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La vie après l’opium

Pour survivre, de nombreux fermiers mexicains doivent choisir entre l’exode ou la culture du pavot. — Reuters

Dans les montagnes l’État de Guerrero, dans le sud du Mexique, de nombreux villageois et fermiers cultivent des fleurs de pavot pour en revendre l’opium au crime organisé.

Selon une étude publiée en novembre dernier et soutenue par le gouvernement des États-Unis, la superficie de l’exploitation illégale de pavot à opium au Mexique a augmenté de plus de 20 % l’an dernier.

En tenant également compte de l’émergence du fentanyl, une drogue synthétique, le prix de la gomme d’opium a chuté de façon draconienne, si bien que nombre de familles ont désormais de la difficulté à joindre les deux bouts.

Le fermier Santiago Sanchez obtient désormais 260 $ le kilo, soit cinq fois moins qu’il y a deux ans. Même si les principaux trafiquants de drogue continuent de s’enrichir en fournissant leurs clients américains, au bas de la chaîne d’approvisionnement, les villageois en arrachent.

Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a déclaré la semaine dernière que le gouvernement avait « officiellement » mis un terme à sa guerre contre le trafic de drogue. 

Le pays étudie notamment un programme de substitution des cultures, d’assouplissement de l’interdiction et d’amnistie pour les trafiquants de drogue et les agriculteurs, une stratégie visant à offrir aux fermiers une solution de rechange aux cultures illicites.

Les agriculteurs de la région ne se considèrent pas comme des criminels et affirment que les efforts actuels d’éradication de la culture du pavot par l’armée détruisent parfois des cultures licites et alimentaires.

Le prix du blé est désormais soutenu par l’État, dont la tonne a été fixée à 300 $. Mais selon Santiago Sanchez, le remplacement des cultures est une mauvaise solution, car peu de plantes peuvent pousser dans le sol mince, pierreux et irrégulier de la région. 

Certaines terres sont propices à la plantation de manguiers ou d’avocats, mais il faudrait des années pour les faire mûrir. Et l’étroite route de terre reliant le village au monde extérieur rendrait presque impossible le transport de produits volumineux ou délicats vers les marchés.

Selon Arturo Garcia, militant des droits des agriculteurs, les nouvelles idées du gouvernement ne peuvent fonctionner que si un effort réellement soutenu et bien financé est mis en œuvre pour offrir aux résidants un moyen de sortir du commerce de la drogue.

Pour l’instant, à quelques heures de route des hôpitaux ou des écoles les plus proches, les producteurs de pavot affirment avoir le choix entre deux moyens de gagner leur vie : se faufiler illégalement aux États-Unis ou cultiver du pavot.

« Nous ne sommes pas des trafiquants de drogue, nous voulons une vie digne », soutient Nieves Garcia, qui cultive le pavot depuis son enfance et parle une variante de la langue autochtone mixtèque, mais pas l’espagnol. « Mes enfants ont quitté cet endroit car il n’y a aucun moyen d’avancer », dit-elle.

— Reuters

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