Stars–Canadien

Trouble-fête

Grâce à une victoire contre les Stars de Dallas, le Tricolore fait oublier un piètre voyage de six matchs, mais surtout, gâche le retour fort attendu d’Alexander Radulov au Centre Bell.

Analyse

Niemi mène la charge

Klingberg, Seguin, Seguin, Seguin, Benn, Seguin…. Voici la liste de ceux qui ont tiré sur Antti Niemi dans les deux dernières minutes du match. Le Canadien se défendait à six contre quatre après une pénalité à Brett Lernout, puis dans un très rare six contre trois après la pénalité à Byron Froese.

Le gardien a fait tous les arrêts. Le style n’avait plus aucune importance. Le plus spectaculaire, certainement, avec le pommeau de son bâton sur Tyler Seguin. Le Canadien a donc pu l’emporter 4-2 contre les Stars.

Niemi avait aussi cédé une seule fois lors d’un barrage de 15 tirs en première période. Sans lui, sans ses arrêts, on oublie peut-être Artturi Lehkonen qui crée l’égalité en fin de première période. Peut-être que les pénalités à Dan Hamhuis et à Radek Faksa, pendant lesquelles le Canadien a marqué deux fois en deuxième période, n’existent même pas. Quand le match est hors de portée, c’est la nature humaine, parfois, de moins y croire.

L’histoire de Niemi mérite qu’on s’y attarde un peu. Les Stars ont racheté son contrat à l’été. Il a ensuite été placé au ballottage sans cérémonie par les Penguins, puis par les Panthers. Aucune surprise là, il était simplement atroce.

Le Canadien a réclamé celui que personne ne voulait. On est tous restés un peu estomaqués de voir arriver un gardien dont l’efficacité était de ,822. Et que dire de sa moyenne ? 6,74. Marc Bergevin nous avait juré qu’avec le bon encadrement, lire ici Stéphane Waite, il retrouverait ses repères. Le DG s’est trompé souvent cette saison, mais là-dessus, il a visé dans le mille.

« C’est le genre de match qui est très bon pour la confiance, je dois l’avouer, a dit Niemi au sujet de la victoire contre l’équipe avec laquelle il était devenu persona non grata. Je travaille très fort sur certains aspects de mon jeu lors des entraînements en compagnie de Stéphane Waite, et ça doit donner des résultats. » 

« En plus, une victoire comme ça contre mon ancienne équipe, c’est toujours quelque chose de plaisant. »

— Le gardien de but Antti Niemi

Niemi n’est pas le plus orthodoxe des gardiens. Sa technique ne sera jamais enseignée dans les écoles. Mais elle fonctionne. Sa combativité inspire ses coéquipiers, qui ont décidé d’offrir à leur gardien un cadeau de remerciement contre son ancienne équipe. On aurait pu croire qu’après la blessure de Carey Price, Niemi se ferait sacrifier derrière une équipe décimée. Plutôt, il se pose en candidat pour le Canadien au trophée Bill-Masterton et, surtout, il plaide sa cause pour prolonger sa carrière d’une saison.

Claude Julien a laissé échapper il y a quelques semaines que le jeu de Niemi forcerait peut-être l’équipe à se poser des questions à la fin de la saison. La remarque a fait sourciller sur le coup. Après réflexion, Charlie Lindgren a tout intérêt à se ressaisir, et vite.

combinaisons gagnantes pour Drouin et Galchenyuk

Antti Niemi a permis à ses coéquipiers de briller dans un match émotif. Après tout, le retour d’Alex Radulov à Montréal était un événement en soi. D’abord en raison de sa belle saison à Dallas, mais surtout parce qu’il a manqué cruellement au Canadien et à Max Pacioretty.

Jonathan Drouin et Alex Galchenyuk, pour ne nommer qu’eux, ont compris l’importance du moment. Surtout que Claude Julien semble leur avoir trouvé des combinaisons gagnantes depuis leur séparation, probablement définitive.

