politique

Tour d’horizon de l’actualité sur la scène politique fédérale.

Rencontre Trudeau–Macron à Paris

« Nous partageons les mêmes priorités »

paris — L’ambassade du Canada à Paris déménage, mais les relations entre Justin Trudeau et Emmanuel Macron ne changent pas.

Pour la toute première visite officielle du premier ministre du Canada en France, les deux hommes d’État ont confirmé leur complicité hier après-midi, lors d’une conférence de presse commune donnée à l’Élysée, où il a été question de libre-échange, de réchauffement climatique et de la mission de l’ONU au Mali.

« Nous avons une convergence de vues très forte », a déclaré le président de la République française, tandis que Trudeau évoquait le « partage d’une vision ambitieuse de la relation franco-canadienne ».

Ce renouvellement des vœux, prononcés pour la première fois lors du G20 l’été dernier, ne surprend pas. En plus d’être de la même génération (Trudeau a 46 ans, Macron, 40 ans), les deux dirigeants ont en commun une certaine idée du libéralisme économique.

Lors de leur allocution, ils n’ont pas manqué de souligner les effets « déjà » bénéfiques du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA) même si ce traité ne fait pas l’unanimité en Europe, où on l’accuse notamment de favoriser le dumping social. L’accord est entré en vigueur en septembre dernier, à défaut d’être définitivement voté par les 43 assemblées nationales de l’UE.

« Tout accord peut être amélioré et sera amélioré au fil des années. Si l’Europe ne signe pas un accord commercial avec le Canada, avec quel pays l’Europe voudrait-elle signer un accord ? Nous partageons les mêmes priorités, les mêmes préoccupations .»

— Justin Trudeau

Au même moment, M. Macron vantait « un traité qui correspond à nos valeurs », conciliant économie et enjeux environnementaux, sociaux et sanitaires.

« Déjà, on voit la création d’emplois, des opportunités pour vos agriculteurs de vendre plus de fromages au Canada », a assuré M. Trudeau, évoquant un accord « moderne et progressiste ».

Front commun et paradoxes

Même alignement sur la question du réchauffement climatique, alors que Macron et Trudeau ont successivement parlé d’une « réponse coordonnée » et d’une « collaboration plus intensive » en vue de « défendre » la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, signé en 2015. Une déclaration pour le moins ironique, alors que M. Trudeau est actuellement dénoncé chez lui pour son soutien au prolongement de l’oléoduc pétrolier entre l’Alberta et le port de Vancouver, qui est en train de faire tache d’huile et que les écologistes voient comme un désastre annoncé.

Justin Trudeau a par ailleurs assuré la France de la poursuite de l’engagement canadien au sein de la force onusienne au Mali (MINUSMA), rappelant « le désir des Canadiens de se réengager au sein des opérations de paix menées par l’ONU ». Une promesse qui survient deux jours après que le Canada eut annoncé son soutien aux frappes menées conjointement par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en Syrie… sans mandat de l’ONU.

Une nouvelle ambassade

Plus tard en soirée, le premier ministre canadien s’est exprimé à l’ouverture officielle de la nouvelle ambassade du Canada à Paris, devant un aréopage de personnalités politiques canadiennes et françaises, dont les ministres canadiens Catherine McKenna, Mélanie Joly et François-Philippe Champagne, l’ancien premier ministre français Alain Juppé, la ministre française Marlène Schiappa, la secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean et la nouvelle ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon.

L’ambassade du Canada en France sera désormais située au 130, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à un jet de pierre de l’ambassade du Royaume-Uni et à deux coins de rue de l’Élysée. L’ancienne ambassade, installée depuis le début des années 50 rue Montaigne, près des Champs-Élysées, « ne remplissait plus les exigences de sécurité et de santé », a expliqué à La Presse Marc Monette, directeur exécutif du projet.

Malgré sa « vétusté », l’ancien édifice aurait été vendu pour la modique somme de 235 millions d’euros, engendrant un surplus de 100 millions, selon M. Monette, après achat et modernisation du nouvel édifice. La nouvelle ambassade abritera également le Centre culturel canadien à Paris.

