Tropicana passe du « carton » au plastique

Un geste écolo, dit PepsiCo, une fausse solution, réplique Greenpeace

Les contenants de jus d’orange de la marque Tropicana sont récemment passés du « carton » au plastique. S’agit-il d’une régression ou d’une amélioration, d’un point de vue écologique ? La Presse répond à la question.

« Nouvelle carafe, même bon goût », clame en grosses lettres vertes le site internet de Tropicana.

Le célèbre jus d’orange est désormais vendu dans des contenants de plastique transparent de type polyéthylène téréphtalate (PET). Ils viennent remplacer les contenants multicouches opaques, dits à pignon, composés de carton et de polyéthylène.

La transition, entamée en novembre au Canada, a été terminée en janvier, indique l’entreprise – mais on peut encore apercevoir les anciens contenants dans certaines épiceries –, qui précise l’effectuer à l’échelle mondiale. Mais quel est son impact environnemental ?

PepsiCo Canada, propriétaire de la marque Tropicana, a mis plus d’un mois à répondre aux questions de La Presse.

« Les contenants de plastique PET ont un taux de récupération plus élevé que les emballages en carton dans les programmes de récupération [au Canada] », a répondu Menka Walia, porte-parole de l’entreprise.

Elle ajoute que le plastique PET « est hautement recyclable et compte parmi les matières les plus précieuses collectées dans le cadre des programmes de recyclage ».

Vrai, selon Recyc-Québec, qui rappelle que le plastique PET « trouve preneur » à 94 % au Québec et à 5 % ailleurs en Amérique du Nord, démontre son bilan 2018.

« Au Québec, les conditions de recyclage sont bonnes et nous avons l’assurance que le PET est bien recyclé. »

— Brigitte Geoffroy, de Recyc-Québec

Inversement, les contenants multicouches sont généralement placés dans des ballots de « papier mixte », qui sont exportés dans 88 % des cas.

« Les débouchés sont extrêmement difficiles et on ne connaît pas les conditions de recyclage/valorisation de ces matières en Asie, où elles sont vendues », ajoute la porte-parole de Recyc-Québec.

Elle en conclut qu’en considérant « la fin de vie uniquement », le plastique PET est une avenue plus intéressante que le multicouche dans le contexte québécois, mais souligne qu’une analyse de cycle de vie (ACV) permettrait d’établir des comparaisons pendant toute la durée de vie d’un produit, de l’extraction de la matière jusqu’à sa gestion en fin de vie.

PepsiCo affirme avoir réalisé une telle analyse de cycle de vie pour comparer ses deux types de contenants, mais n’a pas voulu la montrer à La Presse.

Pas une véritable amélioration, déplore Greenpeace

Le remplacement des contenants multicouches par des carafes en plastique, bien que ces dernières se recyclent plus facilement, n’est pas une véritable amélioration, estime Greenpeace Canada.

« Ça n’enlève aucun emballage », souligne Agnès Le Rouzic, chargée de la campagne Océans et Plastique de l’organisation. « Les centres de tri sont pleins et la filière [du recyclage] peine à absorber ces contenants. »

Elle souligne également que les plus petits formats, généralement consommés à l’extérieur du domicile, ont « tendance à se retrouver dans les poubelles » plutôt que dans les bacs de récupération.

« On n’a pas un taux de collecte qui atteint les 100 % de récupération, on est loin de là, alors ces bouteilles sont soit dispersées dans l’environnement, soit enfouies, soit incinérées », dit-elle.

Il ne faut pas non plus oublier « les ressources que ça prend pour fabriquer ce PET », à partir d’hydrocarbures, rappelle Agnès Le Rouzic.

« On a l’impression d’être encore au début des années 2000, quand la crise du plastique n’était pas dans les esprits. »

— Agnès Le Rouzic, de Greenpeace Canada

La « véritable révolution » serait de s’éloigner de la culture du jetable, de privilégier les contenants à remplissage multiple, les fontaines pour que les gens utilisent leurs propres contenants et la consigne, énumère-t-elle.

Sans réglementation forçant les entreprises à tendre vers une plus grande écoresponsabilité, elles ne changeront pas leurs façons de faire, estime Greenpeace.

Tendance dans le secteur

En adoptant le plastique, Tropicana suit par ailleurs une tendance déjà bien amorcée dans le secteur des jus réfrigérés.

« Les études démontrent que la majorité des consommateurs de jus réfrigérés préfèrent les bouteilles de plastique transparentes aux emballages de carton », explique la porte-parole Menka Walia, notamment parce que cet emballage permet de « voir la fraîcheur du jus qui se trouve à l’intérieur ».

« En fait, Tropicana est l’une des dernières marques à effectuer la transition aux bouteilles de plastique PET », poursuit-elle.

L’entreprise québécoise Lassonde a pris le virage au printemps 2018.

« Certains de nos jus réfrigérés de marque Oasis sont ainsi embouteillés dans [des carafes de plastique PET] pour le marché du détail canadien », a déclaré à La Presse Sylvain Morissette, vice-président des communications de l’entreprise.

Lassonde dit avoir fait ce choix en raison des « nombreux avantages » du plastique PET, dont sa recyclabilité, mais l’entreprise reconnaît que ces bouteilles ne sont elles-mêmes pas faites de plastique recyclé.

« L’un de nos engagements en développement durable est d’avoir au moins 20 % de contenu recyclé post-consommation dans nos emballages d’ici 2025 », assure toutefois M. Morissette.

Engagement similaire pour PepsiCo, dont les bouteilles sont entièrement faites de plastique vierge, qui dit vouloir « accroître de 25 % la part de matières recyclées contenue dans [ses] emballages de plastique d’ici 2025 ».

Plastique recyclé pour la mayonnaise Hellmann’s

Ne plus recourir à du plastique vierge pour fabriquer des contenants alimentaires est loin d’être impossible. Depuis janvier, les pots et bouteilles de mayonnaise Hellmann’s vendus au Canada sont entièrement fabriqués de plastique recyclé post-consommation provenant de l’Amérique du Nord, à l’exception des capuchons, couvercles et étiquettes. Hellmann’s avait abandonné les contenants de verre en 2010 au profit de contenants de plastique. « Nous cherchons activement des moyens de fabriquer tous nos emballages à partir de matériaux recyclés à 100 % », a indiqué Louise Hugot, porte-parole d’une firme de relations publiques mandatée par Unilever pour répondre aux questions de La Presse. Hellmann’s n’est d’ailleurs pas la seule marque de l’empire Unilever offerte dans des contenants faits de plastique recyclé, souligne l’entreprise, qui évoque Dove et TRESemme, entre autres.

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