relations canado-américaines

D’Ottawa à Québec en passant par la twittosphère, les appuis à Justin Trudeau ont fusé après les salves du président Donald Trump et de son entourage à son endroit.

Relations canado-américaines

Tous derrière Trudeau

Ottawa — La Chambre des communes a répondu par la bouche de ses canons, hier, aux attaques de l’administration Trump visant le premier ministre Justin Trudeau à l’issue du Sommet du G7. Les députés de toutes les allégeances politiques ont appuyé à l’unanimité une motion du Nouveau Parti démocratique (NPD) dénonçant les propos du président américain et de ses proches collaborateurs.

Alors que Donald Trump a réussi à faire l’unanimité contre lui aux Communes après avoir qualifé Justin Trudeau de « malhonnête » et de « faible » parce que le premier ministre avait réitéré samedi, durant une conférence de presse, que les tarifs douaniers américains sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium constituaient « une insulte » et que le Canada « ne se laisserait pas bousculer », plusieurs voix se sont aussi fait entendre aux États-Unis pour dénoncer la salve d’invectives venant de ses proches collaborateurs.

L’ancien ambassadeur des États-Unis au Canada durant l’administration de Barack Obama, Bruce Heyman, a exigé que l’un de ces proches collaborateurs, Peter Navarro, conseiller au commerce du président américain, présente des excuses au premier ministre pour avoir affirmé qu’il y a « une place spéciale en enfer » pour des leaders comme Justin Trudeau qui osent tenir tête à Donald Trump.

« Il y a une place spéciale en enfer pour tout dirigeant étranger qui fait preuve de mauvaise foi diplomatique avec le président Donald J. Trump et qui tente ensuite de le poignarder dans le dos alors qu’il se dirige vers la porte », a affirmé M. Navarro sur les ondes du réseau Fox News, réseau de prédilection du président.

« Aujourd’hui, en tant qu’ancien ambassadeur des États-Unis au Canada, je demande à Peter Navarro de s’excuser formellement et publiquement à Justin Trudeau, et plus important encore, au peuple canadien pour ses remarques insultantes et déplacées [à l’émission] Fox News Sunday ».

— Bruce Heyman, sur son compte Twitter

M. Heyman a répété cette demande durant une série d’entrevues accordées à des médias américains hier.

M. Navarro n’était toutefois pas le seul à s’en prendre de la sorte à M. Trudeau puisque, sur les ondes de CNN, le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, a soutenu que le premier ministre avait carrément « poignardé dans le dos » la délégation américaine en tenant de tels propos, alors que le président américain se préparait à rencontrer le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, à Singapour.

« Il nous a vraiment poignardés dans le dos », a déclaré M. Kudlow à CNN, accusant le premier ministre de tenter d’affaiblir le président américain à quelques heures de sa rencontre historique. « Kim ne doit voir aucune faiblesse américaine », a-t-il poursuivi, laissant aussi entendre que le premier ministre avait mis en péril les négociations visant à moderniser l’Accord de libre-échange nord-américain.

Sans hésitation

Aux Communes, hier, les députés de toutes les formations politiques n’ont pas hésité à se ranger résolument derrière le premier ministre, notamment en adoptant la motion du NPD, déposée tout de suite après la fin de la période des questions. M. Trudeau n’était pas aux Communes, hier, après avoir multiplié les rencontres en marge du Sommet du G7 toute la fin de semaine à La Malbaie.

La motion adoptée par les Communes reconnaît notamment « l’importance de la relation commerciale de longue date et mutuellement bénéfique que le Canada entretient avec les États-Unis d’Amérique » et appuie « les travailleurs et les travailleuses du Canada, ainsi que de leurs communautés, qui dépendent directement ou indirectement de cette relation commerciale ».

Par cette motion, la Chambre signifie aussi son opposition aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium et donne son appui à l’intention du gouvernement canadien d’y répondre en imposant des mesures de représailles.

Mais surtout, cette motion « rejette les déclarations ad hominem désobligeantes faites par des responsables américains qui desservent les relations bilatérales et vont à l’encontre des efforts visant la résolution de ce différend commercial ».