Johnny, pas Justin

À noter que la visite de Justin Trudeau à Paris a causé très peu d’émoi dans les médias français, manifestement plus intéressés par de nouveaux soubresauts dans le feuilleton sur l’héritage de Johnny Hallyday ou par la performance d’Emmanuel Macron lors d’un long interrogatoire télévisé subi la veille.

France Inter a rappelé que l’étoile du premier ministre canadien avait bien « pâli », tandis que Libération insistait surtout sur la polémique autour de l’oléoduc et le « retard » pris par le Canada quant à ses engagements climatiques. Le Figaro, enfin, voit cette visite de deux jours en France comme l’occasion pour M. Trudeau de « réparer son image », après le fiasco de sa dernière mission en Inde.

Justin Trudeau rencontrera aujourd’hui le premier ministre français Édouard Philippe, avant de prononcer un discours à l’Assemblée nationale, une première pour un premier ministre du Canada. Depuis le début de la Ve République, seuls 20 responsables étrangers ont eu cet honneur, le plus récent étant le roi Felipe VI d’Espagne.

M. Trudeau part ce soir pour une visite de trois jours à Londres, où il participera notamment à une réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth.

— Avec l’Agence France-Presse

Projet d’oléoduc Trans Mountain

La tension grimpe de plusieurs crans

ottawa — La tension a monté de plusieurs crans hier dans le dossier de l’oléoduc Trans Mountain, avec la tenue d’un débat d’urgence en soirée à la Chambre des communes et l’adoption d’une loi inédite en Alberta qui pourrait réduire les approvisionnements en pétrole de la Colombie-Britannique.

Le président de la Chambre, Geoff Regan, a acquiescé à la demande de la députée conservatrice de l’Alberta Shannon Stubbs qui a fait valoir que des milliers d’emplois et des millions de dollars pour l’économie canadienne étaient en jeu. C’est la deuxième fois en deux mois que les conservateurs demandaient un débat d’urgence sur le projet, mais leur première requête avait été rejetée.

Les élus de tous les partis ont débattu avec émotion au sujet du projet de 7,4 milliards piloté par Kinder Morgan dont l’avenir est aujourd’hui menacé. L’entreprise texane a causé la surprise la semaine dernière en annonçant la suspension de tous les investissements non essentiels à son projet jusqu’au 31 mai.

« Ce qu’on voit ici est une compétition entre le gouvernement et l’opposition officielle, qui cherchent à déterminer qui est le plus ardent promoteur du projet, sans tenir compte de ce que pense la population de la Colombie-Britannique ! », a déploré le leader parlementaire néo-démocrate Guy Caron pendant les échanges.

Pour justifier sa décision de suspendre ses investissements, Kinder Morgan a invoqué l’incertitude causée par le nouveau gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique, inquiet des conséquences environnementales de ce projet. L’entreprise exige des garanties claires avant de poursuivre – ou pas – l’agrandissement de Trans Mountain.

Crise nationale

La société a déjà injecté plus de 1 milliard pour tripler la capacité de son oléoduc entre les sables bitumineux et le port de Vancouver. Ce projet, qui a déjà reçu plusieurs approbations réglementaires, est jugé d’intérêt national par le gouvernement de Justin Trudeau.

Le premier ministre a martelé son intention d’utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour permettre au chantier d’aller de l’avant. Son ministre des Finances Bill Morneau a entamé des discussions avec Kinder Morgan en vue d’un potentiel investissement public dans l’oléoduc. Ottawa envisage aussi de déposer un projet de loi pour réaffirmer l’autorité fédérale dans ce domaine.

L’Alberta a quant à elle promis de remuer ciel et terre pour garantir cet investissement. Et elle a tenu parole : les députés albertains ont adopté hier en première lecture une loi donnant les pouvoirs à la province de réduire les livraisons de carburants à la Colombie-Britannique voisine.

Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley pourra ainsi contrôler la quantité d’essence et de diesel qui transite entre l’Alberta et la province récalcitrante. « Ce projet de loi envoie un message clair : nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour défendre les Albertains et pour défendre nos ressources », a-t-elle lancé hier.