Drouin n’a jamais eu autant d’aisance que depuis qu’il est avec Paul Byron et Brendan Gallagher.

Ses passes en avantage numérique sur les buts de Lehkonen puis de Gallagher étaient de toute beauté. Il a même joué quelques secondes en fin de match à cinq contre trois en raison de son brio sur les mises en jeu (14 en 22). Drouin nous disait qu’il voulait profiter de la fin de saison pour bâtir sa confiance, il passe de la parole aux actes.

« C’est le meilleur trio avec lequel il a été placé, parce que ce sont des travaillants, a dit Julien. Ce qui ressort est que Jonathan patine mieux avec eux. Le rythme de leur match s’est amélioré. Ce soir, Jonathan a travaillé fort dans les deux sens. Tu espères bâtir sur des soirées comme ça. »

Galchenyuk aussi semble avoir trouvé chaussure à son pied avec Jacob De La Rose et Lehkonen. C’est un seul match, mais comme il n’en reste que 12 d’ici la fin de la saison, ils comptent tous plus que jamais. Surtout si le Canadien ne veut plus revivre une saison comme celle-ci.

Ils ont dit

« C’est de notre faute »

« On s’est placés dans cette situation, c’est de notre faute. On doit faire mieux demain. Il y a eu une ou deux présences que j’ai trouvées spéciales au Centre Bell, mais après, c’était normal. Les pénalités nous ont tués, c’est de notre faute, cette défaite. »

— Alexander Radulov

« Je suis content pour lui. Je sais à quel point il travaille fort et à quel point les derniers mois ont été difficiles. Dommage qu’il ait eu un si bon match contre nous. On se parle encore parfois. Sa femme vit juste à côté de chez nous. J’imagine que ça a été une soirée difficile pour nos femmes. »

— Kari Lehtonen sur Antti Niemi

« Ça fait déjà plusieurs fois qu’on voit très bien ce qu’il est capable de faire, alors cette performance n’est pas une surprise pour nous. Disons qu’on commence à être habitués à le voir offrir ce genre de performance. »

— Jonathan Drouin sur Antti Niemi

« Je vois une équipe avec beaucoup de jeunes, avec de l’inexpérience, mais je vois l’effort tous les matchs. Avant le match, j’ai dit : ‟Si ça ne fait pas mal à la fin du match, avec un troisième match en quatre soirs, c’est qu’on n’a pas assez donné.” Ce soir, il y en a beaucoup qui ont mal. »

— Claude Julien

« Je pensais que c’était une mise en échec légale sur le coup. Mais les deux coups de poing qui ont suivi [de la part de Greg Pateryn], c’est inacceptable. Je ne sais pas quel type de gars Pateryn est, mais ce n’est pas le genre de chose que tu veux voir. Et on me dit que [Shaw] était déjà dans les pommes en plus à ce moment-là… alors c’est encore pire. C’est comme de l’UFC. »

— Karl Alzner sur Andrew Shaw

« Ce sont des choses que tu ne veux pas voir. J’étais en cr***. J'ai parlé à Pateryn après son coup sur Shaw quand j'étais au banc des pénalités. Il a marmonné un peu, je ne pense pas qu’il voulait s’expliquer. »

— Nicolas Deslauriers sur Greg Pateryn

« Tous les gars de cette équipe n’ont pas hésité à se sacrifier pour la cause [hier] soir. On appelle ça une très belle victoire d’équipe, et on voulait donner une victoire à nos partisans contre une bonne équipe. »

