Derrière la porte

Chacun cherche son orgasme

Pause vous propose chaque samedi un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

CETTE SEMAINE : CAROLINE*, 25 ANS

Pendant des années, Caroline* a cru qu’elle n’était pas normale. Qu’elle avait un problème. Voyez-vous, elle n’avait aucun plaisir pendant la pénétration. Et du coup, elle croyait qu’elle n’aimait pas le sexe. Alors elle a cherché à comprendre. À explorer. À se connaître. Portrait d’une fille curieuse, décomplexée et, aujourd’hui, épanouie.

Impossible de la rater. Sourire radieux, bouche en cœur, avec une longue chevelure rouge bouclée, Caroline ne passe pas inaperçue. La jeune femme de 25 ans nous a donné rendez-vous dans un petit café de quartier bondé, et de toute évidence, elle n’est pas le moindrement gênée de se raconter. Visiblement, elle a fait du chemin. Et quel chemin !

Caroline a eu sa première relation sexuelle à 14 ans. Avec un garçon avec qui elle est restée cinq ans. Une première expérience « banale », résume-t-elle spontanément.

« J’ai eu mal un peu. Mais je n’ai pas ressenti de plaisir… jusqu’à l’an dernier ! »

— Caroline, 25 ans

Il faut savoir que chez elle, ses parents n’ont jamais parlé de sexe. Jamais. « Alors je suis arrivée là-dedans et je ne connaissais rien. »

Pendant cinq ans, elle a néanmoins eu des relations régulières avec son amoureux. Parce que c’est comme ça, dit-elle. Parce que faire l’amour fait partie de « l’ordre naturel des choses ». « Je n’ai jamais remis en question pourquoi je le faisais. »

Faute de plaisir, toutefois, elle a fini par se convaincre qu’effectivement, elle « n’aimait pas ça ». « Je suis restée dans cette croyance […] et ça n’a pas aidé… » Elle avoue au passage s’être aussi questionnée : est-ce qu’elle était peut-être lesbienne, frigide ? « Est-ce que j’ai eu un traumatisme dans mon enfance ? »

Éveil charnel

Toujours est-il qu’arrivée à l’ « âge adulte », avec cette fois un nouvel amoureux qu’elle fréquente depuis sept ans maintenant, elle a décidé de prendre les choses en main. Au même moment, plusieurs changements se sont produits dans sa vie. D’abord, elle s’est retrouvée dans un milieu de travail entourée d’hommes (« avec des collègues qui aimaient parler de sexe, et en entendre parler, ça a débloqué des trucs »), et en prime, elle s’est lancée dans l’horticulture (« travailler avec mon corps, c’est quelque chose que je n’avais jamais fait »). Bref, tout cela lui a donné envie d’avoir tout à coup un « rapport au corps différent », résume la jeune femme, qu’on devine à l’origine plutôt cérébrale, quoique de plus en plus charnelle.

« J’avais un désir charnel que je n’avais jamais eu. Une envie de serrer, de mordre qui ne m’avait jamais habitée avant. »

— Caroline

Et puis il y a trois ans, elle a découvert, pour la (toute) première fois, l’orgasme clitoridien (« à l’adolescence, je n’avais aucun rapport au corps »). « Mais ça n’a pas été une révélation, nuance-t-elle. Parce que pour moi, dans ma tête, aimer faire l’amour, c’était aimer la pénétration. » D’où sa « quête ».

La « révélation »

C’est le mot qu’elle emploie : « Dans ma “quête” pour aimer la pénétration, je suis d’abord allée voir un sexologue. » Cette première rencontre l’a amenée à remettre en question certaines de ses (nombreuses) certitudes : « Est-ce qu’un orgasme vaginal, toutes les femmes en ont vraiment ? »

Mais c’est surtout un rendez-vous auprès d’une physiothérapeute en rééducation périnéale, suggéré par le sexologue, qui a tout changé. « Je n’osais pas aller la voir au début, se souvient-elle. On va me rigoler au nez. Moi, je voulais de l’éducation ! Finalement, je me suis présentée et ç’a été une révélation ! »

Parce que c’est ici que Caroline a enfin pu poser toutes ses questions. Et, surtout, c’est ici qu’elle a enfin eu les réponses qu’elle cherchait. Alors qu’elle croyait devoir muscler son périnée (« pour l’utiliser pendant la pénétration »), elle a réalisé, en découvrant le fonctionnement du plancher pelvien, de l’orgasme (comme quoi tout est relié « à un ensemble au corps »), qu’elle avait tout faux.

« Jusque-là, je faisais l’amour avec un vagin contracté ! […] Mais personne ne pense à te dire ça dans la vie. Ça ne se fait tellement pas ! »

— Caroline

Un massage, des exercices de respiration et deux séances plus tard, c’était réglé. « J’ai appris à mon cerveau à contrôler ça », se félicite la jeune femme, qui croit aussi que toutes les filles devraient recevoir ce genre d’« éducation » à leur tour.

Entre-temps, les relations avec son copain ont changé du tout au tout. « Ça a tout changé ! », se félicite-t-elle. Détendue, elle trouve enfin du plaisir dans la pénétration, arrive à réaliser de nouvelles positions, bref, elle a découvert une nouvelle « complicité ! »

Pour elle

« J’ai vraiment fait tout ça pour moi », glisse-t-elle. Pas pour son copain. « C’est vraiment parce que moi, j’avais envie de ressentir un plaisir sexuel. »

La preuve : elle aimerait aussi explorer, pourquoi pas, avec une femme (« ça ne pose pas de problème dans mon couple, alors je vais en profiter »), et elle a déjà mené sa « quête » une coche plus loin en s’offrant une séance de massage tantrique. Carrément. « Mon but était de vivre une nouvelle expérience sexuelle d’un autre type. » Si elle confie avoir eu ici deux orgasmes lors du massage des « parties intimes » (« et j’ai senti l’énergie jusque dans mes jambes »), elle a nettement moins apprécié le massage « vaginal » à proprement parler. « Mais ça, c’est très propre à moi. »

Caroline a d’ailleurs « lâché prise » à cet égard. « Si ça se trouve, ça n’est pas toutes les femmes qui ont des orgasmes vaginaux. Moi, le clito, j’adore, rit-elle. Et maintenant, j’aime la pénétration, alors j’ai lâché prise sur l’orgasme vaginal ! »

Caroline n’est plus la même femme. Rayonnante, elle conclut : « Je suis fière de dire que j’aime faire l’amour ! Je suis fière d’avoir eu la curiosité de chercher des réponses à mes questions ! Et je souhaite que cette information soit accessible à chaque femme ! »

*Prénom fictif, pour se confier en toute liberté

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