des nouvelles des aventuriers

L’appel de l’aventure est puissant. Ils sont plusieurs à y répondre, à laisser le confort de côté pour se lancer dans des expéditions dans des régions isolées. Pause s’intéresse à leurs expériences.

Marie-Josée Béliveau

À travers l’Amazonie

Nom : Marie-Josée Béliveau
Âge : 46 ans
Profession : ethnogéographe
Coéquipier : Santiago Bertolino
Projet : Traverser l’Amazonie pour aller à la rencontre des peuples de la forêt
Début de l’aventure : 27 mars

L’appel de l’aventure est puissant. Ils sont plusieurs à y répondre, à laisser le confort de côté pour se lancer dans des expéditions dans des régions isolées. Pause s’intéresse à leurs expériences.

Le projet

Marie-Josée Béliveau et le cinéaste Santiago Bertolino partiront du Brésil et emprunteront diverses embarcations, de gros bateaux à trois étages jusqu’à des pirogues, pour parcourir le fleuve Amazone jusqu’au Pérou et en Équateur. Ils entendent rencontrer des communautés locales qui vivent de la forêt et qui luttent pour préserver leur mode de vie, comme le peuple Awa, menacé par l’exploitation forestière, et une communauté péruvienne mobilisée contre la construction d’un barrage.

L’idée

Marie-Josée Béliveau a un baccalauréat en anthropologie et une maîtrise en géographie. Elle a eu un coup de cœur pour l’Amazonie lorsqu’elle a survolé en avion cet immense territoire. Elle a profité de toutes les occasions possibles pour visiter la région. « Je m’intéresse beaucoup aux cultures autochtones et leur lien avec le territoire et l’environnement. Quand j’ai vu que Frédéric Dion et Karavaniers offraient une bourse Osez l’aventure, j’ai voulu soumettre ce projet qui reliait mes centres d’intérêt. » Le cinéaste Santiago Bertolino a entendu parler du projet et a communiqué avec elle pour filmer un documentaire sur le périple. « J’ai trouvé que c’était un plus, que ça améliorait le projet à différents niveaux », affirme Mme Béliveau.

La préparation

Le projet a demandé beaucoup de recherches. « Je regardais les cartes pour calculer les distances entre les différents points d’intérêt. » Il s’agissait également d’identifier des communautés intéressantes à visiter. « J’avais entendu parler de projets, ou encore, des gens ont communiqué avec moi pour me mettre en lien avec des organisations. » Il a également fallu s’entraîner tous les jours pendant des mois. « Il faut être en forme physiquement pour faire ce voyage-là. »

Il fallait également boucler le financement. Marie-Josée Béliveau a remporté la bourse de Frédéric Dion et de Karavaniers, soit 5000 $ en argent comptant et 2500 $ en équipement Mountain Hardwear, ce qui lui a donné un sérieux coup de pouce. Toutefois, il a fallu augmenter le budget pour que Santiago Bertolino puisse se greffer au projet. « Il a fait des demandes de subventions, mais dans le milieu du documentaire, c’est de plus en plus difficile d’avoir accès à des fonds. Nous avons alors lancé une campagne de sociofinancement. Nous sommes rendus à 5000 $ sur un objectif de 12 000 $. Avec 5000 $, on sait que Santiago peut partir avec moi. »

Les défis

Marie-Josée Béliveau craint la région de la frontière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie. Il y a beaucoup de criminalité liée à l’exploitation illégale de la forêt et au trafic de drogue. En septembre dernier, une kayakiste britannique a été assassinée à cet endroit. « Il faudra être très prudents. Nous allons écouter ce que les gens nous disent. C’est pour ça que je veux être sur une embarcation avec des gens et tisser des liens avec eux. Je pense que c’est ça qui va nous protéger le plus. »