La motion a été parrainée par la députée néo-démocrate d’Essex, en Ontario, Tracey Ramsey, qui représente une circonscription où l’industrie automobile occupe une place importante.

Appuis sans réserve

Dans la foulée de ce sommet marqué par les sorties intempestives de Donald Trump, le gouvernent Trudeau a de nouveau tenté, hier, de calmer le jeu et de maintenir les lignes de communications ouvertes avec les membres de l’administration Trump.

« La frontière entre le Canada et les États-Unis n’a pas changé de place, malgré les propos du président », a souligné une source gouvernementale pour illustrer l’état d’esprit qui règne au sein du gouvernement libéral après la tenue du Sommet du G7.

Dans les rangs libéraux, on se réjouit aussi de voir que tous les partis de l’opposition appuient sans réserve le premier ministre. Même l’ancien premier ministre conservateur, Stephen Harper, a déclaré que les États-Unis se trompent de cible en s’en prenant au Canada.

Les appuis sont également venus des leaders de la communauté internationale.

À Bruxelles, par exemple, le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a déclaré que l’Union européenne (UE) « appuie sans réserve » la déclaration commune publiée samedi à la fin du sommet des leaders des sept puissances économiques (G7).

À Londres, la première ministre britannique, Theresa May, a tenu à remercier M. Trudeau « pour son leadership et sa présidence habiles », d’autant plus qu’il a dû présider un « sommet difficile, avec parfois des discussions très franches ».

Mme May a affirmé que les autres pays du G7 « avaient exprimé leur profonde déception face à la décision injustifiée des États-Unis d’appliquer des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium ».

Politique

Couillard défendra le Québec « coûte que coûte »

Québec — Philippe Couillard s’est engagé hier à défendre « coûte que coûte » l’économie québécoise, qu’il dit menacée par le bras de fer qui oppose le premier ministre fédéral Justin Trudeau et le président américain Donald Trump.

À son arrivée à l’Assemblée nationale, hier, le premier ministre a dit prendre au sérieux les déclarations explosives formulées au cours des derniers jours par le président et son entourage.

« M. Trump lui-même et les gens autour de lui ont multiplié les déclarations qu’on peut qualifier d’agressives autour de l’économie du Québec, que ce soient les métaux, que ce soit la gestion de l’offre en agriculture », a convenu M. Couillard.

« Pour nous, ce sont des secteurs fondamentaux de notre économie, de notre société, a-t-il ajouté. Alors on va les défendre coûte que coûte, avec énormément de détermination. »

M. Couillard s’est rangé résolument derrière son homologue fédéral dans le bras de fer qui l’oppose au président américain.

« Je voudrais apporter mon soutien au premier ministre Trudeau, qui a répondu avec un mélange de fermeté, également sans faire de surenchère verbale. Je pense que dans l’état actuel des lieux, c’est ce qu’il faut faire. »

— Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a pour sa part qualifié d’« inacceptable » la manière dont l’administration Trump a traité M. Trudeau. Il a reconnu qu’une possible guerre commerciale avec les États-Unis constitue un enjeu « sérieux » qu’il compte suivre de près.

« C’est très dommage, mais on est rendus là, a dit M. Leitão. Par contre, je répéterais seulement ce que le président Macron a dit : M. Trump n’est pas éternel. »

Le PQ s’inquiète pour la gestion de l’offre

Au Parti québécois (PQ), le chef Jean-François Lisée s’est dit inquiet hier pour l’avenir du mécanisme de gestion de l’offre en agriculture.

« On voit que le président Trump est obsédé par [cette question], alors que lui-même subventionne de façon éhontée l’agriculture américaine. […] C’est le temps de dire à M. Trudeau qu’on n’acceptera aucun recul supplémentaire sur la gestion de l’offre », a affirmé le chef péquiste. De passage au Saguenay, avant le G7, Justin Trudeau a promis qu’il ne signerait pas un nouvel accord de libre-échange si le président américain attaquait ce système.

Selon Jean-François Lisée, Donald Trump est déraisonnable et agit de façon instinctive. Dans ce contexte de crise, la chose à faire est « d’attendre que ça passe », a-t-il dit hier, évoquant avec espoir les élections de mi-mandat qui auront lieu l’automne prochain aux États-Unis.

