Marcel Jobin

« Tu peux réussir quand tu te bats »

De retour de Floride, où il a effectué quelques semaines d’entraînement, Marcel Jobin a retrouvé une piste qui lui tient particulièrement à cœur, hier soir.

Le marcheur de 77 ans a disputé une séance préparatoire au complexe sportif Claude-Robillard et il a ainsi lancé la dernière portion de son camp en vue des Mondiaux d’athlétisme en salle chez les maîtres du 24 au 30 mars en Pologne.

« C’est à Claude-Robillard que j’ai réalisé mes meilleures performances canadiennes. J’ai déjà fait 11 minutes 34 secondes au 3 kilomètres intérieur, se rappelle-t-il. C’était vraiment rapide, mais je ne marche pas à la même vitesse aujourd’hui. J’étais plus jeune et j’étais moins lourd. Là, je pèse 190 livres, alors que je faisais 150-160 dans ce temps-là. »

En 1979 à Claude-Robillard, « le fou en pyjama » avait établi deux records canadiens au 1500 m et au 3000 m. Il avait alors 37 ans. Quatre décennies plus tard, les cheveux ont blanchi, la cadence a donc logiquement ralenti, mais l’ambition, elle, reste la même.

Pour se préparer adéquatement aux Mondiaux, il a ainsi mis le cap sur la Floride pendant quatre semaines. « J’avais un petit parcours à Cocoa Beach et je me suis entraîné pas mal. Je faisais entre 40 et 50 kilomètres par semaine. C’était bien, il faisait une belle température, autour de 87-88 degrés Fahrenheit [30-31 degrés Celsius] », précise le marcheur de Saint-Boniface, en Mauricie.

Et ce n’est pas une pneumonie, apparue le jour de son anniversaire, le 3 janvier, qui a fait dérailler ses plans malgré le repos nécessaire.

« J’ai 77 ans et je ne connaissais pas ça, avoir une pneumonie ou une grippe. J’ai été un mois sans rien faire, mais ça s’est replacé en Floride. C’est revenu numéro 1. »

— Marcel Jobin

Les Mondiaux en salle chez les maîtres arrivent à grands pas. Il participera au 3000 m le 25 mars et au 10 000 m marche extérieure quatre jours plus tard. Lors de sa dernière participation à cette compétition intérieure, en 2011, il avait conclu les deux épreuves avec une médaille d’or et une médaille d’argent dans la catégorie des 70-74 ans. L’an dernier aux Mondiaux de Malaga, il avait aussi obtenu deux podiums, au 5000 m et au 20 km.

« Je visais trois médailles d’or, mais ça n’a pas bien été, dit-il en toute honnêteté. Il faisait chaud en Espagne et il y avait une forte humidité. Je ne fonctionne pas bien dans l’humidité. Cette fois, sur le 3000 m, on est une quinzaine et je suis pas mal dans les meilleurs temps. Sur le 10 000 m extérieur, on est un groupe de 20 ou 25. Sur papier, j’ai des chances de médaille dans les deux épreuves, mais je ne sais pas si ce sera de l’or. »

L’événement, organisé à Torun, réunira 4300 athlètes de plus de 35 ans. Marcel Jobin sera notamment accompagné de deux autres marcheurs du Club Les Vainqueurs, soit Denis Laflamme et Evane Michoux.

Un printemps chargé

Dans les dernières années, Marcel Jobin a donné plusieurs conférences afin de raconter son histoire. Il aborde ses débuts dans les années 50, sous l’œil incrédule des Bonifaciens, sa présence aux Jeux olympiques de Montréal (1976) et de Los Angeles (1984), ainsi que sa passion toujours brûlante malgré les années qui passent.

« Je dis toujours que j’étais un gars bien ordinaire qui a fait des choses extraordinaires dans des conditions pas trop favorables par rapport à aujourd’hui, résume-t-il. J’essaie de montrer aux jeunes que même si tu n’es pas dans un endroit favorable, tu peux réussir quand tu te bats. »

Au-delà de ce message de persévérance, des podiums ou des nombreux records, le marcheur s’est donné une autre mission pour les années à venir. « Il veut laisser sa contribution au sport », lance son ami et conseiller Michel Parent. L’Académie sportive Marcel Jobin, en partenariat avec le Club Corsaire-Chapparal et en collaboration avec le Club Les Vainqueurs, organisera ainsi un Festimarche le 13 avril à Sainte-Thérèse.

« Ce sera une journée de perfectionnement, d’ateliers et de conférences, dont celle de Marcel, détaille Michel Parent. On veut promouvoir le développement de la marche sportive et athlétique. Il y aura des athlètes, des entraîneurs, mais aussi des officiels. La Fédération nous appuie dans cette démarche. »

Un volet international avec une épreuve de 5 km de marche athlétique est aussi intégré au Demi-marathon Marcel-Jobin le 15 juin à Saint-Boniface.

« L’an dernier, on a mixé les marcheurs sportifs et athlétiques, mais c’était dans un circuit de 5 km sans encadrement au niveau des juges et des officiels, précise Michel Parent. Là, on va avoir des marcheurs sur un parcours certifié, officialisé, mesuré avec une boucle de 1 km. Il y aura des Québécois, des Canadiens, des Américains, un Français. On essaie d’intervenir au niveau des maîtres. Par rapport aux inscriptions, on sent qu’il y a un engouement pour la marche. »

L’effet Marcel Jobin se poursuit…

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