— Artturi Lehkonen

Propos recueillis par Richard Labbé et Jean-François Tremblay, La Presse

Dans le détail

Shaw sonné solide

Ce n’est jamais bon signe quand un joueur reste étendu sur la glace, et ce l’est encore moins quand ce joueur est un joueur comme Andrew Shaw, qui a des antécédents de commotions cérébrales. Ainsi, Shaw est resté longtemps sur la glace en troisième période hier soir, après une collision avec le défenseur Greg Pateryn. L’attaquant du Canadien a eu besoin d’aide pour quitter la patinoire, et ne semblait pas être tout à fait conscient de son entourage au moment où il le faisait. Pire, Pateryn l’a frappé alors qu’il était déjà au sol. Après le match, le défenseur des Stars ne s’est pas confondu en excuses, mais pas du tout. « Il m’a pris pour cible, a commencé par dire Pateryn. Il y a une raison pour laquelle un gars comme ça se retrouve avec quatre ou cinq commotions cérébrales par année. Son style de jeu en dit long sur lui. Il s’est retrouvé dans les pommes dès qu’il m’a frappé, il s’est mis K.-O. lui-même en me frappant. Je ne me suis rendu compte de rien avant de le voir étendu sur la glace avec ses yeux derrière la tête. Quand tu joues de cette façon, c’est ce qui arrive parfois. » En fin de soirée, Claude Julien n’a pas été en mesure de dire si Shaw avait effectivement subi une commotion cérébrale sur ce jeu. Rappelons que l’attaquant en avait subi deux la saison dernière, et qu’il avait ensuite eu à composer avec des symptômes de commotion pendant plusieurs mois.

Dans le détail

Weber sur la touche pour six mois

Le Canadien a annoncé hier que Shea Weber avait subi avec succès une opération au pied gauche, visant à soigner une blessure aux tendons. À la suite de cette opération, Weber devrait être au repos pour une période de six mois, ce qui signifie qu’il devrait être prêt pour prendre part au camp d’entraînement avec le reste de l’équipe, au mois de septembre, s’il n’y a pas de complications. Une question, toutefois : dans quel état sera-t-il à ce moment-là ? Weber, après tout, ne pourra sans doute pas suivre un programme de remise en forme cet été, ce qui veut dire qu’il risque d’afficher un peu de rouille au moment de revenir à Brossard en septembre avec ses coéquipiers. Enfin, ajoutons que l’opération a été effectuée à Green Bay par le docteur Robert Anderson, qui n’était pas disponible avant cette semaine. Cela explique pourquoi Weber a dû attendre quelques semaines avant d’être opéré, même si l’équipe avait annoncé que sa saison était terminée le 22 février.

Dans le détail

Lehkonen par séries de deux

Artturi Lehkonen ne marque pas souvent au cours de cette saison de misère, mais quand il le fait, c’est à coup de deux. Ainsi donc, l’attaquant finlandais a profité du passage des Stars de Dallas hier soir au Centre Bell pour marquer ses septième et huitième buts de la saison. Pour lui, il s’agissait d’un troisième match de deux buts cette saison… et d’un premier match de deux buts contre une équipe autre que les Sénateurs d’Ottawa. Par ailleurs, cette dernière récolte lui donne maintenant trois buts à ses trois derniers matchs, et lui permet de penser à 2017-2018 avec un peu d’optimisme. « C’est quelque chose qui fait du bien pour la confiance, a-t-il admis hier soir. C’est sûr que de pouvoir marquer des buts dans une victoire comme ça, ça fait toujours le plus grand bien. »

Alexander Radulov

Applaudissements… et quelques huées

En début de match, hier soir au Centre Bell, l’écran géant a montré l’image d’Alexander Radulov grimaçant, qui regardait vers le haut et qui a rapidement baissé les yeux en constatant qu’on le voyait.

Cette image de Radulov à l’écran, affichée durant quelques secondes seulement, a rappelé à quel point ce joueur, pourtant parti depuis l’été dernier, n’a pas encore été oublié par ici. L’attaquant russe a été accueilli par des applaudissements assez polis, et aussi quelques huées quand il a touché à la rondelle.

C’est toujours ce qu’il a aimé quand il a joué ici, même si ce fut bref, le temps d’une seule saison : il a toujours aimé que le hockey fasse partie du quotidien de la ville.

