HUGO DUMAS

Veni, vidi, vendredi

Longtemps négligés par les diffuseurs, les vendredis soirs ont pris beaucoup de coffre depuis quelques saisons. C’est dans ce créneau plus relax qu’ont fleuri les succès À la di Stasio, Curieux Bégin, SQ, 911, L’arbitre, Deux hommes en or, Ça finit bien la semaine, Un chef à la cabane et C’est juste de la TV.

Radio-Canada en arrache dans cette case horaire et peine à dénicher une émission attrayante qui s’y enracinerait pour une longue période. Plusieurs titres ont récemment été mis à l’essai, dont Un chef à l’oreille, Stéréo pop, C’est ma toune, Le choc des générations et Après tout, c’est vendredi d’Anne-Marie Dussault, mais rien n’a collé, sauf peut-être Virtuose de Gregory Charles, qui a été renouvelé pour l’hiver 2017.

Depuis la semaine dernière, un nouveau bloc du vendredi, formé par Au suivant ! à 20 h et Les gourmands à 21 h, a été testé par la SRC. Verdict ? Des deux, c’est le jeu-questionnaire piloté par Stéphane Bellavance, fort efficace, qui risque de durer plus longtemps que Le Ti-Mé Show, autre production radio-canadienne du vendredi qui a été sacrifiée.

Au suivant ! dérive du concept Next One ! du géant néerlandais Endemol Shine (Le banquier). La formule a donc été ajustée et peaufinée des centaines de fois avant de débarquer ici. Nous sommes loin de l’époque de Paquet voleur, où à peu près personne ne comprenait comment se jouait le jeu des pastilles à une cenne.

Dans un décor industriel ressemblant à celui de Who Wants to Be a Millionaire, Stéphane Bellavance, très allumé, soumet les (nombreux) candidats à des questions variées de type Quelques arpents de pièges. Dès qu’un d’entre eux se plante, ciao, on passe à l’autre qui attend dans l’enclos à concurrents. C’est dynamique avec un côté sadique pas désagréable du tout.

Le hasard bousille parfois le parcours sans faille de joueurs très calés, comme le documentariste Mathieu, qui a tout perdu par malchance. Ça, c’est fâcheux.

Entre vous et moi, ça fait du bien de voir des gens du public récompensés pour leur vaste culture générale et non parce qu’ils se foutent à poil près d’un spa insalubre.

La ronde finale, où il faut donner la mauvaise réponse, hausse le stress à un niveau extrême. Personnellement, j’ai forcé en même temps que la dernière joueuse en lui criant les bonnes, oups, désolé, en lui hurlant les mauvaises réponses par la tête. Hélas, elle ne m’a pas entendu, mais a tout de même empoché quelques milliers de dollars.

Création québécoise, Les gourmands de Ricardo Larrivée et Francis Reddy s’éparpille dans plusieurs directions sans adopter une ligne directrice claire. Que regardons-nous exactement ? Une production classique de cuisine, avec des recettes de la sympathique Isabelle Deschamps-Plante, découverte aux Chefs  ? Une émission sur les dernières actualités des arts de la table ? Ou un magazine agroalimentaire ?

Les gourmands, c’est comme une grosse pizza sur laquelle on aurait jeté le contenu entier d’un frigo. Il faut élaguer, notamment dans les brèves. On perd le fil tellement les deux animateurs nous en lisent.

Cela dit, le reportage sur l’évènement Outstanding in the Field était intéressant, tout comme l’incursion de Francis Reddy au souper de famille à l’italienne du festival montréalais Yul Eat. La complicité entre les deux copilotes est évidente et on adore les voir rigoler et se taquiner, mais cette formule d’animation assise, avec tablette sous les yeux, les coince drôlement.

En fait, je verrais plus Francis et Ricardo dans une grande cuisine chaleureuse, un verre de vin à la main, sauf que ça ressemblerait trop à Curieux Bégin.

Il y a une clientèle bourgeoise-bohème de plus en plus friande de café haut de gamme, de vins nature et d’expériences gastronomiques surprenantes. C’est à ces cuisinomanes – les fameux foodies – que Les gourmands s’adresse. Il faudra maintenant passer les sujets au tamis pour ne conserver que le meilleur du meilleur. Oui pour le burger du Momofuku. Non au dessert d’enfance d’une vedette.

PETIT MARDI

Le beau temps qui perdure, mais qui achève selon Météomédia, ne fait pas le bonheur des grandes chaînes de télévision, qui voient leurs audiences baisser. Mardi soir, il n’y a eu que deux émissions millionnaires, soit J.E. à TVA (1 036 000) et Unité 9 (1 489 000) à Radio-Canada. La première diffusion d’Histoires en cour de TVA (813 000) a surpassé de justesse La facture de Radio-Canada (798 000). À 21 h, O’ (948 000) a battu Mémoires vives (721 000).

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