Banc d’essai/Volvo V60 Cross Country

Perpétuer la tradition

C’est American Motors Corporation (AMC) qui, le premier, a eu la bonne intuition. Concevoir, sur la base d’une familiale légèrement surélevée, un véhicule différent des utilitaires sport. Fille légitime – et élitiste – de cette Eagle apparue dans les années 80, la Cross Country de Volvo connaît le succès partout où elle pose ses roues, y compris au Québec, où se font 40 % des ventes canadiennes.

Raffinement et robustesse

Lulea, — Suède — Autrefois, l’affaire était entendue. Quiconque possédait une familiale avait forcément engendré une très nombreuse descendance. Seulement voilà, une fois ses pantalons courts usés sur le vinyle de la banquette arrière, celle-ci s’est juré de ne plus jamais y poser les fesses, d’où la popularité rencontrée hier par la fourgonnette et aujourd’hui par le VUS. Mais l’industrie de l’automobile cherche depuis un bon moment déjà à redonner à la familiale ses lettres de noblesse. En Amérique du Nord surtout. Pour la remettre au goût du jour, un spectaculaire changement d’image s’imposait. C’en est fini de la familiale au profil mal dégrossi et emmurée dans de faux panneaux extérieurs de bois plastifié.

Cette fois, on fait dans l’élégant, le raffiné même. Dans le costaud aussi puisque la familiale, aidée par un rouage à quatre roues motrices, cherche à reproduire le style popularisé par les VUS les plus robustes. La V60 Cross Country de Volvo appartient à cette catégorie où la concurrence se compte sur les doigts d’une main (voir dernier onglet de ce dossier) et qui, pour l’heure, n’est pas parvenue à convaincre les consommateurs de descendre de leurs faux 4 x 4. S’ils le faisaient, peut-être réaliseraient-ils que ce véhicule offre parfois une flexibilité équivalente, avec en prime une consommation d’essence plus raisonnable et un agrément de conduite plus dynamique.

Même si la V60 Cross Country ne contribuera aucunement à ralentir la croissance des VUS, elle a le mérite d’offrir une autre façon de rouler à ceux et celles qui ne veulent pas renoncer à emporter avec eux quoi que ce soit. Enfin presque.

Fort d’une clientèle qui a apprécié la XC70 (1996-2016), mais qui jugeait la plus récente offre (V90 Cross Country) à la fois trop volumineuse et trop coûteuse, le constructeur scandinave ajoute la V60 Cross Country à son catalogue au printemps. Ce modèle vient enrichir une gamme à laquelle il ne manque plus qu’une version hybride rechargeable dont les débuts sont programmés pour l’automne (voir encadré en fin de texte).

Rien à envier sur le plan dynamique

Comme ces VUS qui ne tolèrent pas la moindre giclure de boue sur leurs jantes stylisées, la V60 Cross Country affiche d’abord et avant tout son style avec, à la clef, la promesse de sortir sans problème des sentiers battus. La présence, par exemple, d’un mode « tout-terrain » et celle d’une aide à la conduite en descente lui permettent certaines prouesses en tout-terrain, que peu de consommateurs oseront sans doute tester. Comme la majorité des propriétaires de VUS, d’ailleurs.

Si la V60 Cross Country n’a rien à envier vraiment à un VUS hors des sentiers battus, elle lui donne en revanche des leçons de bonne conduite sur une route asphaltée.

Profitant d’un centre de gravité plus bas, d’un poids souvent plus contenu, cette Volvo se révèle une routière plus apaisante à conduire, plus agile – quoique son diamètre de braquage soit aussi grand que celui d’un camion – et offre un meilleur ressenti. Mais cela n’est vrai que si on le compare à un VUS. On aurait souhaité que sa direction procure plus de sensations, que sa boîte de vitesse soit plus réactive et que son moteur affiche un peu plus de tonus à la mouvoir.

Le châssis plus rigide, l’empattement rallongé et les diverses aides à la conduite permettent, sur les petites routes de montagne, de mener la vie dure à cette Volvo sans aucune appréhension. Elle freine avec efficacité, ne prend pas de roulis et son train avant ne dégage aucune impression de pesanteur. Presque aussi alerte qu’une automobile, cette familiale préfère néanmoins se faire conduire plus calmement. Ce faisant, la transmission automatique se montre sous son meilleur jour et les quelque 7 secondes nécessaires pour atteindre les 100 km/h à la suite d’un départ arrêté ne nous paraissent jamais aussi longues.

Habitacle chaleureux

Plus longue que le modèle antérieur, cette V60 offre notamment une meilleure habitabilité aux places arrière et un coffre (enfin) digne d’une familiale. Pour reprendre le comparatif improvisé avec un VUS, force est de reconnaître que ce dernier assoit parfois plus confortablement trois occupants sur sa banquette que la Volvo – la place centrale est assez étroite, merci ; son coffre avale une plus grande quantité de bagages en raison notamment de sa hauteur plus élevée et le VUS est capable de tracter des charges beaucoup plus lourdes. Qu’à cela ne tienne, l’utilitaire ne propose toutefois pas toujours une modularité aussi grande que la familiale scandinave.

