THE HORRIFICALLY REAL VIRTUALITY AU CENTRE PHI

Sur le plateau d’Ed Wood

Jusqu’au 28 avril au Centre PHI, il est possible de participer au tournage du dernier film d’Ed Wood, le pire cinéaste de tous les temps, dans une expérience collective de théâtre immersif et de réalité virtuelle. La Presse a testé pour vous The Horrifically Real Virtuality de Marie Jourdren.

ED WOOD ET BELA LUGOSI

Dans quel univers The Horrifically Real Virtuality nous fait-il entrer ? Celui d’Ed Wood et de son acteur fétiche, Bela Lugosi. Mais qui sont-ils ? Ed Wood (1924-1978) a l’insigne honneur d’avoir été sacré « le plus mauvais réalisateur de tous les temps », grâce à des films comme Glen or Glenda (1953) ou Plan 9 from Outer Space (1959), dans lesquels de pitoyables effets spéciaux étaient mal mis en scène et soutenus par des acteurs peu dirigés. Mais son enthousiasme et sa passion réelle pour le cinéma ont touché les cinéphiles, qui ont fait de lui un réalisateur culte, surtout après l’hommage de Tim Burton qui a fait un film (Ed Wood) sur le cinéaste en 1994, avec un hilarant Johnny Depp dans le rôle-titre. Quant à Bela Lugosi (1882-1956), il a connu la célébrité dans des films d’horreur, et plus particulièrement dans le rôle de Dracula auquel il sera associé pour toujours. C’est probablement par amitié, par pitié ou par besoin, puisque sa carrière était en déclin, qu’il a accepté de jouer dans les films d’Ed Wood à la fin de sa vie.

UN THÉÂTRE DES MALADRESSES

Marie Jourdren, réalisatrice de The Horrifically Real Virtuality (créée par Studio DVgroup et coproduite par Phi), nous a déjà offert l’installation Alice, The Virtuality Play en 2017. Elle nous explique qu’Ed Wood permet non seulement de plonger dans l’esthétique vieillotte et irrésistible du cinéma hollywoodien des années 50, mais aussi d’utiliser sa réputation pour souligner que la réalité virtuelle n’en est encore qu’à ses débuts, donc imparfaite. L’expérience commence en chair et en os, avec des comédiens (dont un qui interprète Ed Wood) qui nous invitent sur le plateau du film où les spectateurs devront sauver le tournage et calmer un Bela Lugosi un peu découragé. C’est l’occasion de voir sur un écran son incarnation en réalité virtuelle. Il se peut qu’on vous demande de tenir une caméra, de travailler au son ou à l’éclairage sous la direction d’un réalisateur au bout du rouleau.

LA MAGIE DU CINÉMA RV

On entre ensuite dans la véritable expérience de réalité virtuelle, lorsque les spectateurs sont munis d’une combinaison et d’un casque (qui font presque penser à l’attirail des Ghostbusters) et invités au cinéma. Il faut un certain temps pour s’adapter à cet environnement. Nous sommes transformés en extraterrestres et invités dans un cinéma typique des années 50, pour finalement littéralement entrer dans le film qu’on vient de tourner. C’est probablement le moment le plus époustouflant de cette installation, qui montre tout le potentiel de la réalité virtuelle. Il y a une profondeur de champ dans toutes les directions de votre regard, ce qui est très impressionnant. N’hésitez pas à explorer les éléments de cet environnement, pour profiter de l’aventure au maximum.

ON Y VA ?

Présentée en première canadienne, The Horrifically Real Virtuality, qui a gagné le prix d’innovation en storytelling au festival Future of Storytelling de New York, dure environ une heure et ne peut être vécue que par petits groupes de 10 spectateurs à la fois – il faut donc réserver ses places –, et les représentations sont offertes en français ou en anglais, selon vos préférences. Est-ce qu’on y va ? Disons que l’expérience est plutôt déstabilisante, et que le théâtre immersif, où les spectateurs doivent interagir avec les comédiens, n’est pas au goût de tout le monde, d’autant plus que le concept propose un plateau de tournage un peu chaotique (c’est Ed Wood qui dirige, hein !). Par contre, dès qu’on est entrée en réalité virtuelle, on doit dire qu’on a eu le souffle coupé. On a le goût d’y retourner juste pour revivre ça, ce qui représente cependant la moitié de la présentation. Et comme le prix du billet varie de 45 $ à 55 $, c’est vraiment au goût (et au coût) de chacun de décider d’y aller ou pas.

The Horrifically Real Virtuality, jusqu’au 28 avril au Centre Phi.

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