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Donald Trump est « un enfant qui occupe une fonction beaucoup trop exigeante pour ses capacités ».

« Ça relance le débat de fond sur ces accords de libre-échange. Comment fait-on pour les renégocier de manière plus juste ? Il y a deux attitudes à avoir : soit on se dit qu’il faut faire survivre un ALENA qui est passablement affaibli, soit on tourne la page [et] on repense de nouveaux accords internationaux plus justes, respectueux des démocraties et plus respectueux de l’environnement », a-t-il affirmé.

Réseaux sociaux

Des Américains disent #merciCanada

Alors que les relations diplomatiques entre les États-Unis et le Canada ont été malmenées par les récents commentaires du président Donald Trump et de ses conseillers, certains Américains ont ressenti le besoin de saluer ce que le Canada a donné à la culture populaire.

De Neil Young et Joni Mitchell à la poutine et à l’« hospitalité nordique », bon nombre des traditionnelles marques de commerce du Canada à l’échelle internationale sont devenues sources de compliments dans les médias sociaux, sous les mots-clics ThankCanada et ThanksCanada.

Ces gestes d’appui sont apparus après la diatribe du président Trump à l’issue du sommet des dirigeants du G7, samedi à La Malbaie. Lors de sa conférence de presse de clôture – et après le départ du président Trump –, M. Trudeau a critiqué encore une fois les tarifs douaniers imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium, qualifiant cette mesure d’« insultante ». M. Trump a alors ordonné à ses représentants de ne pas signer la déclaration commune du Sommet, et il a qualifié notamment le premier ministre de « malhonnête » et de « faible ».

Le critique musical David Wild a réagi au conflit, dimanche, en encourageant les autres Américains à considérer ce que le Canada avait donné à ses voisins. « Mes compatriotes américains, disons tous ThanksCanada pour les choses que nous aimons et qu’ils ont apportées dans nos vies », a-t-il écrit, en citant notamment Drake, Leonard Cohen et l’émission humoristique SCTV, qui a donné plusieurs comédiens aujourd’hui célèbres aux États-Unis.

« Le hockey est aussi cool », a-t-il tenu à préciser.

L’auteure-compositrice-interprète Mary Gauthier a renchéri en soulignant que sa carrière l’amène au Canada « plusieurs fois par année ».

« Le gouvernement canadien soutient activement les arts. Il le fait BEAUCOUP mieux que le gouvernement américain, et je lui en serai éternellement reconnaissante », a-t-elle tweeté.

De la parole aux actes

Lorsque Shaun Kelly a lu ces gazouillis, il s’est demandé comment cette « conversation » pourrait être étendue au-delà du monde virtuel. Il a alors encouragé ses compatriotes américains à planter un petit drapeau unifolié sur leur pelouse. Le professeur d’anglais et d’histoire de Greenwich, au Connecticut, est même allé sur Amazon pour acheter le drapeau canadien.

« Je me suis dit : Ça irriterait beaucoup Trump, parce qu’il déteste Jeff Bezos [le fondateur d’Amazon]. J’ai trouvé un petit drapeau canadien à cinq dollars qui est très modeste, un peu comme les Canadiens, que vous pourriez mettre près de votre porte d’entrée, peut-être dans le jardin », suggère-t-il à ses compatriotes.

M. Kelly s’est dit enthousiasmé par la réponse des internautes. « C’était juste un petit tweet, comme ça, mais presque tous ont répondu qu’ils le feraient, ou qu’ils appuient l’initiative. »

De Niro en remet

« Je voudrais simplement présenter des excuses pour le comportement idiot de mon président. […] Je m’excuse à Justin Trudeau et aux autres personnes du G7. »

— L’acteur américain Robert De Niro, lors d’un passage à Toronto hier. La veille, il s’en était pris à Donald Trump lors de la cérémonie des Tony Awards, en utilisant le mot qui commence par la lettre F et qui est composé de quatre lettres. Les deux poings en l’air, l’acteur a répété deux fois ce mot, suivi du nom du président. (PC)

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