« Tout tourne autour du hockey ici, les gens sont vraiment passionnés, avait-il fait savoir après l’entraînement du matin au Centre Bell. J’aime tous les fans, c’est pourquoi je joue au hockey. Alors tout ce que je veux pour ce soir, c’est de donner un bon spectacle, c’est ce que les fans veulent. »

À l’heure actuelle, il manque bien des choses au Canadien, mais il manque sans doute un peu de Radulov, deuxième marqueur chez les Stars cette saison, avec une récolte de 60 points en 69 rencontres avant la rencontre d’hier soir.

Son départ pour Dallas l’été dernier, en pleine autonomie, se sera fait de manière bruyante, avec un Canadien incapable de battre l’offre des Stars, établie à 31,2 millions de dollars sur cinq ans.

Cette décision du directeur général Marc Bergevin n’a pas fini de faire jaser, d’autant plus que Radulov a déjà laissé entendre avoir ressenti un manque de respect lors des discussions qui ont précédé son départ.

« On ne peut pas revenir en arrière et changer les choses. »

— Alexander Radulov à propos de son départ de Montréal

« Je me tiens au courant de ce qui se passe avec le Canadien. On ne veut pas que personne se blesse, et je sais que l’équipe a eu des ennuis toute la saison avec des blessures. Je me tiens au courant, je suis un gars de hockey… »

Radulov a manqué au Canadien cette saison, mais il a surtout manqué à Max Pacioretty ; en fait, la saison dernière, le joueur russe avait obtenu une passe sur 13 buts signés Pacioretty. Sur un total de 35 buts, cela représente 37 % des buts du capitaine en 2016-2017 !

Mais Radulov refuse de s’accorder une trop grande importance. « Nous nous complétions bien, nous avions une bonne cohésion, mais les succès obtenus, ce n’était pas juste grâce à moi », s’est-il contenté de dire à ce sujet.

Chez les Stars, évidemment, on pense avoir pris une très bonne décision dans ce dossier.

« Nous estimions qu’il avait un état d’esprit contagieux dont nous allions avoir besoin pour aider notre équipe, a expliqué l’entraîneur Ken Hitchcock. Nous avions besoin de ça pour nous permettre de progresser. »

« Lui, c’est comme s’il était d’une autre époque ; il est consommé par le hockey, il est au courant de tout ce qui se passe dans cette ligue. Il connaît tous les joueurs. »

— Ken Hitchcock à propos d’Alexander Radulov

« Je sais qu’il aimait jouer ici à Montréal. Il aimait beaucoup jouer ici. Il aimait l’intensité générée par le hockey dans la ville. Mais c’est ce qui arrive quand tu deviens joueur autonome : tu peux faire des choix ; mais oui, il aimait ça ici, il aimait l’ambiance. Il aimait que le hockey soit une priorité. »

C’est d’ailleurs Hitchcock lui-même qui a fini par convaincre Radulov de déménager l’été dernier. Après ces discussions avec l’entraîneur-chef des Stars, Radulov a rapidement signifié au Canadien que c’était terminé.

« J’avais un avantage ; j’avais coaché contre lui en plus d’habiter juste à côté de lui lors des Jeux de Sotchi [en 2014], a ajouté Hitchcock. Je le voyais chaque jour, alors on avait beaucoup d’information sur lui pendant quelques années, sur son impact. J’allais voir les Russes à l’entraînement juste pour lui. On est partis de Sotchi en sachant qu’il allait devenir un joueur d’impact dans la LNH si jamais il choisissait d’y revenir, entre autres à cause de sa manière de s’entraîner. »

Ken Hitchcock, comique à ses heures, a aussi admis qu’il avait pris le dossier en charge. « Je suis un bon vendeur ! Cet été, je savais où il était en Russie, en Italie, alors je l’ai pourchassé, et je ne l’ai pas lâché. »

Une décision que les Stars et Hitchcock, de toute évidence, ne regrettent pas.

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