victoire du Canada contre les États-Unis à la Coupe du monde de hockey. « Belle passe », a répondu le défenseur des Sharks de San Jose, qui s’est lié d’amitié avec le patineur aux JO de Sotchi. « Charles et Marc-Éd sont pareils », a souligné Marianne St-Gelais, qui portait le t-shirt 44 de l’équipe canadienne que lui a fait parvenir la femme de Vlasic. « Ils ont le même tempérament terre-à-terre. »

La nouvelle Marianne St-Gelais

Marianne St-Gelais l’affirme haut et fort, elle vise le premier rang aux prochains Championnats du monde. Elle n’aurait jamais parlé comme ça il y a un an. Encore moins en 2014, au lendemain de Jeux olympiques calamiteux à Sotchi.

La patineuse de vitesse n’est plus la même, et pas seulement à cause de sa nouvelle couleur de cheveux.

Cette confiance, St-Gelais la tire de tout le travail accompli depuis Sotchi, sur la glace et à l’extérieur. Elle a surmonté des moments difficiles pour connaître la meilleure saison de sa carrière l’hiver dernier : 11 podiums sur 12 départs en Coupe du monde et quatre médailles aux Championnats du monde de Séoul, dont l’argent au classement général et surtout l’or au 1500 m.

Ce premier titre mondial, sur une distance qui la rebutait il n’y a pas si longtemps, St-Gelais l’a célébré en poussant trois cris primaux facilement perceptibles sur la reprise vidéo.

« Ce n’était pas seulement “je viens de gagner”, mais plutôt “on a réussi” », a raconté St-Gelais hier matin après un entraînement à l’aréna Maurice-Richard, où se dérouleront les sélections pour les Coupes du monde de demain à dimanche.

« Cette médaille d’or, qui semblait inespérée dans les deux dernières années, est arrivée. Quand tu mets de côté tous les problèmes et que tu travailles comme il faut, c’est ce que ça donne. Je pense que c’était un cri de profond soulagement. »

Après la course, St-Gelais est tombée dans les bras de son entraîneur Frédéric Blackburn, avec qui elle avait connu sa part de différends dans le passé. Sur le coup, elle n’a pas compris quand celui-ci lui a dit qu’elle était sa « première ».

« Lui aussi, c’était son premier titre mondial avec une athlète. C’est complètement ironique. Je l’ai regardé et lui ai dit : “Il y a deux ans, j’en méritais-tu pas de titre de championne mondiale.” On n’avait tellement pas cette chimie-là. Maintenant, c’est moi, sa première championne. Ça n’a pas de bon sens, quand on y pense. Ayoye, on est tellement partis de loin ! »

EXAMEN DE CONSCIENCE

Rétive à l’arrivée en poste de Blackburn en 2012, St-Gelais a fait un examen de conscience après son échec personnel aux JO de Sotchi. Elle a compris que les hauts standards exigés par l’entraîneur n’avaient pas pour but de lui nuire.

Blackburn a lui aussi accepté sa part de blâme, reconnaissant que la communication avec son athlète n’avait pas été optimale. Les deux ont mis de l’eau dans leur vin.

« Marianne a beaucoup évolué, note l’ancien vice-champion mondial. Parfois, quand on vit de gros échecs comme ça, on prend de la maturité plus rapidement. On a développé une super bonne relation. Coacher Marianne, c’est le fun. On peut avoir des opinions divergentes, mais on en discute et on prend la décision qu’on pense être la meilleure. »

La triple médaillée olympique attribue aussi une large part de ses succès au préparateur mental Fabien Abejean. Ce dernier lui a appris à ne pas retenir son agressivité sur la glace et à dissocier la personne de l’athlète.

Sur le plan physique, la patineuse de Saint-Félicien a tiré profit d’un programme de musculation calqué sur celui de l’équipe masculine, une tangente empruntée par des coéquipières cet été. À certaines périodes ciblées, elle augmente l’intensité et le volume en salle, ce qui a parfois des répercussions sur la glace.

« À ce moment-là, je suis fatiguée, je me sens moins bonne, moins capable d’en donner. Mais quand j’ai récupéré de ça, je me sens vraiment plus forte, plus solide, surtout au niveau des muscles centraux et abdominaux. »

À 26 ans, St-Gelais entreprend la dernière ligne droite de sa carrière. Dans moins d’un an, elle participera aux sélections pour les JO de Pyeongchang. « Je veux partir en ayant encore soif de mon sport, exprime-t-elle. Le dernier bout de chemin, je veux le faire pour moi. Ce que le sport va m’avoir apporté, j’ai l’impression que c’est cette dernière année et demie qui va le déterminer. »

D’ici là, elle se concentrera sur les Coupes du monde, dont la première à Calgary du 4 au 6 novembre, et sur les Mondiaux de Rotterdam (10-12 mars), où son ambition est claire : « On y va pour le titre, c’est sûr. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.