Hydroélectricité

Legault projette de nouveaux barrages

Québec — Le premier ministre François Legault a lancé des travaux pour proposer à l’Ontario de créer une nouvelle société d’État énergétique et de construire des barrages hydroélectriques au Québec servant « une bonne partie des besoins » de la province voisine.

Il a déjà demandé au PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, de préparer des scénarios en ce sens. Il a même fait part de son projet au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui voit d’un bon œil des alliances énergétiques entre les provinces. Il entend aborder ce dossier lors d’un entretien à venir avec son homologue ontarien, Doug Ford.

Certes, « pour l’instant, Hydro-Québec a des surplus d’électricité pour les 20 prochaines années ». « Avant de penser à ajouter de la capacité », par la construction de barrages, « il faut d’abord s’assurer que ces surplus soient utilisés », a indiqué François Legault lors d’une conférence de presse à Québec sur une découverte archéologique, hier. Il se dit « confiant » de s’entendre avec d’autres provinces et des États américains pour leur vendre cette électricité. Les projets de nouveaux barrages viendraient donc après la conclusion de ces contrats de vente.

« mieux qu’une centrale nucléaire »

Son projet d’alliance énergétique trouve toute sa pertinence, selon lui, dans le fait que l’Ontario projette d’investir 20 milliards de dollars dans la rénovation de centrales nucléaires. « Je pense qu’on peut faire mieux qu’une centrale nucléaire, et je pense que même au niveau de coûts, on peut faire mieux que le coût de rénovation de centrales nucléaires. »

« J’aurai l’occasion de rencontrer au cours des prochaines semaines M. Ford et j’ai toujours l’intention de discuter de la possibilité que le Québec puisse servir une bonne partie des besoins de l’Ontario. »

— François Legault, premier ministre du Québec

En campagne électorale, François Legault a déclaré qu’« il n’y aura jamais eu un autre parti que la CAQ depuis [le Parti libéral] de Robert Bourassa pour développer l’hydroélectricité et convaincre nos voisins que c’est mieux pour l’environnement, et que c’est moins coûteux que la plupart des autres centrales ». Il avait déjà parlé dans le passé de son ambition de lancer une « Baie-James du XXIe siècle ».

M. Legault avait esquissé les contours de ce projet dans un discours devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), en mars dernier. Il veut créer une nouvelle société d’État énergétique avec l’Ontario dans laquelle Hydro-Québec serait actionnaire. « Les activités actuelles d’Hydro-Québec vont rester dans Hydro-Québec. Mais les activités futures, que ce soit des barrages, l’éolien, d’autres formes d’énergie et les exportations, je suis ouvert à un partenariat avec les autres provinces », a-t-il rappelé hier.

Le fédéral appelé à contribution

Ottawa serait appelé à contribuer au projet. « Je ne serais pas gêné, et j’en ai déjà parlé à Justin Trudeau, de demander au gouvernement fédéral éventuellement une participation », a-t-il plaidé, rappelant les investissements d’Ottawa dans le projet de Muskrat Falls, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Il a d’ailleurs donné un coup de fil la semaine dernière au premier ministre de cette province, Dwight Ball, juste avant la décision de la Cour suprême dans le dossier du barrage de Churchill Falls. Le plus haut tribunal du pays a donné gain de cause au Québec contre Terre-Neuve-et-Labrador, qui conteste depuis des décennies cette entente permettant à Hydro-Québec d’acheter de l’électricité de ce barrage à un prix infime.

François Legault a rappelé que ce contrat devait prendre fin en 2041 et que le Québec ne pouvait espérer obtenir des conditions aussi avantageuses après cette échéance. Il entend « regarder les différentes options », comme renouveler l’entente, mais aussi combiner un barrage, l’efficacité énergétique et l’éolien. Il faut se pencher sur ces options dès maintenant, selon lui, car un projet de barrage peut prendre de 10 à 15 ans avant d’être terminé.

M. Legault a relevé que Terre-Neuve-et-Labrador a connu d’importants dépassements de coûts avec Muskrat Falls et qu’elle a des visées d’exportation aux États-Unis. « Il y a toute la question du droit de passage sur le territoire du Québec dans certains dossiers », a-t-il ajouté. Selon le premier ministre, M. Ball lui a dit « avoir le goût de travailler ensemble pour l’avenir ».

Audiences plus longues pour le partenaire d’Hydro dans le Maine

Hydro-Québec et son partenaire américain, qui ambitionnent de construire une ligne de transport afin d’acheminer de l’hydroélectricité en Nouvelle-Angleterre, devront s’armer de patience puisque d’importantes audiences, qui viennent d’être reportées au Maine, vont s’étirer jusqu’à l’an prochain. À la demande d’intervenants, dont certains opposants au projet, la Central Maine Power (CMP) a récemment déposé des dizaines de milliers de pages de documents supplémentaires auprès de la Commission des services aux collectivités du Maine, qui se penche davantage sur les aspects économiques du projet. L’institution a donc reporté jusqu’à la fin du mois la reprise du processus visant à déterminer si elle donnera ou non le feu vert au New England Clean Energy Connect (NECEC) proposé par la société d’État et son partenaire. La décision ne sera pas prise avant mars 2019. Hydro-Québec mise sur le NECEC, dont la mise en service est prévue en 2022, pour acheminer 9,45 térawattheures d’hydroélectricité par année pendant 20 ans dans le cadre de son lucratif contrat d’approvisionnement décroché auprès du Massachusetts.

— La Presse canadienne

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