Hugo Houle

En prendre une pour l’équipe

Hugo Houle ne s’est pas fait prier pour s’asseoir dans l’autobus après la course. Il a mis de longues minutes avant de faire le moindre geste. Sa journée en échappée au Tour des Flandres a laissé des traces.

« J’ai tout donné aujourd’hui pour l’équipe, mais je me suis fait mal, confiera-t-il une heure plus tard. Ça fait longtemps que je n’ai pas souffert comme ça. »

Pas plus tard que mercredi dernier, Houle n’avait pas statué sur sa participation au deuxième monument de la saison. Un rhume a gâché sa période des classiques flandriennes, le poussant à l’abandon au Grand Prix de Harelbeke et à Gand-Wevelgem, une anomalie pour lui.

Techniquement, il devait être le meneur désigné pour Astana-Premier Tech. Au 105e Tour des Flandres, remporté par le Danois Kasper Asgreen dimanche, son rôle était d’attendre que la course se décante dans les monts pavés. Sauf que la formation québéco-kazakhe avait raté l’échappée matinale de cinq coureurs. Houle a pris sur lui de s’extirper du peloton, sautant dans la roue de Nico Denz, son ancien coéquipier chez Ag2r.

Le duo s’est démené sur plusieurs kilomètres, avant que les cinq fuyards ne se relèvent pour l’attendre.

« On s’est retrouvés à sept devant, a-t-il relaté. On a bien roulé. À un certain moment, l’écart est même monté à près de 13 minutes. J’étais content d’être devant pour l’équipe, pour montrer le maillot. Je savais que ce n’était pas la grande forme, mais quand j’ai vu l’occasion, j’ai préféré la saisir. »

En somme, Houle en a pris une pour l’équipe, dirigée pour l’occasion par le Canadien Steve Bauer, deux fois quatrième au Tour des Flandres.

« Honnêtement, c’est aussi un peu une façon de remercier notre staff », a expliqué le natif de Sainte-Perpétue.

« On n’a pas eu une grande campagne des classiques. On n’a pas la plus grosse équipe sur ce type de course. Ils travaillent fort tous les jours pour nous mettre dans les meilleures conditions possibles. C’était la mission du jour d’être agressif, d’avoir quelqu’un devant. Ils ont vu que je me suis bien battu aujourd’hui. Ça leur a fait plaisir. »

Son coéquipier Yevgeniy Fedorov a tenté de l’imiter, mais l’initiative n’a pas fait l’affaire d’Alpecin-Fenix, formation du favori et tenant du titre, Mathieu van der Poel. Otto Vergaerde s’est donc collé à la roue du Russe, qui n’a pas apprécié et mis les freins devant le Belge. Les deux hommes se sont un peu colletaillés, ce qui a entraîné leur disqualification en pleine course.

Bauer a exprimé sa façon de penser à Vergaerde quand il s’est retrouvé à sa hauteur. N’ayant rien vu de l’incident, Houle a préféré réserver ses commentaires. « Ces frictions arrivent parfois quand les grosses équipes veulent bloquer la route et que d’autres veulent attaquer. Les équipes doivent se respecter, chacun fait sa course. Tout le monde a le droit d’attaquer. Moi, je n’ai eu aucun problème, j’avais l’espace pour passer. »

200 km en tête

Houle et ses six complices (Denz, Bisseger, Wallays, Van den Bossche, Paasschens et Norsgaard) ont passé près de 200 km en tête de course avant que les Van der Poel, Wout Van Aert, Julian Alaphilippe et autres Peter Sagan ne foncent sur eux. Le Québécois de 30 ans a été l’un des premiers à céder dans la deuxième des trois ascensions du mythique Vieux Quaremont, à 56 km de l’arrivée. Il a serré les dents pour s’accrocher ensuite dans le pentu Paterberg.

« J’ai réussi à rester dans le groupe de tête avec Alaphilippe. C’est là que j’ai été bon. J’ai passé le Taaienberg [où Asgreen et Van der Poel ont attaqué]. Je me suis retrouvé dans un groupe juste derrière avec Sagan. On était une cinquantaine. Mais au troisième Vieux Quaremont, j’étais fini… »

Vidé de ses forces, Houle, accompagné de ses trois anciens compagnons de fugue, s’est fait rejoindre par un peloton à quelques kilomètres du fil à Audenarde.

« C’est toujours très agréable d’être dans l’échappée au Tour des Flandres. C’est très difficile d’y parvenir. Je suis content d’avoir pu vivre ça pour la troisième fois dans ma carrière. On ne sait jamais ce qui peut arriver. »

— Hugo Houle

Pour l’anecdote, il a fini 79e à neuf minutes. Après deux semaines difficiles, il se félicitait d’avoir été un acteur dans cette épreuve légendaire de 254,3 km.

« Je me sens beaucoup mieux. J’ai moins de douleurs au niveau des bronches et moins de sécrétions nasales. À ce niveau-là, il faut vraiment être à 100 % de ses moyens. Je n’étais pas mauvais, mais j’ai manqué d’énergie dans le final. Je n’ai pas les jambes que j’avais l’an passé au Tour des Flandres [il s’était classé 44e]. »

Après un premier pétard du champion mondial Alaphilippe, le Ronde a été l’affaire de son coéquipier danois Kasper Asgreen et de Van der Poel. Ceux-ci ont réussi à se débarrasser de Wout Van Aert, autre grand prétendant, forcé de zigzaguer dans le Paterberg à 17 km de l’arrivée.

Le duel Asgreen-Van der Poel était une copie conforme de celui, mémorable, entre Van der Poel et Van Aert l’automne dernier. Ouvrant la voie dans le dernier kilomètre, comme en 2020, le champion néerlandais semblait avoir toutes les cartes dans son jeu. Mais son homologue danois, enroulant un plus gros braquet, a été trop véloce dans les 50 derniers mètres, pour signer la victoire la plus importante de sa carrière. Van der Poel ne pouvait plus que hocher la tête.

« Oui, je suis surpris parce que Van der Poel a une grosse pointe de vitesse, a relevé Houle. Mais après six heures de course, la fraîcheur change la donne. Asgreen était simplement plus fort. Personnellement, je suis super content. C’est un très bon coureur, et ça change un peu que ce ne soit pas toujours les mêmes qui gagnent. »

Le champion olympique belge Greg Van Avermaet (+ 32 s) a complété le podium, le quatrième de sa carrière sur le Ronde, en devançant son compatriote Jasper Stuyven. Sep Vanmarcke, coéquipier du Québécois Guillaume Boivin (98e) chez Israel Start-Up Nation, a fini cinquième de ce Tour des Flandres, qui a encore livré ses promesses… et causé ses habituels dommages.

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