À l’étude

La biodiversité pour contrer l’asthme

On savait que les milieux trop aseptisés prédisposent à l’asthme. Des chercheurs américains affirment maintenant qu’être entouré d’une diversité de plantes protège également contre cette maladie. Nos explications.

Le contexte

Depuis une vingtaine d’années, la « théorie de l’hygiène » s’est imposée dans le monde de l’asthme. Elle postule que l’augmentation de la prévalence de l’asthme chez les enfants est causée par la trop grande propreté de la vie moderne. « Il y a moins d’asthme dans les campagnes, les villes polluées et les familles qui ont des animaux de compagnie, explique Geoffrey Donovan, épidémiologiste au Service de la forêt du gouvernement américain, qui est l’auteur principal de l’étude publiée au début de mai dans la revue Nature Plants. Les enfants qui ont des frères et sœurs ont aussi moins de risque d’asthme. La présence de microbes dans l’environnement influence le type de microbes dans les voies respiratoires et le système gastro-intestinal. Ça a un impact sur comment le système immunitaire réagit. »

La genèse

Au cours d’un séjour à l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, M. Donovan a découvert une base de données unique au monde, qui permettait d’approfondir l’étude de la théorie de l’hygiène. « J’ai réalisé qu’on pouvait aussi tenir compte du pollen et des résidus végétaux dans l’air ambiant, pas seulement des microbes. La Nouvelle-Zélande a des données très précises sur ses citoyens, qui permettent de lier l’évolution de leur santé à leur lieu de résidence et à plusieurs caractéristiques démographiques. La base de données tient notamment compte du niveau de végétation de chaque quartier, sur une échelle de 34. C’est très précis. » Les chercheurs américains et néo-zélandais ont analysé les dossiers de 50 000 Néo-Zélandais nés en 1998 et suivis jusqu’en 2016. Ils ont évalué non seulement le niveau de végétation, mais aussi la diversité en espèces de plantes et arbres, grâce à des photos satellites.

Ce que révèle l’étude

En comparant les enfants ayant grandi dans les environnements les plus verts (le premier percentile de végétation) à ceux qui vivaient dans l’asphalte et le béton (le tout dernier percentile), le risque d’asthme était 40 % moins élevé pour ceux entourés de végétation. La diversité des plantes était encore plus prédictive du risque d’asthme. « Moins il y a de végétation, et moins il y a d’espèces de plantes et d’arbres, plus le risque d’asthme est élevé, explique l’épidémiologiste de l’Oregon. Le seul type de plantes qui augmentait le risque d’asthme était des types de conifères très odoriférants. »

Et maintenant ?

Il faut maintenant vérifier si la végétation est liée à l’asthme en tant que tel, ou s’il ne s’agit que d’un indice d’hygiène générale. « Une étude scandinave a montré que plus une région a de biodiversité végétale, plus elle contient les microbes qu’on a liés à la théorie de l’hygiène pour l’asthme, dit M. Donovan. Nous voulons faire des études en laboratoire pour voir si les microbes des voies respiratoires et du système digestif réagissent à la présence de pollen et de résidus végétaux dans l’air. » Une autre expérience intéressante serait de voir si les familles qui ont beaucoup de plantes domestiques dans la maison ont moins de risque d’asthme chez leurs enfants.

« Quand on a une plante à la maison, on est en contact très proche avec elle, dit M. Donovan. C’est comme la présence d’un seul chien, qui a un effet protecteur similaire à celui de vivre à la ferme. Si les plantes domestiques ont un effet sur le risque d’asthme, ça sera une bonne nouvelle pour les chercheurs. Si on veut tester des interventions, il est plus facile de mettre quelques plantes dans une maison que de faire pousser une forêt à côté. »

CHIFFRES

24 % des Québécois âgés de 10 ans étaient asthmatiques en 2008

11 % des Québécois âgés de 12-24 ans étaient asthmatiques en 2014

8 % des Québécois âgés de 25-44 ans étaient asthmatiques en 2014

Sources : MSSS, ISQ

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