Direction du Parti conservateur

Peter MacKay plonge dans la course

Stephen Harper veut barrer la route à Jean Charest

Ottawa — L’ancien ministre de la Justice Peter MacKay a confirmé mercredi qu’il briguait la direction du Parti conservateur. Le député Pierre Poilievre, qui lorgne aussi la direction du parti, passera les trois prochains jours dans la région de Montréal afin de courtiser les militants conservateurs du Québec.

Et l’ancien premier ministre Stephen Harper a causé une certaine commotion en démissionnant du conseil d’administration du fonds du Parti conservateur pour être en mesure de « préserver l’ADN » du parti qu’il a fondé – un geste interprété par certains comme une volonté de sa part de bloquer la route à Jean Charest si celui-ci décide de se lancer dans la course à la succession d’Andrew Scheer.

Certains des acteurs attendus de la course au leadership du Parti conservateur ont commencé à abattre au grand jour mercredi leurs premières cartes maîtresses, trois jours après que les hautes instances eurent annoncé les règles qui encadreront cette campagne de cinq mois, qui connaîtra son dénouement le 27 juin à Toronto.

« J’y vais ! Restez à l’écoute », a annoncé Peter MacKay sur les réseaux sociaux mercredi après-midi, confirmant qu’il souhaitait effectuer un retour en politique fédérale cinq ans après avoir dit vouloir consacrer davantage de temps à sa jeune famille.

M. MacKay, dont la connaissance du français demeure approximative, a joué un rôle clé dans la formation du Parti conservateur moderne. Comme chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, il a orchestré en 2003 une fusion de son parti avec l’Alliance canadienne. Il est alors devenu chef adjoint sous le leadership de Stephen Harper. M. MacKay a ensuite occupé plusieurs postes de ministre au sein des trois gouvernements conservateurs de M. Harper. En plus d’avoir piloté le ministère de la Justice, il a été ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères.

M. MacKay, qui est devenu le premier candidat de marque à confirmer ses intentions, lancera sa campagne en grande pompe la semaine prochaine en Nouvelle-Écosse.

Stephen Harper…

Si cette confirmation était attendue depuis quelques jours, c’est la décision de Stephen Harper de quitter son poste au sein du conseil d’administration du fonds du Parti conservateur qui a par la suite retenu l’attention.

Les membres de ce conseil d’administration doivent s’astreindre à la plus grande neutralité. En quittant ce poste, M. Harper se donne les coudées franches et pourra appuyer un candidat durant la course qui s’amorce. En coulisses, on indique que M. Harper n’a pas l’intention, pour le moment, de faire ouvertement campagne contre Jean Charest. Mais il pourrait contribuer à lui barrer la route en appuyant un autre candidat comme Pierre Poilievre.

« C’est un secret de Polichinelle qu’il y a des différends idéologiques entre M. Harper et M. Charest. Ils sont issus de deux familles idéologiques différentes. C’est clair que M. Harper n’appuierait jamais un candidat comme Jean Charest. »

— Une source

« Cela dit, ce sont deux hommes qui se respectent mutuellement », a-t-on indiqué. « Compte-t-il faire ouvertement campagne contre lui ? Je ne sais pas s’il est rendu là. Mais sa décision de quitter le conseil d’administration le dégage de l’obligation de rester neutre. Cela lui donne une liberté d’action s’il décide de faire campagne en faveur d’un candidat. »

M. Harper est actuellement en visite en Inde. Selon une source conservatrice, M. Harper songeait depuis l’automne dernier à quitter le conseil d’administration du fonds du Parti conservateur.

… et Jean Charest

Jean Charest n’a pas donné suite aux courriels de La Presse au cours des derniers jours. L’ancien premier ministre du Québec, qui a été chef du Parti progressiste-conservateur alors qu’il était sur la scène fédérale de 1993 à 1998, a eu un entretien avec Stephen Harper durant le temps des Fêtes. M. Harper a réagi froidement à l’intention de M. Charest de briguer la direction du Parti conservateur.

« La principale motivation de Stephen Harper est de préserver l’ADN du parti. Le Parti conservateur est un parti qui est véritablement campé au centre droit. Ça prend quelqu’un qui est conservateur, mais qui est aussi pragmatique quand les circonstances l’exigent », a ajouté une source conservatrice.

« Le Parti conservateur aujourd’hui est différent de celui auquel Jean Charest a appartenu dans le passé. »

— Une source conservatrice

Selon nos informations, M. Harper voit d’un bon œil la candidature de Pierre Poilievre, mieux en mesure selon lui de préserver les grands principes du Parti conservateur actuel. Plusieurs anciens proches collaborateurs de M. Harper – Jenny Byrne, Kory Teneycke – appuient Pierre Poilievre. L’ancien ministre des Affaires étrangères John Baird, qui était l’homme de confiance de Stephen Harper, est aussi dans son camp.

Pour l’heure, la réaction de M. Harper ne semble pas avoir refroidi les ardeurs de Jean Charest, qui pourrait annoncer ses intentions la semaine prochaine. Selon nos informations, M. Charest tente d’obtenir l’appui d’un certain nombre de députés conservateurs du Québec, entre autres, avant de procéder à l’annonce officielle.

En privé, M. Charest a toutefois reconnu qu’il lui serait plus facile de remporter la prochaine campagne électorale contre Justin Trudeau que de remporter la course à la direction du Parti conservateur – une illustration du défi qui l’attend s’il décide de tenter sa chance, comme s’y attendent plusieurs conservateurs influents.

Pour être sur les rangs, un candidat doit verser en tout 300 000 $ – dont une tranche de 100 000 $ remboursable – de frais d’inscription et obtenir 3000 signatures de membres du parti dans au moins sept provinces. La date limite pour l’inscription des candidats est le 27 février.

— Avec La Presse canadienne

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