Craignant une forte hausse des prix de l’essence à court terme, la Colombie-Britannique n’a pas tardé à réagir. Le procureur général de la province a menacé de poursuivre l’Alberta hier en fin de journée, affirmant qu’il était inconstitutionnel pour une province d’utiliser sa politique énergétique comme arme de représailles commerciales.

Menaces d’arrestation

Les citoyens qui manifestent illégalement contre l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain seront arrêtés par les forces de l’ordre, a par ailleurs menacé hier le ministre des Ressources naturelles Jim Carr.

« Les gens qui enfreignent la loi seront arrêtés, ils ont déjà été arrêtés et s’ils continuent à choisir d’enfreindre la loi, ils seront sans aucun doute encore arrêtés, a lancé M. Carr en entrevue à l’émission Power Play de CTV. On a deux membres du Parlement qui ont choisi d’être arrêtés. Ça fait partie de la façon dont notre système fonctionne. »

La chef du Parti vert Elizabeth May et le député néo-démocrate Kennedy Stewart comptent parmi les dizaines de personnes arrêtées pendant des manifestations contre le projet d’expansion de Kinder Morgan, en mars dernier, en Colombie-Britannique. Les deux politiciens feront face à des accusations criminelles pour avoir violé une injonction interdisant de manifester à moins de cinq mètres du chantier, a-t-on appris hier.

Au total, près de 200 manifestants ont été arrêtés ces derniers mois en Colombie-Britannique. Et le mouvement d’opposition envers le projet de 7,4 milliards de l’entreprise texane semble bien loin de vouloir faiblir, bien au contraire.

Rentrée à Ottawa

La crise autour de Trans Mountain a dominé les discussions hier au Parlement, à Ottawa, où les élus rentraient après deux semaines de pause. Le chef conservateur Andrew Scheer a lancé une attaque directe contre le gouvernement Trudeau, qui aurait selon lui dû agir dès l’élection d’un gouvernement « hostile » à l’oléoduc en Colombie-Britannique, il y a 10 mois.

« Pourquoi le premier ministre attend-il toujours qu’il soit minuit moins une pour s’attarder à ces enjeux critiques pour le développement économique ? », a-t-il lancé.

Piqué au vif, le ministre Jim Carr a énuméré les différents gestes faits par son gouvernement depuis la semaine dernière pour assurer la survie du projet de Kinder Morgan. « Cet oléoduc sera construit », a-t-il affirmé.

Plus tôt dans la journée, la chef du Parti vert Elizabeth May a dénoncé « l’hystérie » qui s’est emparée des politiciens depuis l’annonce faite par Kinder Morgan la semaine dernière. Elle a fait valoir que la viabilité de ce projet de 7,4 milliards n’avait jamais été démontrée. Elle a en outre déploré l’investissement public qui pourrait être fait en pure perte par Ottawa.

Des leaders autochtones ont aussi rappelé leur vive opposition à l’agrandissement de Trans Mountain ces derniers jours, et promis d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour empêcher sa réalisation.

— Avec La Presse canadienne

Voyage en Inde de Trudeau

Daniel Jean voulait rectifier la « désinformation »

Le voyage de Justin Trudeau en Inde est revenu à l’avant-scène de l’actualité hier à Ottawa, alors que le conseiller à la sécurité nationale Daniel Jean a fourni pour la première fois des explications sur ses interventions controversées auprès de plusieurs médias. M. Jean a comparu pendant une heure devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes. Il a tenté de clarifier la confusion autour de deux invitations lancées à l’ancien terroriste sikh Jaspal Atwal pendant la mission de Justin Trudeau en Inde en février dernier. « Je n’ai suggéré d’aucune manière que le gouvernement de l’Inde est derrière l’invitation, a affirmé hier M. Jean. Je veux que les choses soient très claires, je ne dis pas que nous sommes victimes d’un coup de l’Inde », a-t-il ajouté. Sans blâmer le gouvernement indien, Daniel Jean a avancé qu’il y a des efforts de désinformation qui semblent avoir été coordonnés pour justifier les deux invitations gênantes faites à Jaspal Atwal pendant le voyage de Justin Trudeau. — Maxime Bergeron, La Presse

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