DES DOUANIERS DE L’ AÉROPORT EN RENFORT À LACOLLE

L’envoi de douaniers en renfort à Saint-Bernard-de-Lacolle peut entraîner des retards pour les voyageurs qui entrent au Québec à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal ou par les postes frontaliers terrestres, dénonce le Syndicat des douanes et de l’immigration.

Pas de nouvelles ressources

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a commencé à réaffecter ses agents au Québec afin de pouvoir gérer la hausse du nombre de demandeurs d’asile qui entrent au Canada par le chemin Roxham, en Montérégie. Cela occasionnera des retards aux autres points d’entrée au pays cet été, prévient Jean-Pierre Fortin, président national du Syndicat des douanes et de l’immigration. « Depuis un an et demi, on demande à l’ASFC d’engager de nouvelles ressources pour répondre à cette demande, dit-il en entrevue. Ils n’ont pas engagé, alors ils sont pris de court. Ils envoient des ressources déjà existantes, de Toronto, de Montréal-Trudeau, de l’Atlantique, du Pacifique, des Prairies… »

Vers des engorgements ?

M. Fortin note que le temps d’attente à la douane pourrait grimper au cours des prochains mois. « Quand on déshabille Paul pour habiller Jean, il y a des conséquences. On va faire grimper les temps d’attente ailleurs au pays. Je peux vous confirmer qu’il y a déjà des gens de Montréal-Trudeau qui travaillent à Lacolle. » La période estivale est très occupée pour les douaniers, tant dans les aéroports qu’aux postes frontaliers terrestres. « Les gens vont dans le Maine, les familles voyagent, c’est tout à fait normal, c’est le temps des vacances. » À certains postes frontaliers terrestres du sud de l’Ontario, l’été dernier, il y avait souvent « deux ou trois agents dans des guérites, sur une possibilité de douze », une situation qui risque de se répéter cet été, note M. Fortin.

Ottawa doit embaucher, dit le NPD

Pour Matthew Dubé, député de Beloeil-Chambly et porte-parole du NPD en matière de sécurité publique, le gouvernement devrait embaucher davantage de douaniers. « Les ressources que l’on a à la frontière ne sont pas suffisantes, c’est clair, dit-il. Nous demandons depuis le début de 2017 que le gouvernement annule les suppressions faites par les conservateurs sous le gouvernement précédent, qui avait aboli plus de 1000 postes chez les douaniers. » Déplacer des douaniers ne réglera pas le problème, dit-il. « Ça cause des ralentissements et des retards pour les autres voyageurs. Durant l’été 2016, il y avait des temps d’attente infernaux à la douane de l’aéroport Montréal-Trudeau, et ce sont les douaniers qui écopent quand ça arrive. C’est causer un problème pour tenter d’en régler un autre. » 

Une crise qui dure

Pour Jean-Pierre Fortin, la crise des demandeurs d’asile à laquelle on assiste n’est pas sur le point de se régler. « Ça ne va pas se résorber dans les prochains jours, mois, ou même années. Beaucoup de permis temporaires de résidence aux États-Unis distribués durant l’ère Obama vont prendre fin en septembre 2019. » L’an dernier, près de 25 000 personnes ont déposé une demande d’asile au Québec, alors qu’elles étaient moins de 5000 à le faire l’année précédente. En date d’avril 2018, quelque 9615 demandes avaient été faites depuis le début de l’année, ce qui laisse croire aux autorités que le record de l’an dernier pourrait être dépassé cette année. Le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, a récemment dit que les arrivées pourraient grimper jusqu’à 400 personnes par jour cet été. Un grand nombre de ces demandeurs d’asile n’entendent pas rester au Québec et vont directement en Ontario ou ailleurs après avoir été vus par les autorités, a-t-il dit.

Aucune incidence directe, selon l’ASFC 

La réaffectation d’agents des services frontaliers à Saint-Bernard-de-Lacolle pour aider à gérer les passages frontaliers irréguliers n’a aucune incidence directe sur les opérations à l’aéroport Pearson et à l’aéroport Montréal-Trudeau, explique Jayden Robertson, porte-parole de Agence des services frontaliers du Canada. « Nous utilisons au mieux toutes les options disponibles : nous nous assurons de disposer constamment d’un nombre suffisant d’agents formés, par le recours aux heures supplémentaires et à la réaffectation d’agents à court terme, afin de réduire autant que possible les conséquences opérationnelles. » L’objectif à l’aéroport international Pearson et à l’aéroport international Montréal-Trudeau est un temps d’attente inférieur à 20 minutes, note l'ASFC. « Nous respectons [...] cette norme [...] dans 95 % des cas à l’aéroport international Pearson, et 99 % des cas pour l’année fiscale 2017-2018 à l’aéroport international Montréal-Trudeau.» L’ASFC traite en moyenne 40 000 voyageurs par jour à l’aéroport Pearson et 20 000 voyageurs par jour à l’aéroport Montréal-Trudeau.

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