Elle s’attend également à ce qu’il soit plus difficile de faire du bateau-stop dans certaines régions où il y a moins de navigation. Enfin, un dernier défi : les petites bibittes et les grosses, les fourmis, les mygales, les serpents. « Ça peut être juste désagréable, comme les fourmis rouges, ou ça peut être plus menaçant, comme les mygales. » Bien sûr, il y a la malaria. « Les médicaments sont très chers. Nous avons décidé de n’en prendre que dans les endroits où la malaria est davantage présente. »

Des nouvelles des aventuriers

Un retour hâtif pour Marilyne Marchand

Nom : Marilyne Marchand
Âge : 32 ans
Profession : comptable et aventurière
Projet : Traverser la péninsule d’Ungava à skis
Début de l’aventure : 20 mars

Les expéditions ne se déroulent pas toujours comme prévu. Marilyne Marchand a dû mettre fin à son expédition après seulement deux semaines. Récit d’une déconvenue.

L’expédition doit couvrir 382 km entre le village de Kangiqsujuaq, au nord de la baie d’Ungava, et le village de Puvirnituq, au bord de la baie d’Hudson. Elle doit durer environ 25 jours. Elle commence bien.

« Il y avait un groupe d’Inuits qui étaient en formation pour devenir des guides arctiques, se rappelle Marilyne Marchand, de retour à Montréal. Ils sont venus skier avec nous pendant la première journée. C’était génial ! »

La deuxième journée, tout en montée, est plus difficile. Les vents se lèvent, le coéquipier de Marilyne subit des engelures. Heureusement, il y a une série de refuges dans cette section du trajet, entre Kangiqsujuaq et le parc national des Pingualuit. Les skieurs peuvent donc se mettre à l’abri.

Le blizzard s’installe pour plusieurs jours. Marilyne Marchand veut continuer, mais le coéquipier abandonne.

« Je ne m’étais pas préparée psychologiquement à le faire seule. Je ne me sentais pas à l’aise de le faire. »

— Marilyne Marchand

Elle décide quand même de se rendre seule jusqu’au cratère des Pingualuit, à quelques jours de ski, puis de revenir sur ses pas.

« Tout au long de ce trajet, il y a un filet de sécurité avec la présence de refuges à tous les 30 km. »

Le cratère de météorite de 3,4 km de diamètre ne la déçoit pas. « Je suis arrivée au coucher du soleil. La vue de ce cratère est un des beaux moments de l’expédition. »

« C’était l’enfer »

Le retour est toutefois difficile. Le blizzard des premiers jours a déposé une grande épaisseur de neige poudreuse, difficile à négocier avec un lourd traîneau. « Je me retrouvais prise dans des trous de neige, c’était l’enfer. »

Marilyne Marchand est évidemment déçue de ne pas avoir achevé l’expédition prévue. Au cours de l’été 2017, elle avait traversé le Nunavik à pied et à bord d’un packraft, un petit kayak gonflable. Elle était en solo.

Le fait de voyager avec une autre personne pour cette nouvelle expédition constituait d’ailleurs pour elle un défi. « J’ai l’habitude d’en faire à ma tête, avait-elle déclaré à La Presse avant son départ. Là, il s’agira de faire des compromis. »

Marilyne Marchand a commencé à tirer ses leçons de son expérience.

« Si je m’engage dans un projet avec quelqu’un, je devrais vraiment m’assurer qu’il y a compatibilité en fait de personnalité. Je devrais également m’assurer qu’il y a une préparation adéquate. »

— Marilyne Marchand

Elle a fait une autre importante réalisation.

« Après une dure journée de ski, c’est impossible de résister à un refuge, dit-elle en riant. Tu pars le matin en te disant que tu monteras ta tente, mais après 13 heures de ski, si tu vois un refuge, tu ne peux pas résister. »

Marilyne Marchand n’a pas encore eu le temps de songer à une autre expédition. Elle aimerait retourner dans le Nord, mais pas nécessairement pour refaire le même trajet.

« J’aimerais développer de nouvelles habiletés : bâtir un igloo, apprendre à monter une tente par grand vent. J’aimerais trouver un projet dans des conditions similaires, mais d’une durée d’une semaine ou de 10 jours, avant de considérer à nouveau cette traversée. »

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