Bien que la position de conduite soit surélevée, la V60 Cross Country ne permet pas, comme certains VUS, d’analyser les flux de circulation d’aussi haut.

En revanche, toutes catégories de véhicules confondues, difficile de trouver des sièges aussi confortables que ceux de cette familiale.

Généreusement rembourrés, ils offrent un bon maintien et permettent surtout de voyager plusieurs centaines de kilomètres sans se fatiguer.

Le tableau de bord qui conjugue harmonieusement horizontalité et verticalité présente une instrumentation claire et facile à consulter. La qualité de la finition ne porte flanc à aucune critique, mais certains matériaux fleurent un peu bon marché pour un véhicule de ce prix. Les principales commandes sont correctement regroupées dans l’environnement du conducteur, mais le fonctionnement – quoiqu’amélioré – de l’interface tactile présentée sous la forme d’un grand écran monté à la verticale exige de quitter trop souvent la route des yeux pour atteindre les multiples menus proposés.

Alors, à quoi bon s’offrir une V60 Cross Country qui, hormis une garde au sol plus relevée, une poignée d’accessoires et quelques ornements spéciaux, ne procure pas une expérience très différente de celle d’une V60 « ordinaire » ? Sans doute, mais le prix demandé en fait néanmoins une bonne affaire. Une V60 à roues avant motrices coûte moins cher il est vrai, mais dès que le rouage intégral s’invite, son prix avoisine celui d’une Cross Country. Alors, pourquoi s’en priver ?

Les frais de transport et d’hébergement ont été payés par Volvo, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage.

Volvo V60 T-8 : le poids environnemental

Sans surprise, Volvo complétera d’ici l’automne son offre de V60 d’une version hybride rechargeable appelée T-8. Il s’agira de la plus écologique des V60 – autonomie électrique de quelque 35 km –, de la plus rapide et, hélas, aussi de la plus lourde. Et ça se ressent. Par rapport à toutes les autres déclinaisons de la gamme, cette T-8 apparaît plutôt empesée. Dans les enchaînements de virages sinueux, elle manque de naturel et de fluidité. Une impression qui se dissipe sur les voies rapides et dans les courbes ouvertes où la T-8 fait preuve d’un aplomb remarquable et d’une stabilité rassurante. Le prix de cette déclinaison n’a pas encore été communiqué.

Face à ses rivales

La V60 Cross Country profite de l’expertise unique de Volvo dans le segment des familiales… mais elle fait tout de même face à une belle concurrence. Comment se compare-t-elle à ses rivales ?

Audi Allroad

L’Allroad est sans doute la concurrente la plus sérieuse et la plus redoutée de la V60 Cross Country. L’Audi procure un agrément de conduite supérieur et une finition générale plus soignée que celle de la Volvo. Cette dernière, en revanche, propose un volume utilitaire plus intéressant, des places avant plus confortables et une dose d’exotisme supplémentaire. À cela, il convient d’ajouter une facture plus raisonnable. Audi décline trois livrées de l’Allroad (de 48 500 $ à 57 350 $) auxquelles il faut ajouter des options. La V60 Cross Country est offerte à prix unique et les options sont généralement plus abordables… quoiqu’encore trop nombreuses.

Subaru Outback

Dans sa livrée 3,6 R (à compter de 43 310 $), l’Outback figure sans doute sur la liste des acheteurs potentiels d’une V60 Cross Country. L’ennui est que dans sa forme actuelle, l’Outback n’en a plus pour encore très longtemps. Une nouvelle génération est attendue cette année et sera vraisemblablement présentée au salon de New York, si l’on prête foi à la rumeur. Son rouage à quatre roues motrices à prise constante offre de meilleures performances que celui de la Volvo et avance, pour l’heure, une fiabilité éprouvée. Mais l’Outback dissimule mal son âge, comme en font foi sa présentation datée et son comportement routier peu inspiré. En outre, elle est la seule de ce groupe à offrir une garantie inférieure (3 ans/60 000 km).

Volkswagen Golf Alltrack

Vous cherchiez l’intruse dans ce groupe ? La voici : la Volkswagen Golf Alltrack. Celle-ci vise sensiblement la même clientèle, mais coûte quelque 10 000 $ de moins que la V60 Cross Country. Bien qu’elle soit plus compacte, la capacité de son coffre est supérieure à celle du coffre de la suédoise selon les normes SAE. Les places assises, elles, sont plus étriquées cependant, surtout à l’arrière. Les avancées techniques proposées ne sont pas aussi poussées, et la présentation, pas aussi léchée que celle de la Volvo. Ça reste une solution de rechange intéressante, en revanche.

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